A l'encontre du gouvernement qui estime « inéluctable » le recours au nucléaire, les experts recommandent de prioriser les énergies renouvelables. Pour Tewfik Hasni, les ressources financières de l'Algérie pouvant d'être affectées par la crise dans la zone euro, il faudrait éviter de s'aventurer dans des investissements colossaux, amortissables sur plusieurs années. Il rappelle que les centrales nucléaires ont besoin de beaucoup d'eau, ce qui condamne l'Algérie à les implanter près des côtés, en des zones à grand risque sismique.
L'Algérie cherche toujours son modèle de consommation énergétique. Elle n'a pas encore tranché cette question cruciale mais le gouvernement ne doit pas adopter tel ou tel modèle avant d'ouvrir un débat sérieux sur toutes les alternatives possibles à celui qui repose sur l'exploitation des ressources énergétiques conventionnelles (gaz, pétrole et charbon) pour la production d'électricité. Il doit également bien évaluer le coût de chacune de ces alternatives ainsi que sa durabilité et sa sécurité. C'est l'avis de Tewfik Hasni, expert énergétique et ancien PDG fondateur de New Energy Algeria (NEAL).
« Un modèle de consommation énergétique définit la part de chaque forme d'énergie. Mais la logique voudrait qu'on commence par exploiter la ressource la plus durable, qui sera plus disponible technologiquement et qui va se mettre en 'uvre plus rapidement que les autres : les énergies renouvelables, plus précisément, le solaire thermique », a expliqué Tewfik Hasni en marge d'une rencontre organisée aujourd'hui au centre de presse du quotidien El Moudjahid sur l'énergie nucléaire.
L'investissement dans le nucléaire : difficilement amortissable
Le nucléaire va, à terme, se positionner, a-t-il dit, comme une source importante de production d'électricité, à condition d'intégrer des paramètres tels que le coût de l'installation, du démantèlement, du traitement des déchets et du savoir-faire technologique. « Commençons par acquérir ce savoir pour réduire un tant soit peu le coût d'un programme nucléaire », a-t-il ajouté, rappelant que le coût de l'investissement dans une centrale nucléaire est de pas moins de 10 milliards de dollars, amortissables sur une période de 50 ans.
Le ministre de l'Energie et des Mines, Youcef Yousfi, a déclaré récemment que le nucléaire était une nécessité pour notre pays. Il a affirmé que les réserves prouvées en uranium avoisinaient quelque 29.000 tonnes, « de quoi faire fonctionner deux centrales nucléaires d'une capacité de 1.000 mégawatts chacune pour une durée de 60 ans ».
Tewfik Hasni a un tout autre avis sur cette question. Il considère qu'il est très difficile d'amortir l'investissement dans ces deux centrales nucléaires, même avec ces réserves-là. « Il faut investir dans au moins quatre centrales nucléaires pour amortir le coût de l'investissement », a-t-il affirmé citant en exemple les Emirats arabes unis qui ont investi dans quatre centrales nucléaires pour un coût de 40 milliards de dollars.
« Il ne suffit pas d'avoir de grandes réserves d'uranium »
« La question n'est pas celle des réserves d'uranium puisque on ne peut pas les utiliser directement et qu'il faudrait les envoyer pour enrichissement ailleurs, et c'est cela toute la contrainte aujourd'hui pour lancer un tel programme », a observé l'expert algérien rappelant que l'investissement dans le nucléaire n'est pas très indiqué dans la conjoncture actuelle. Selon lui, nos ressources financières peuvent être affectées par la crise dans la zone euro qui risque de se propager à toute la planète. Il ne faut donc pas, a-t-il dit, s'aventurer dans des investissements colossaux amortissables sur plusieurs années.
Tewfik Hasni a expliqué également que l'option pour le nucléaire ferait face à d'autres contraintes, notamment le choix des sites pour l'implantation des centrales. Etant donné que les infrastructures nucléaires ont besoin de beaucoup d'eau, « on est condamné à (les) installer sur la côte. Or, les côtes algériennes sont exposées aux risques sismiques et sont, de surcroît, très peuplées », a-t-il fait remarquer. Tous ces éléments, a-t-il poursuivi, doivent peser dans le choix du modèle de consommation énergétique. « Avant de donner la priorité à une forme d'énergie, il faut avoir à l'esprit que demain, on aura peut-être besoin du nucléaire, mais pas de celui que nous connaissons aujourd'hui. La technologie doit évoluer : une technologie qui intègre le recyclage des déchets nucléaires », a-t-il conclu.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ferhat Yazid
Source : www.maghrebemergent.info