Le marché des équipements
TIC en Algérie a connu une croissance fulgurante. Entre 2000 et 2010, la
facture des importations de produits «high-tech» est passée de 120 à plus de 400
millions $. Mais, le professionnalisme n'a pas suivi. Pour les équipements
grand public, le service après-vente et la garantie sont un luxe que beaucoup
d'opérateurs respectent peu ou pas. Etat des lieux.
A défaut de
statistiques détaillées par opérateurs - importateurs et distributeurs
exclusifs-, les observateurs estiment que le marché local de la micro-informatique
et autres produits TIC - disques durs, imprimantes, scanners, supports de
stockages, et les accessoires audio et vidéo - est détenu par quelques sociétés
comme Kourty Informatique, KLC, Sacomi,
Alfatron et d'autres fournisseurs. Ceci sans compter
la part des produits introduits frauduleusement.
Sur le marché du
détail, le nombre de boutiques des produits TIC ne cesse également d'augmenter.
Rares sont celles qui respectent la réglementation en matière d'octroi de
garantie et de service après-vente, comme le stipule la loi n°09-03 du 25
février 2009 relative à la «protection du consommateur et à la répression des
fraudes».
Un petit tour chez
les revendeurs de produits informatiques à Alger, donne une idée sur
l'importance de ce marché en terme de revenus pour les différents intervenants
dans la chaîne importateurs, distributeurs et détaillants. Il renseigne aussi
et surtout sur le peu de protection dont bénéficie le consommateur, non averti
en particulier.
Sur une dizaine de
boutiques visitées d'une importante artère de la capitale, comme le rue Asselah Hocine ou Hassiba Ben Bouali, aucun revendeur n'offre une réelle garantie sur les
produits exposés.
Un scanner acheté
à près de 30.000 DA n'a droit qu'à une «garantie de marche». Sur place le
revendeur peut vous faire le test de fonctionnement, avec installation des
solutions software accompagnant le produit, mais une fois dépassé
le seuil du magasin, la garantie n'est plus de mise.
Un marché juteux et
douteux
A Bab Ezzouar, l'une des communes
les plus importantes d'Alger, des dizaines de magasins ont vu le jour ces trois
ou quatre dernières années. Iles sont particulièrement implantés à la cité du 5
Juillet qui fait face à l'Université des sciences et des technologies Houari
Boumediene (USTHB). Le choix du lieu n'est pas fortuit. En plus des milliers
d'étudiants qui fréquentent la cité et les quartiers des alentours, nombre d'entreprises
ont élu domicile dans cette région. Ce qui représente autant de matériel et de
consommables informatiques à écouler.
Parmi le matériel
proposé, certaines sont de grandes marques, comme les ordinateurs portables
Acer, Toshiba, Dell, HP. Mais rare sont les clients qui sont en mesure de
s'assurer de l'authenticité de ces marques. Très souvent les acheteurs doivent
se fier aux seules promesses des revendeurs.
La baisse des prix
aidant, les ordinateurs portables, de type PC Windows, ont la cote. Les prix
affichés varient de 48.000 à 12.000 DA, selon la marque du «Laptop»
et de la nature du processeur embarqué sur la machine. Dans certains cas, il y
a de forts doutes sur l'origine ou la qualité du produit. Pour un ordinateur
portable de «grande marque», doté d'un processeur Intel de génération récente, vendu
sans la licence de la copie du système d'exploitation, le doute s'installe
forcément.
Le revendeur
n'aura aucun mal à vous «garantir» que le produit est d'origine et qu'il répond
aux normes Européennes, mais ne remet aucun document attestant de la véracité
de ses dires. En fait, c'est quand on en arrive à réclamer la garantie du
produit qu'on découvre qu'il n'y a aucun moyen de récupérer l'argent dépensé, ni
même la possibilité d'échanger le produit, si la machine tombe en panne
quelques jours après l'achat. Une défaillance de la batterie ou un mauvais
fonctionnement du chargeur d'un micro-portable, est à
la seule charge de l'acquéreur.
Législation non
appliquée
En fait, cela
diffère d'un magasin à un autre. Il y a ceux qui vous délivrent, certes, un
certificat de garantie, en vous mettant en garde que seul le disque dur est
pris en charge par la maison, alors que d'autres se contentent de griffonner
une signature sur «bon» en guise de garantie de trois ou six mois en précisant,
quand même, que seuls certains composants sont garantis.
Quant aux
imprimantes, simples ou multifonction, c'est à peine s'il est possible
d'évoquer la garantie, alors que certaines d'entres elles coûtent jusqu'à 26.000
DA, alors que la loi impose une garantie minimum de 6 mois, allant jusqu'à une
année pour les ordinateurs.
Une fois le
produit sorti du magasin, et même si la panne concerne la carte mère, le
moniteur, le clavier ou tout autre composant, les frais de réparation sont
totalement pris en charge par l'acheteur. C'est la règle généralement appliquée
par une écrasante majorité des revendeurs.
Souvent aussi, les
dépannages, sous-traités par les revendeurs à des réparateurs, peuvent durer
des semaines pour une «défaillance» qui ne devrait pas exister puisque le
produit acheté est censé être neuf.
A El Harrach, Bab Ezzouar, ou à Asselah Hocine, en face du législateur algérien (APN), la
garantie et le service après-vente sont des sujets tabous. En l'absence
d'associations de consommateurs, et de rigueur des services de contrôle, le
marché des produits informatiques, comme ceux des équipements électriques ou
électroniques importés, continuera à baigner dans cette anarchie très lucrative.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Zoubir Merabet
Source : www.lequotidien-oran.com