La filière lait vit sous perfusion. Elle reçoit beaucoup d'aides et de subventions pour maintenir le litre de lait en sachet à 25 DA. Si ces aides sont supprimées, la filière ira vers le crash. C'est ce que s'accordent à dire les membres de la Fondation « Filaha Innove » qui organise le salon d'agriculture Sipsa-Agrisime et d'agro-industrie Agro-food. Il faut soutenir la filière à la base, en améliorant la production fourragère, préconisent-ils.
« L'Etat ne va pas continuer à subventionner le lait éternellement », a tonné Abdelhamid Soukehal, membre de la Fondation au cours d'une conférence-débat organisée à la Safex (Alger) sur « le renouveau de la filière lait, une bataille pour réduire notre dépendance ». Car, a-t-il dit, les milliards de dinars de subventions ne profitent pas qu'aux plus démunis. « Les subventions profitent à tout le monde y compris à la contrebande », a-t-il indiqué, citant des exemples de transformateurs indélicats qui détournent l'usage de la poudre de lait subventionnée. Selon ses dires, l'Etat subventionne le lait en sachet à hauteur de 50 % pour le maintenir à 25 DA. L'Algérie consomme en moyenne 1.4 milliards de litres de ce type de lait à raison d'environ 40 l/habitant/an. Ce qui donne une moyenne de 35 milliards de dinars de subventions. Le prix réel du litre de lait se situe entre 45 et 50 dinars. L'Algérie veut encourager la production nationale de lait pour s'affranchir un tant soit peu de l'importation de la poudre de lait. Il est accordé une subvention de 12 DA/litre à l'éleveur, 5 DA/litre pour le collecteur et une prime d'intégration de 4 DA/litre au transformateur pour encourager la production nationale de lait. Sans oublier les aides octroyées aux éleveurs pour les fourrages, la mécanisation et les fertilisants. Cependant, l'Algérie subventionne aussi la poudre de lait importée. L'Etat vend la poudre de lait qu'il importe aux transformateurs à un prix inférieur à celui du marché international sous condition que cette poudre soit destinée exclusivement à la production du lait en sachet. Actuellement elle est cédée à 159 DA/kilo, révèle notre interlocuteur.
Un système de subvention et des dérives
Le système de subventions ouvre une brèche béante à toutes les formes de dérives, de fraude et de trafic en tous genres, reconnait notre interlocuteur, préconisant « un mécanisme qui cible seulement les couches sociales qui ne peuvent pas se permettre un litre de lait à 50 DA ». Le président du Conseil interprofessionnel du lait (CIL), Mahmoud Benchekour estime, lui aussi, que le prix artificiellement bas du lait pose aussi problème pour les éleveurs. « Il n'y a qu'en Algérie qu'on subventionne à outrance », a-t-il fait remarquer, plaidant pour le développement de la production nationale du lait, « en la soutenant à la base : la production fourragère ». La production du lait cru a, certes, bondi en l'espace de quatre années de 150 millions de litres à près de 800 millions de litres/an mais elle reste insuffisante. L'Algérie, classée région semi-aride, n'est pas naturellement une région propice à la production laitière. Elle ne produit « naturellement » le lait que durant 3 mois sur 12. Cette faible marge de production naturelle du lait doit contraindre les éleveurs à orienter leur activité vers la production des fourrages à haut rendement par hectare, en l'occurrence la luzerne et le maïs fourrager « nécessaires pour un bon rendement des vaches laitières ». « Une bonne production de fourrages à haut rendement aura comme impact une réduction du prix de revient du litre de lait à l'étable », soutient le responsable du CIL.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ferhat Yazid
Source : www.maghrebemergent.info