Experts et chefs d'entreprise partagent la même vision critique de l'économie algérienne. Trop dépendante des hydrocarbures, pas assez performante, ont-ils relevé lors du symposium organisé mercredi à Alger par le Forum des chefs d'entreprises (FCE), dans le cadre de la commémoration du 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.
Le constat établi lors du symposium économique organisé mercredi par le Forum des chefs d'entreprises est unanime : l'économie algérienne est trop axée sur l'investissement public, et sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures compromet l'avenir du pays. Tous les intervenants ont critiqué cette situation, une critique facilitée, il est vrai, par l'intitulé même du symposium, qui avait précisément pour thème : «de l'urgence d'une nouvelle économie moins dépendante des hydrocarbures » '
M. Réda Hamiani, président du FCE, ancien ministre, a ouvert le bal des critiques, en dressant un constat des plus sombres de la politique économique menée en Algérie depuis l'indépendance. Dans son allocution d'ouverture, le patron du FCE a noté que l'Algérie doit les quelques bons résultats obtenus jusqu'ici « en grande partie, à nos ressources naturelles et singulièrement aux ressources d'hydrocarbures ». Selon lui, il est primordial d'accorder l'importance requise à l'entreprise privée, pour la mettre « au centre de la politique économique nationale ». Il a également plaidé pour que l'Algérie accorde « une priorité à la valorisation de la ressource humaine ».
Le Pr Ahmed Bouyakoub est allé dans le même sens, affirmant que la ressource humaine est la base de la réussite de toute politique économique. Il a plaidé pour la libération des initiatives car, a-t-il dit, les entreprises publiques ont cessé d'être des entreprises depuis les années 1970. « Elles sont devenues des organisations publiques », a-t-il déclaré.
L'étatisme a produit l'échec
Dans une communication sur les politiques de développement suivies par l'Algérie depuis l'indépendance, l'économiste Abdelmadjid Bouzidi a, quant à lui, noté que l'Algérie réalise une croissance économique de 5% pour obtenir une baisse timide du chômage. Soulignant l'étatisme en vigueur depuis plusieurs années, il a affirmé que la croissance actuelle est extensive, éphémère et coûteuse, car réalisée par des investissements publics et ne reposant sur aucun facteur productif. Quant à la baisse du chômage, celle-ci n'est pas le fruit, a-t-il dit, d'une politique de l'emploi, mais plutôt de la gestion de celui-ci.
Autoritarisme des pouvoirs publics
L'économiste Mourad Boukella a, de son côté, analysé les politiques agricole successives suivies par l'Algérie. Il a dénoncé l'autoritarisme des pouvoirs publics qui concentrent les décisions économiques, notamment en ce qui concerne les politiques agricoles. Depuis les années 1970, les politiques agricoles ont été conçues sans la concertation des opérateurs, constate-t-il, avant de plaider pour la reconfiguration de la politique agricole afin de garantir la sécurité alimentaire du pays qui ne repose pas exclusivement, a-t-il dit, sur le développement de l'agriculture. « Le secteur industriel hors hydrocarbures doit y participer lui aussi », a-t-il dit.
La rente pétrolière au service de la diversification de l'économie
L'ancien ministre et ancien PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, a attaqué le chapitre des hydrocarbures. Se basant sur l'analyse des chiffres officiels, il a constaté que les réserves en hydrocarbures sont entamées à au moins 50%. Le domaine minier étant inégalement exploré, il est permis d'envisager de nouvelles découvertes, mais celles-ci seront « de taille moyenne et de plus en plus petites ». Cette situation sera, de plus, conjuguée à une consommation nationale d'hydrocarbures de plus en plus forte, et une diminution des exportations a partir de 2022, a indiqué M. Attar, qui a appelé à mettre dès à présent la rente pétrolière au service de la diversification de l'économie.
Les hydrocarbures non conventionnels comme appui
M. Abdelmadjid Attar a également souligné la nécessité de mettre en place une « stratégie urgente » pour aller à une transition vers un nouveau modèle de consommation énergétique. Il a prôné pour une action vigoureuse en faveur de l'économie d'énergie, et pour le développement des énergies renouvelables. Il a également recommandé l'intensification de l'effort d'exploration, et l'amélioration des taux de récupération sur les gisements de gaz et de pétrole existants.
M Attar a aussi plaidé pour l'investissement dans le potentiel de l'Algérie en hydrocarbures non conventionnelles qui semble être, selon lui, très important. « Le défi sera surtout technologique et financier, parce que le contexte algérien ne ressemble en rien à celui qui existe en Amérique du nord ou dans la plupart des pays européens », a-t-il dit.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yazid Ferhat
Source : www.maghrebemergent.info