
-En arrivant à l'Elysée en mai 2012, François Hollande savait qu'il ne recevait pas le plus beau cadeau du ciel : Dette publique hors gabarit, perte de compétitivité, chômage endogène, Europe stagnante. Le prochain Président de l'Algérie pense bien sûr ne rien rencontrer d'un tel tableau. C'est sans doute même pour cela qu'Abdelaziz Bouteflika a «accepté de répondre favorablement aux demandes pressantes du peuple algérien» pour qu'il se présente pour un 4e mandat. Si cette chronique va rapidement mettre le doigt sur quelques prospectives qui donnent à réfléchir, cela ne poussera sans doute pas Bouteflika à ? «toute réflexion faite» ? renoncer de se «sacrifier» pour l'Algérie. Le solde de la balance de paiement du pays sera déficitaire en 2014, après l'avoir été probablement ? on attend le rapport de la Banque d'Algérie ? déjà en 2013.Les réserves de change ? qui stagnent depuis deux ans ? vont se mettre à redescendre durant l'année. Ce n'est pas le pire. Le mouvement va s'amplifier. Consommation domestique d'énergie oblige. Pour le gaz, elle dépassera les exportations durant ce mandat. Le prochain Président devra commencer à réduire les subventions au prix interne de l'énergie sans doute dès 2015. De même, le maquillage des chiffres de l'emploi sera vite financièrement insoutenable. Le volant de près d'un million d'emplois aidés à moins de 10 000 DA mensuellement est un bâton de dynamite. Titularisation ou fin de contrat ' La mèche est déjà allumée.La dépréciation du dinar parallèle va continuer dans un contexte de tensions politiques. Et peser sur la parité officielle à travers le financement des importations. Il faudra au prochain Président accepter une nouvelle dévaluation rampante du dinar. Et donc la remise en route d'un ajustement soft qui rendra plus difficile d'accès les biens durables d'importation. En un mot, le prochain Président devra, en réalité, commencer à démonter le système redistributif grand format des années du pétrole cher. Sans pouvoir en profiter autant qu'il pourrait l'espérer. Ni pour gouverner en paix. Ni pour faire enrichir ses réseaux (puisque c'était la règle ces dernières années).L'Algérie du prochain mandat sera moins contrôlable par le budget de l'Etat et plus intolérante sur l'impunité dans les affaires de corruption. Les grands procès de l'autoroute Est-Ouest (près d'un milliard de dollars de commissions) et de Sonatrach-Khelil sont devant nous. Et d'autres vont survenir. En face, la colonne des actifs sera maigre. L'autoroute des Hauts-Plateaux ne sera pas accueillie comme celle du Nord, et le tramway de Sidi Bel Abbès pas comme le métro d'Alger. A l'inverse, le coût des services va de fait se rapprocher de la réalité. Car les équipements se dégradent déjà.Le prochain Président parlera plus de la congestion urbaine et du syndrome Ali Mendjli (nouvelle ville à Constantine) que de logements et de kilomètres de routes livrés. Le pays sera dans l'après-rattrapage des infrastructures. C'est-à-dire dans le désenchantement. Au fond, la mission de François Hollande à la tête de la France était peut-être moins périlleuse que celle du prochain Président algérien à partir de ce printemps 2014. Car ce tableau qui va commencer à s'assombrir ? parce que le président Bouteflika n'a pas modernisé l'économie algérienne ?, les Algériens ne le connaissent pas vraiment. Le désenchantement n'en sera que plus violent.-Tout n'est cependant jamais perdu : Pendant la campagne électorale, la marche du capitalisme mondial a effleuré l'Algérie. Les grands acteurs de l'industrie ont bougé ces dernières semaines. Ils montrent des pistes d'avenir. Et pointent des archaïsmes tenaces. D'abord Issad Rebrab. Le plus grand patron algérien est resté bien discret politiquement. A Paris, il vient de sauter le dernier verrou qui devrait permettre à son groupe Cevital d'acquérir Fagor-Brandt en France. Des entreprises algériennes sont en situation d'aller chercher des relais de croissance à travers des actifs à l'international.La Banque d'Algérie doit l'intégrer et cesser de faire barrage à l'exportation de devises dans ce cas précis. Il y aura toujours des tricheurs, mais l'économie générale de l'investissement à l'étranger n'est pas une délocalisation en Algérie. Au contraire. Un transfert de technologie intragroupe est possible. Sans compter le rapatriement des dividendes. Ensuite Lafarge Algérie. La filiale algérienne du groupe de cimentier français a appris lundi dernier qu'elle faisait partie, suite à une méga-fusion éclair, d'une entité Lafarge-Holcim, nouveau géant mondial de la filière présente dans 90 pays avec plus de 50 milliards de dollars de chiffres d'affaires (2013).La législation algérienne sur le droit de préemption est une fois de plus mise à mal. L'Etat algérien ne pourra rien faire. Ce n'est plus ainsi que le monde marche. Il aurait été plus habile pour ses démembrements de se mobiliser pour régler une grève de la faim de plus d'un mois de 16 employés de l'usine Lafarge de Oggaz à Mascara. Enfin, l'opération Pepsi Algérie qui ramène un fonds d'investissement américain à hauteur de 80 millions de dollars dans son capital. Une belle opération de Djillali Mehri, sans doute rendue possible par le feu vert de la COSOB qui a permis, en 2013, à un autre fonds d'investissement, Maghreb Invest, dans le même secteur de la boisson de quitter NCA Rouiba en réalisant une plus-value à la Bourse d'Alger. Une sortie ? modeste ? pour une entrée plus consistante. C'est ainsi que le capitalisme marche aujourd'hui. Personne n'a parlé de l'abolir durant la campagne. Même pas Louiza Hanoune.-L'appel d'offres pour l'attribution de licence 4G pour le fixe vient de paraître dans le Journal Officiel. C'est bien : Dix ans après le début de l'épisode Lacom qui était censé détricoter le monopole de la téléphonie fixe d'Algérie Télécom, une brèche s'ouvre à nouveau dans la cuirasse. Mais le gouvernement tourne autour du pot. La 4G pour le fixe rattachera par voie fréquentielle le dernier kilomètre entre le réseau filaire et l'abonné. Or, le goulot d'étranglement des TIC en Algérie se situe justement dans le backborn.Le fameux réseau de base ? en cuivre ou en fibre optique ? se développe trop lentement face aux besoins. C'est toujours un monopole d'Algérie Télécom. La 4G, comme le MSAN avant lui, va donner un plus grand débit à la rareté de la connectivité filaire algérienne.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Kadi Ihsane
Source : www.elwatan.com