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Alger - L’ARCHITECTE AKLI AMROUCHE À PROPOS DE LA BASSE-CASBAH: “Il n’existe aucun planning de maintenance des grands palais”


Alger - L’ARCHITECTE AKLI AMROUCHE À PROPOS DE LA BASSE-CASBAH: “Il n’existe aucun planning de maintenance des grands palais”


La Casbah n’est plus qu’une tombe potentielle pour des Casbadjis en sursis. Pour l’autorité, la Casbah est aussi ce puits des Danaïdes où s’octroie le logement à foison, alors que le site demeure une complexité et un écueil technique pour les multiples intervenants qui gravitent autour d’un aléatoire plan de sauvegarde. À cet égard, nous avons sollicité l’avis d’Akli Amrouche, architecte et directeur du magazine Vie de ville.

- Liberté: Plusieurs bâtisses se sont effondrées à la Casbah. Est-ce dû à la vétusté du vieux bâti ou à une part de la main de l'homme?

Akli Amrouche: Il s'agit d'un patrimoine inestimable et classé au patrimoine mondial de l'humanité par l’Unesco, mais nos gouvernants successifs l’ont laissé à l'abandon par leur ignorance depuis 40 ans! Pis encore, la Casbah a fait l’objet d’une pile d'études commandées auprès d’une pléthore de bureaux nationaux et étrangers sans qu’il soit dégagé ou retenu une solution à même de sauvegarder ce fleuron qui se désagrège.

C’est à croire que l’autorité n’a d’intérêt que pour le projet en cours de la Citadelle d’Alger, alors que l’essentiel du reste à réaliser de la médina est délaissé. Plus fâcheux, il n’existe aucun planning de maintenance des grands palais et mosquées de la Basse-Casbah qui ont été restaurés durant la période allant de 2001 à 2004.

- Peut-on endiguer le phénomène de l’effondrement?

On a cru que les choses allaient changer en 2008 avec les mesures d’étaiement dites d’urgence, mais en fin de compte on n’a fait qu’aider la vieille médina à s’arc-bouter sur des béquilles en bois pour l’accompagner dans sa longue agonie.

Le dernier drame l’a démontré, car les étais ont fini d’être une utilité pour la bâtisse qui n’a pas résisté à l’orage de la veille. De ce point de vue, les limites imposées au secteur sauvegardé ont empêché de pousser les études en profondeur. Outre cela, le problème de cette médina, à mon avis, réside dans son enclavement, notamment dans les parties hautes de Soustara, Bab Jdid, Rampe Louni-Arezki (ex-rampe Valey) et surtout l’indigence en matière des équipements de services sociaux indispensables à la vie de tous les jours. En effet, au lieu de l’ irriguer par un flux continuel et utile, l’autorité a isolé ce territoire pour qu’il soit réservé à la découverte de curiosités.

C’est là l’erreur, car auparavant la Casbah avait cinq portes qui s’ouvraient sur la mer et des chemins d’accès vers ses commerces, son artisanat, ses nombreuses écoles, ses hammams, ses mausolées, ses mosquées, mais aussi sur des hôtels pour séjourner comme dans les maisons du Fahs d’Alger. Reste que ce n’est plus le cas comme du temps où il y avait encore les hôtels de la Basse-Casbah qui n’existent plus malheureusement. Il est donc requis que la Casbah se doit d’être intégrée comme un quartier incontournable de la capitale et non pas seulement dans sa partie basse desservie par le métro.

- Le plan de sauvegarde est-il réel sur le terrain?

Nous avons certes un plan ou plutôt un genre de POS (plan d’occupation des sols) assez particulier, qui est inadéquat avec le plan permanent de sauvegarde et mise en valeur, puisqu’il est pris de vitesse par l’allure où vont les écroulements des bâtisses. D’où l’exigence d’appliquer l’option “du plan” dit de grand projet de développement et de revitalisation, à même de redonner un nouveau souffle à cette médina.



Photo: L'architecte Akli Amrouche © Archives/Liberte

Propos recueillis par Louhal Nourreddine
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