«Epargné» par le printemps arabe, le régime du président Bouteflika se prépare à gouverner avec les islamistes.
A trois jours du scrutin législatif en Algérie qui doit se tenir le 10 mai, les islamistes prennent du poil de la bête et commencent d'ores et déjà à affirmer qu'ils seront majoritaires à la future assemblée nationale.
Leurs discours deviennent de plus en plus radicaux et de plus en plus religieux. «Les Algériens sont résolus à voter islamistes et nous remporterons le prochaine scrutin»!
Sans quoi, soutiennent-ils tous, car ils sont au nombre de six partis en lice, les législatives auraient été entachées de fraude massive. Qu'en est-il dans les faits ' Les Islamistes algériens ont-ils réellement le vent en poupe ' Dans un pays où le sondage d'opinion n'existe pas sinon confié à des instituts aux accointances douteuses avec le pouvoir, il est difficile de connaitre le vrai poid des uns et des autres.
Après Rabat, Tunis, Tripoli et Le Caire, la «vague verte» atteindra-t-elle les rivages Algeriens ' Oui si l'on croit les déclarations des partis islamistes mais aussi celles de Me Miloud Brahimi, avocat algérois notaire et visage de proue des luttes pour les droits de l'Homme en Algérie.
Le rêve d'une victoire à l'égyptienne
«Nous aurons certainement des islamistes soft au pouvoir, dans un premier temps, car, après, on n'en sait rien. Et sauf à vouloir reprendre la marche vers l'abîme, il est temps de mettre en place des garde-fous constitutionnels pour garantir le système démocratique, comme cela a été fait en Turquie sous Mustafa Kemal Atatürk. Je ne vois pas d'autre solution que celle-là», asséne-t-il.
Les «révolutions arabes», récupérées par des islamistes qui n'avaient joué aucun rôle dans les chutes des dictateurs déchus, ont ressuscité de sa belle mort le vieux «fantasme» de la Daoula islmia (Etat islamique) en Algérie.
Le Front du changement, le Parti pour la liberté et la justice, le Front pour la justice et le développement, Al Nahda, El Islah et le Mouvement pour la société de la Paix sont les prétendants de cette vague verte.
D'ailleurs les trois derniers partis se sont coalisés et présentent des listes communes pour donner à leur tendance les chances de récolter un maximum de voix. Dociles, obéissants, formatés et parfaits islamistes de service pour «les centres de décisions», les initiateurs de la liste verte rêvent d'une victoire à l'égyptienne.
Grisés par le succès des partis islamistes dans les autres pays d'Afrique du Nord et évacuant la moindre responsabilité dans les deux décennies de sang qu'a connu l'Algérie, ces islamistes «tolérés» occupent la scène et exercent un véritable forcing.
Le hic est que le parti leader de cette liste verte, à savoir le Mouvement pour la Société de la Paix, a cautionné la politique du pouvoir pendant les trois mandats du Président Bouteflika.
Non seulement il a cautionné cette politique, il a fait partie de la coalition présidentielle et a toujours ses ministres au gouvernement.
Bouteflika choisit ses barbus
Ce parti a choisi son camp et épousé le pouvoir près de deux décennies, avant de le répudier il y a quelques mois mais sans retirer pour autant ses ministres du gouvernement. Une tactique, qui espère-t-il, pourrait lui permettre de surfer sur la vague islamiste qui a déferlé sur l'Afrique du Nord. Et pour se donner toutes les chances de remporter le scrutin il s'est allié aux deux autres partis qui, tout compte fait, n'ont pas le poids politique qui leur permettraient de battre les autres partis de la même mouvance.
Parmi ces partis en lice, le seul qui a des chances réelles de récolter un maximum de voix, est le Front pour la Justice et le développement de Abdallah Djaballah.
Bien que récemment agréé, son leader Abdallah Djaballah avait réussi auparavant à créer deux autres partis islamistes et leur a donné la consistance qui leur a permet de survivre à ce jour. Fondateur du parti al Nahda, puis el Islah, dont il a été évincé par le pouvoir, M.Djaballah, qui se revendique d'un islam plus radical, revient à la charge avec cette nouvelle formation politique.
Militant islamiste radical depuis les années 70, il ne cache pas ses ambitions. «Nous serons majoritaires à la future assemblée et nous ne laisserons pas voler nos voix », soutient-il. Pour réaliser son rêve, ce dernier compte bien séduire l'ancien électorat du Front islamique du salut dissout par décision de justice au début des années 90. Se croyant désormais pièce maîtresse sur l'échiquier politique algérien, les islamistes, en rangs dispersés, peuvent réaliser un bon score, sans pour autant menacer le régime en place.
Ce dernier, n'a jamais caché sa prédisposition à partager le pouvoir avec les islamistes «choisis» si le besoin se faisait ressentir.
Dans une société qui s'est sournoisement islamisée depuis l'arrivée de Bouteflika au pouvoir, nul ne peut prédire les intentions de vote.
Nul n'est, également, en mesure de mesurer le poids réel de ces héritiers de la salafia, l'idéologie politico-religieuse, prônant une lecture littéraliste et puritaine de l'Islam. D'ailleurs personne ne peut définir le poids de n'importe quelle autre mouvance politique. Les résultats des élections et les scores obtenus par les uns et les autres ayant toujours été triturées, aucun analyste n'est en mesure de dire qui remportera le prochain scrutin.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : AlgerieNetwork
Source : www.algerienetwork.com