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Air Algérie ou la vraie vie



Récemment, lors d'un vol d'Air Algérie reliant Alger à Paris, un agent de la compagnie nationale avait sommé les femmes de se séparer des hommes et de s'y tenir à distance respectable alors que les voyageurs faisaient la queue pour l'ultime contrôle au scanner, avant de rejoindre l'appareil. L'argument technique avancé par l'employé d'Air Algérie face à quelques «clients» récalcitrants était que cette manière de faire n'avait d'autre motivation que celle... d'accélérer l'opération et permettre ainsi à l'avion de «décoller ailleurs» ! Il fallait aller la chercher, celle-là. Pour qu'un préposé à l'embarquement tente de vendre aux passagers l'efficacité du mode opératoire, il fallait vraiment qu'il prenne les gens pour des imbéciles. Parce qu'il est difficile, voire impossible de saisir comment on peut gagner du temps en alignant les femmes et les hommes dans deux lignes différentes. Et en quoi l'espace vital, stratégique ou les deux en même temps, entre les deux sexes peut accélérer ou freiner une opération de contrôle somme toute banale dans un aéroport international. En plus de l'incongruité de l'argument, il faudra peut-être ajouter, histoire d'harmoniser le décor, cette pointe d'humour cocasse : pour que la compagnie aérienne publique se découvre des soucis de rapidité en tentant de gagner quelques minutes sur un protocol de vol, il doit y avoir une révolution qu'on nous a cachée ! On pensait que chez Air Algérie, les retards se comptent plutôt en dizaines d'heures, quand ce n'est pas en... journées et jusqu'à preuve du contraire, rien n'est encore venu le démentir. Mais comme en l'occurrence la question n'est pas là, on peut passer outre. Parce que dans cette histoire, il y a peut-être quelque chose de plus sournois et surtout plus grave, qui est venue «boucler la boucle». Si tant est qu'on puisse espérer qu'on est au bout de nos (désagréables) surprises, bien sûr. Même si l'opération «moralisation» et «halalisation» des vols a été entamée depuis longtemps sur les vols d'Air Algérie avec la supression du vin et des repas diurnes pendant le ramadhan, on pensait que ça ne pouvait pas aller plus loin. «Circonstances atténuantes » pour la compagnie, ce n'est pas vraiment elle qui a commencé. La moralisation de la socièté, faute de moraliser la vie publique, a été enclenchée ailleurs. De n'avoir épargné aucun pan de la société, les transports aériens ne pouvaient pas en être prémunis. Surtout pas dans une entreprise publique qui, peut-être un peu plus que d'autres espaces, a toujours affiché une disponibilité sans faille à l'injonction politique. Il n'y a aucune raison qu'on lui impose des recrutements clientélistes où les critères de compétence avérée, de diplôme et de motivation professionnelle n'ont pas droit de cité, pour lui tracer une autre «feuille de route» que celle qui serve les choix et les orientations du moment. On ne retarde pas des vols des heures durant parce qu'un petit ponte du système n'est pas arrivé à l'heure du vol pour ensuite se gêner quand il s'agit de «normaliser» ce qui reste encore à normaliser dans son mode de fonctionnement. Et ce qui ne gâte rien, il n'y a pas grand-monde parmi ses clients à s'indigner sur une atteinte à la liberté. Il est encore heureux qu'il subsiste quelques brebis gâleuses à s'irriter pour «si peu», comme la séparation stricte des femmes et des hommes à un moment ou un autre d'un vol. La légèreté de l'argumentaire dans ce dernier cas en est une cinglante illustration. A la décharge de l'agent en question, il a bien signifié aux récalcitrants que «les instructions sont venues d'ailleurs, pas de la compagnie» !S. L.
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