Alger - A la une

Ahmed Ouyahia dans la tourmente, ou les temps difficiles d'un homme clé du système algérien



Ahmed Ouyahia dans la tourmente, ou les temps difficiles d'un homme clé du système algérien
La contestation s'est élargie au RND. M. Ahmed Ouyahia est désormais contesté par des ministres en poste, qui réclament sa tête. Yahia Guidoum, qui coordonne la contestation, affirme que « Ouyahia n'existe plus ». Mais l'ancien premier ministre n'a pas dit son dernier. D'autant plus que son élimination éventuelle aujourd'hui signifie qu'il sera exclu de la décision lorsque viendra le moment maintenir le président Abdelaziz Bouteflika pour un troisième mandat ou de lui choisir un successeur.
La descente aux enfers se poursuit pour Ahmed Ouyahia. Depuis qu'il a quitté le gouvernement en mai dernier, l'ancien premier ministre est dans la tourmente, se voyant désormais contesté au sein même son parti, le RND (Rassemblement National Démocratique), lui qui apparaissait naguère comme un élément clé du système algérien.
Cet énarque de soixante ans, fumeur invétéré à la moustache fournie, gros travailleur, selon ses proches, est un dirigeant autoritaire, proche du DRS, dont il apparaissait comme l'interface civil. Sa carrière témoigne du poids qu'il a pris dans la vie politique algérienne : deux fois premier ministre, membre du gouvernement sans interruption depuis plus de quinze ans, il a notamment géré les portefeuilles de la justice et des finances.
Mais en mai dernier, M. Ouyahia sent que le vent a tourné. Au lendemain des législatives, il parle avec beaucoup de dérision du contrat alors en négociation avec Renault, signé finalement lors de la visite du président François Hollande à Alger. Mais le tout Alger politique note que l'austère et discipliné Ahmed Ouyahia n'a pas fait preuve de la réserve attendue de lui, signe qu'il n'est plus dans le coup.
C'est donc sans surprise qu'en septembre, un de ses ministres, M. Abdelmalek Sellal, est désigné pour le remplacer. Mais cette fois-ci, M. Ouyahia n'est plus dans le gouvernement. Est-il en réserve, pour se consacrer à l'élection présidentielle, prévue en avril 2014, ou bien a-t-il été mis hors circuit précisément pour l'éliminer de la présidentielle ' Des rumeurs insistantes annoncent son départ imminent comme ambassadeur dans une grande capitale occidentale, ce qui signifierait qu'il serait hors-jeu pour l'échéance de 2014. Mais Alger bruisse de tant de rumeurs qu'il est difficile d'avoir la moindre certitude.
Par contre, les difficultés de M. Ouyahia au sein de son parti sont bien réelle. Initialement, la contestation au RND apparaissait comme un simple élément e folklore destiné à donner l'illusion d'une vie politique. D'autant plus que M. Ouyahia, alors chef du gouvernement, semblait hors de portée.
« Ouyahia n'existe plus »
Mais depuis qu'il a quitté le gouvernement, la donne a changé. Les contestataires se sont considérablement renforcés. C'est désormais l'ancien ministre de la santé Yahia Guidoum qui mène la révolte. M. Guidoum est considéré comme un proche de l'ancien président Liamine Zeroual et, surtout, de son homme de confiance, le général Mohamed Betchine, un homme de réseau écarté il y a quinze ans et trainé dans la boue alors que M. Ouyahia était en train de construire son pouvoir. M. Guidoum dirige le mouvement e contestation de puis novembre en raison, dit-il, d'un « rejet total et absolu d'une gestion autoritariste, despotique et totalement injuste depuis plusieurs années » de la part de M. Ouyahia.
La contestation est montée d'un cran cette semaine. Jusque-là, des rumeurs insistantes évoquaient des ministres qui auraient rallié la contestation, mais aucun n'avait été publié. C'est désotmais chose faire : la presse cite quatre ministres appartenant au RND qui réclament la tête de M. Ouyahia. Parmi eux le ministre de l'industrie Cherif Rahmani, qui a toujours réussi à se retrouver du côté des gagnants, et le ministre de affaire religieuses Boualemallah Ghoulamallah, considéré comme un protégé du président Abdelaziz Bouteflika.
Les élections sénatoriales organisées ce week-end pour renouveler un tiers des membres du conseil de la Nation ont constitué un moment de répit pour M. Ouyahia, dont le parti a réalisé un bon score, après les échecs des législatives et des élections locales. Le RND a remporté 24 sièges, devant le FLN, qui s'est contenté de 17 sièges. Le RND devient même la première force politique au Sénat, avec 44 sièges, devant le FLN, 39 sièges.
Mais cette victoire risque de constituer une simple accalmie car les adversaires de M. Ouyahia ont promis de repartir à l'assaut dès début janvier. M. Guidoum a même anticipé une victoire des contestataires, déclarant : « pour nous, Ouyahia n'existe plus ».
Tweet
Partager
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)