« Je ne suis pas d'accord avec Halilhodzic dans la mise à l'écart de Ziani .»
« Hosni Moubarak n'avait rien à voir avec nos problèmes avec l'Algérie .»
Avec son record absolu de 180 sélections avec les Pharaons, Ahmed Hassan est la figure de proue du football égyptien ces dernières années. Le numéro 17 et capitaine d'équipe de l'Egypte que nous avions haï longtemps lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2010, a bien accepté de revenir sur toute cette histoire. Une histoire aussi mémorable que regrettable. Il l'avoue d'ailleurs : «Ce n'était pas bien tout ce qu'on a vécu entre nous»' Mais avec Ahmed Hassan, vous ne serez pas embobiné par l'habituelle langue de bois que nous distillent certains de ses compatriotes. Lui, c'est la sagesse d'une éternelle jeunesse de 37 ans, conjuguée à la sincérité d'un capitaine qui mérite amplement son brassard. Une force tranquille, quoi ! qui fait de lui l'un des footballeurs les plus respectés de son pays.
C'est un honneur de vous interviewer, Captain'
Merci beaucoup pour cet honneur que vous me faites.
Vous êtes le recordman du monde du football avec 180 sélections à votre actif. Que représente pour vous cette consécration officielle de la FIFA '
D'abord, un immense bonheur, mais aussi un plus grand honneur pour moi, personnellement, et pour tous les Egyptiens, sans oublier les footballeurs arabes en général. Ce chiffre de 180 a été réalisé grâce à beaucoup d'efforts et de sacrifices pour la sélection de mon pays. C'est, donc, un immense bonheur d'être le recordman du monde des sélections, eu égard à tout ce que j'ai donné pour cette équipe d'Egypte.
Vous n'aurez « que » 37 ans au mois de mai prochain. Avez-vous songé à votre retraite ou pas encore '
Je vous assure que mon souhait est de pouvoir jouer encore jusqu'en 2015 ! Mais ce sera avec l'aide d'Allah, s'Il me donne encore la force physique de pouvoir poursuivre au haut niveau. Je ne veux pas me ridiculiser sur un terrain après toutes ces années dans l'élite. Je sais qu'un jour ou l'autre, tout devra s'arrêter. Mais, aujourd'hui, Allah me permet tous les matins de concurrencer les jeunes à l'entraînement. Je pense que je suis encore opérationnel pour quelque temps encore.
Pourquoi pas jouer le Mondial 2014 au Brésil, même si vous avez déclaré sur le site de la FIFA que ce sera très difficile à réaliser'
L'idée en elle-même reste encore un simple rêve, mais je ne peux pas m'empêcher d'en faire un objectif. C'est de la sorte que j'avance dans la vie. Et puis, en 2014, je n'aurai pas encore 40 ans. Il y a certains footballeurs qui ont joué un Mondial au-delà de la quarantaine, à l'image de Lothar Matthäus ou Roger Milla qui l'a joué à 42 ans. Si demain, donc, l'occasion se présente pour jouer le Mondial 2014, je serai hyper heureux de pouvoir le faire et je me donnerai tous les moyens pour ne pas faire de la figuration. Maintenant, si le rêve s'arrête avant, eh bien je me contenterai de tout ce que Dieu m'a donné dans ma carrière et que je ne remercierai jamais assez pour la chance que j'ai eue.
Vous avez joué quasiment à tous les postes, et face au MAS de Fès, vous risquez de jouer peut-être comme gardien de but, vu que vous partirez sans remplaçant à ce poste. Vous y pensez '
(Il sourit). Je vais vous surprendre, mais je vous assure que je suis assez bon comme gardien de but. C'est un poste que j'ai toujours apprécié depuis mon plus jeune âge. Je m'entraîne, souvent, avec les gardiens de but en plus. Je suis pourtant milieu de terrain. Mais ça ne me dérangerait vraiment pas d'enfiler les gants pour aider mon équipe si besoin est. Je suis prêt mentalement et physiquement en tout cas.
Le monde du football en Algérie a été attristé de voir ce qui s'est passé à Port-Saïd. Comment avez-vous vécu ce drame '
(Il respire profondément.) C'est vrai que c'est triste ce qui s'est passé. On n'arrive toujours pas à l'admettre. C'est très regrettable que de telles choses arrivent dans nos stades. En principe, l'Islam nous a inculqué les bonnes valeurs pour ne pas tomber dans cette barbarie. Il nous dicte comment nous comporter avec notre prochain. Ma tristesse est tellement profonde, même aujourd'hui. Je ne sais pas si on a appris des choses de tout ce qui s'est passé ce jour-là. Je l'espère au moins. J'espère qu'on a compris que nous formons un seul et même peuple dans ce pays. Le football a été inventé pour apporter la santé, la joie et la fraternité entre les gens. Il y aura toujours un vainqueur et un perdant. C'est sûr qu'on était tous atterrés par ce qui s'est passé. Ce qui devait être une fête du football s'est transformé en champ de bataille avec des crimes et du sang partout. Je souhaite vivement que nos peuples arabes, en Egypte, en Tunisie, en Libye, au Maroc et autres, apprennent à faire la part des choses et ne confondent pas adversité et animosité. C'est facile de dire qu'on a été aveuglés après coup, mais il est encore plus sage de contenir nos pulsions agressives et ne pas tomber dans la violence. On ne doit pas regretter après, car ça ne servira à rien.
La majorité des commentaires affirment que ce qui est arrivé entre l'Algérie et l'Egypte a été de loin beaucoup moindre que ce qu'on a vécu à Port-Saïd'
Absolument ! Le drame de Port-Saïd a été incontestablement plus grave, du fait qu'il y a eu beaucoup de morts dans ce match. Ce qui n'a pas été le cas entre nous et l'Algérie. Malheureusement, nos matchs avec l'Algérie avaient pris des allures de guerre entre deux peuples. Ceci a été amplifié par certains médias malintentionnés. Ce que je regrette dans cette histoire, c'est que nous aussi, avions gobé les mensonges de ces gens. Nous n'avions pas eu le recul qu'il fallait pour éviter la montée de la haine. J'espère qu'on en tirera les bonnes leçons à l'avenir lorsqu'on sera opposés entre frères arabes.
Vous imputez, donc, tout ce qui est arrivé aux seuls journalistes '
Les médias ont leur part de responsabilité dans la montée de la violence entre les peuples, car ce sont eux qui ont présenté ce match comme si c'était une guerre entre l'Egypte et l'Algérie. Ils ont harangué les supporteurs à un point de non-retour. Nous avons cassé nos relations avec le peuple algérien à cause d'un match de football. Alors que le sport dit tout à fait le contraire de ce que nous avions fait. Mais ceci n'est pas définitif. On aura encore d'autres occasions pour calmer les esprits et reprendre notre fraternité d'avant. Je suis sûr qu'on restera frères malgré tout ce qui est arrivé. Le football devra nous unir et non le contraire.
Pensez-vous que Hosni Moubarak et ses enfants avaient été derrière toute la violence manifestée par le peuple égyptien contre l'Algérie '
Sincèrement, je ne le pense pas, car la sensibilité entre les deux peuples a toujours existé depuis bien longtemps. Avant même que Moubarak ne soit président de la République. Ce n'était pas la première fois qu'on assistait à de telles scènes de tension. Même contre le Maroc et la Tunisie, les matchs ont toujours été tendus à l'extrême. Ce qui absoudrait la thèse d'une manipulation politique de la part de l'ancien régime. Ces tensions entre nos différentes équipes ont de tout temps existé. La presse a sa part de responsabilité, certes, mais il y a également un fait nouveau' C'est le phénomène Internet. Les deux peuples arrivent à se joindre instantanément et cela ne fait qu'augmenter les risques de tensions. Je me rappelle d'un match au Maroc où on avait essuyé des jets de projectiles et ce genre de trucs, mais à l'époque, il n'y avait pas Internet pour amplifier les choses en haranguant les supporteurs pour s'insulter et se menacer mutuellement. Je suis sûr que c'est à cause de cela qu'il y a eu autant de tension, même pour Port-Saïd.
Vous lavez totalement l'ancien régime de ce qui est arrivé'
Nous n'avons pas le droit de tout mettre sur le dos des anciens régimes, car il suffisait d'un peu de bon sens pour que tout soit évité. Mais aujourd'hui, je crois qu'on en a trop parlé. Il est temps d'agir et de retenir les leçons du passé.
Après votre élimination du Mondial, vous aviez déclaré ne jamais avoir à fouler le sol algérien. Par la suite, vous avez appelé les Egyptiens à soutenir les Verts contre la Slovénie. C'est un peu ambigu pour nous'
Suivez mon raisonnement. C'est simple. Pour la première déclaration, vous imaginez bien que je l'ai faite sous l'effet de la colère et de la déception. Mais au final, je ne peux pas renier notre arabité et les liens ancestraux qui nous lient. Sans oublier l'Islam qui nous lie avant toute chose. N'oubliez pas que j'étais très en colère quand nous avions subi toutes ces intimidations avec Al Ahly en Algérie. Je ne comprenais pas pourquoi on nous faisait vivre toutes ces misères alors que nous sommes censés nous sentir chez nous en Algérie. Mais relisez mes déclarations par la suite et vous verrez que j'ai bien dit que je retournerai avec plaisir en Algérie si l'occasion venait à se présenter à l'avenir.
Et pour le Mondial '
Vous imaginez que j'allais demander à mes compatriotes de soutenir la Slovénie ' C'est insensé ! Jamais une telle idée ne m'aurait effleuré l'esprit à froid, malgré tout ce qu'on a vécu lors des éliminatoires. J'ai annoncé à maintes reprises qu'il fallait être derrière l'Algérie, parce que c'était le seul représentant du peuple arabe dans cette Coupe du monde. Je vous assure que j'ai été désolé de voir l'Algérie perdre contre la Slovénie. Je n'ai jamais oublié qu'il y a des liens de sang et de religion entre nos deux peuples. J'ai beaucoup d'amis algériens et, juste pour eux, je ne peux pas détester votre pays.
Et quels sont ces amis algériens dont vous parlez '
Je ne vous citerai que ceux du football puisque ce sont eux que tout le monde reconnaîtra. Il y a plusieurs joueurs que j'ai affrontés sur le terrain avec qui j'entretiens de bonnes relations. Je vous citerai, par exemple, Madjid Bougherra que j'ai croisé à plusieurs reprises au Qatar, de même que Karim Ziani, ainsi que d'autres que j'ai revus à Aspetar et dont je ne retiens pas bien les noms. Il y a aussi l'entraîneur de Lekhwiya, Djamel Belmadi, c'est bien comme ça qu'il s'appelle, non '
Oui, exactement. Lui aussi a joué avec les Verts par le passé'
On se voyait beaucoup, parce qu'on partageait le même hôtel à Doha. Nous entretenions de bonnes relations. Je dirais même qu'on était très proches les uns des autres. Comme j'en ai encore d'autres que vous ne connaissez pas. Il est, donc, inutile de se montrer aigre envers les joueurs algériens, juste parce qu'ils nous ont privés du Mondial. C'est à nous en tant que joueurs de donner l'exemple aux supporteurs. Je vous assure qu'en tant qu'Arabes, nous avions bien souhaité voir l'Algérie passer le premier tour dans ce Mondial. Mais, malheureusement, ça n'a pas été le cas.
Le sélectionneur des Pharaons, l'Américain Bradley, n'écarte pas l'idée de jouer en Algérie ou au Maroc, dans le cas où l'Egypte n'offrait pas encore les conditions de sécurité pour abriter les éliminatoires du Mondial 2014. Quel est votre commentaire à ce sujet '
En tant qu'Egyptien, il est normal de souhaiter avant tout que ce match se déroule chez nous, sur notre propre terrain et devant notre propre peuple. Je suis sûr que nous serions bien reçus chez nos frères marocains ou algériens, parce que tout le monde a retenu les leçons du passé. Je n'ai aucun doute quant à l'accueil qui nous sera réservé chez vous. C'est ce que nous devons, également, faire en Egypte, lorsqu'on reçoit des équipes des pays frères. Par exemple, nous sommes appelés à aller bientôt au Maroc pour y jouer un match fraternel en club contre le MAS de Fès. J'espère que tout va bien se passer. Nous devons suivre l'exemple des Européens, comme le Real et le Barça, qui s'affrontent sans merci sur le terrain, mais sans jamais de débordements extra-sportifs. Le Barça a joué en Angleterre, sans qu'il y ait eu de grabuges. Pareil pour les autres clubs qui voyagent en toute sécurité à travers toute l'Europe.
Malheureusement, la violence a également débordé dans nos différents championnats. D'abord Port-Saïd, puis le Maroc et l'Algérie. Avez-vous eu vent du drame de Saïda en Algérie '
Oui, bien sûr que je suis au courant de ce qui s'est passé. C'est vraiment triste ce qui est arrivé aux joueurs de l'USM Alger. J'ai encore mal à la place des joueurs qui ont été poignardés. C'est insensé d'aller jouer un match de football pour être accueillis avec des couteaux et des bâtons. Le football, ce n'est pas cela. C'est le chauvinisme qui pousse les supporteurs à agir avec cette agressivité aveuglante. Nous avons besoin de beaucoup d'enseignements pour apprendre à gérer nos pulsions dans un match de foot comme on en voit en Europe.
Que pensez-vous des derniers résultats de l'équipe d'Algérie, notamment après l'arrivée de Vahid Halilhodzic '
Sincèrement, je ne suis pas trop le parcours de l'équipe d'Algérie ou des autres sélections. J'en suis désolé. Mais comme je l'ai dit, après nos confrontations en éliminatoires du Mondial 2010, les Algériens jouent très bien au football et possèdent des joueurs remarquables. Ils gagneraient cependant à jouer avec plus d'engagement d'ensemble et non pas individuellement. Mais il est vrai aussi que le changement d'entraîneur ne permet pas à l'équipe de progresser rapidement. Le temps d'adaptation est toujours plus long et cela retarde l'évolution de l'équipe. Et le pire, c'est que bien avant que cet entraîneur ne trouve la bonne solution pour faire tourner la machine, il lui est déjà signifié de plier ses bagages pour être remplacé par quelqu'un d'autre qui subira le même sort au bout de quelques mois. Je souhaite en tout cas, du fond du c'ur, un retour rapide de l'équipe d'Algérie.
Le nouveau sélectionneur a écarté Karim Ziani et peut-être même Nadir Belhadj, sous prétexte de rajeunir l'équipe. Vous qui avez 37 ans, qu'avez-vous à dire à ce propos '
Chaque entraîneur qui s'installe annonce qu'il veut bâtir une nouvelle équipe d'avenir avec de jeunes joueurs. Mais ce dont je suis sûr de mon côté, c'est que la qualité d'un footballeur ne se mesure pas à son âge. Nul ne peut se passer d'une ossature de joueurs d'expérience, car c'est à leurs côtés que les jeunes qui arrivent en sélection apprendront et mûriront. Si un coach dit vouloir bâtir pour l'avenir, cela revient à dire qu'il veut s'éloigner des grands objectifs, des grandes ambitions, car il aura besoin de 3 à 4 ans pour arriver à construire l'équipe de ses rêves. Mais je ne pense pas que le public saura patienter autant d'années. Je suis personnellement pour un mixage entre les générations afin d'apporter l'équilibre nécessaire à l'équipe.
Le sélectionneur des Verts semble préférer le jeu de Feghouli à celui de Ziani et c'est dans ce sens qu'il l'a écarté de l'équipe'
Cela reste son avis. Moi qui ai joué contre Ziani, je peux vous assurer que c'est un élément très important dans l'équipe d'Algérie. Mais il est vrai qu'un joueur comme Feghouli est également flamboyant sur le terrain grâce à sa vivacité et sa fougue. Ce sont des joueurs comme lui qui vont assurer l'avenir du football algérien.
L'Egypte a gagné trois CAN avec des joueurs essentiellement issus du championnat national. Pensez-vous que cela est possible pour une sélection comme l'Algérie '
Les données ne sont pas pareilles. L'Algérie possède beaucoup de bons joueurs qui évoluent à l'étranger. De notre côté, nous n'en possédons pas autant, malheureusement. Nous n'en avons que 3 ou 4 au maximum. Je peux vous assurer que si l'on en avait autant que vous, ils joueraient tous en sélection d'Egypte. Il n'y a aucun doute là-dessus.
Etes-vous supporteur du Barça ou du Real '
J'adore le Real Madrid !
Quel est, donc, le meilleur joueur du monde actuellement '
Sans hésiter je dirais Messi, même si je suis un grand fan du Real Madrid depuis mon jeune âge. On est obligé de suivre aussi les exploits du Barça et surtout de Messi.
Quel est, selon vous, le meilleur footballeur arabe actuellement '
(Il réfléchit.) Franchement, je n'en trouve aucun qui me vienne à l'esprit. Non pas à cause d'une quelconque faiblesse des joueurs, mais c'est parce que nous vivons une situation particulière en Egypte et cela m'empêche de porter un jugement sur des footballeurs que je n'ai pas assez suivis.
Et quel joueur algérien vous a plu '
Ah, l'Algérie possède beaucoup de footballeurs talentueux, à l'instar de Bougherra et d'un attaquant vivace et très entreprenant qui portait le numéro 13 contre nous. Son nom m'échappe malheureusement'
Karim Matmour '
Exactement ! C'est Karim Matmour ! Depuis le début du match contre nous, il avait retenu mon attention. C'est un très bon joueur, Matmour. Il joue dans quel club actuellement '
A l'Eintracht Francfort en Bundesliga. Il vient d'accéder avec son club'
Je lui souhaite encore d'autres grandes réussites à lui, à Ziani, Belhadj et à tous les autres bons joueurs algériens.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N S
Source : www.lebuteur.com