
Par Sarah HaidarCette année, l'Etat s'implique pour la première fois dans la commémoration du Printemps berbère d'avril 1980. A l'ombre des rumeurs annonçant comme inéluctable l'officialisation de tamazight par la nouvelle Constitution, l'APC d'Alger-Centre s'est jointe au Haut-Commissariat (HCA) à l'amazighité pour célébrer le 35e anniversaire de Tafsut Imazighen tandis que les médias officiels ont assuré un fil rouge en berbère et sur le berbère en cette journée du 20 avril et que les marches en Kabylie et à Batna se sont déroulées sans incident.D'aucuns se réjouiront de cette «avancée notable» dans le combat identitaire et les mêmes slogans reviendront systématiquement pour accompagner la liesse, dont ceux qui rappellent de manière compulsive la rengaine de la fusion amoureuse entre la revendication berbère et l'attachement viscéral à la patrie, la cohésion fantastique entre amazighité, arabité et islamité alors que d'autres rempliront leurs rèles habituels de congratulateurs remerciant le chef de l'Etat pour sa clairvoyance et sa magnanimité à l'égard des populations berbérophones, et que d'autres encore nuanceront l'enthousiasme en martelant que l'enseignement de tamazight doit être obligatoire dans les 48 wilayas, etc. Tout cela est bien beau quand on choisit, pour ne pas se bousiller le moral, d'oublier que cette chère «tamazight» dans laquelle s'est rogné l'esprit 1980 et 2001 n'est rien d'autre qu'un assemblage linguistique déréalisé et destiné à minoriser, voire annihiler, la valeur historique et culturelle des langues berbères, les réduisant au rang de dialectes inaptes à la modernité et condamnés à se fondre dans l'uniformisation arbitraire”'il est vrai qu'il est autrement plus confortable de se féliciter des rations charitables distillées par l'Etat central selon ses bons vouloirs, et de marteler que c'est là le résultat d'une lutte acharnée. Mais certaines choses ne doivent pas s'oublier car la terre, contrairement à l'Histoire, ne pardonne jamais... N'oublions pas les 127 manifestants assassinés en 2001... N'oublions pas que lorsqu'on criait «Ulac smah ulac !», personne ne nous avait demandé ni ne nous demandera ce pardon... N'oublions pas que quelques billets froissés auront suffi à «nos frères» locataires de cette même géographie morcelée appelée «Nation» pour taillader des Kabyles qui ne faisaient que marcher”? N'oublions pas qu'à peine deux ans plus tard, certains qui aujourd'hui s'emmitouflent dans un drapeau bleu-vert-jaune acceptaient gaiement de chanter à la gloire des assassins”? N'oublions pas que Ferhat ne pourra probablement pas assister aux funérailles de sa mère parce qu'il est interdit de fouler son sol natal”? N'oublions pas ce coup de pied donné à un jeune homme à terre en ce 20 avril 2014 et cette meute de «démocrates» qui banalisaient le lynchage”? N'oublions pas qu'en juin de l'année dernière, la wilaya d'Alger avait interdit un hommage purement artistique à Matoub en nous disant : «Allez-lui lui rendre hommage à Tizi-Ouzou»”'mais sans doute, pour ne pas oublier et pour inventer un avenir moins stupide, faudra-t-il faire la différence entre une reconnaissance effective d'une culture au-delà de ses apparats folkloriques et un simple «code de l'indigénat» canalisant les Indiens dans leurs jolies réserves d'autosatisfaction !S.'h.?
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Soir d'Algérie
Source : www.lesoirdalgerie.com