
Par Sarah HaidarCette fois-ci, la «fête» était plus animée que d'habitude. Le sacro-saint cheb Yazid, roucouleur saisonnier d'une certaine image de la femme algérienne, fut relativement éclipsé par les débats houleux à l'APN concernant la nouvelle loi criminalisant les violences faites aux femmes, laquelle a fini par être adoptée par l'Assemblée après que ses houspilleurs eurent quitté la salle.Cette année donc, les femmes qui «fêtent» le 8 Mars avec des roses, un brushing, des bons d'achat et un bon coup de synthé à la salle Harcha ont eu droit à un petit supplément qui leur a permis à la fois de découvrir que l'Etat algérien a attendu 2015 pour légiférer sur leur statut de punching-ball rituel et de goûter à la philosophie des représentants parlementaires de cette belle religion «qui leur a rendu leurs droits». Ainsi, cette femme algérienne qui n'a jamais entendu parler de Clara Zetkin et qui assimile le 8 Mars à une demi (journée) de congé où on lui offre des roses et où on lui souhaite «bonne fête» avec un sourire condescendant, s'est soudain retrouvée au cœur d'un débat politique plus ou moins sérieux : criminaliser la violence physique, verbale et sexuelle contre les femmes. Les harceleurs, les maris violents et les pères (ou frères) fouettards iront donc en prison si leurs victimes ont le courage de les dénoncer et ensuite celui de ne pas leur pardonner. Malgré ces aménagements vicieux qui consacrent le compromis et le statu quo, l'Alliance verte s'est tout de même offusquée de ce texte contraire à l'islam et menaçant de détruire la cellule familiale.Beaucoup de députés islamistes, y compris une femme du MSP, ont en effet dénoncé une loi discriminatoire vis-à-vis des hommes et, pis encore, une loi interdisant ce que Dieu himself a généreusement autorisé pour le maintien de la paix au sein du foyer ! Et de réclamer, dans une hystérie islamo-libidineuse, la pénalisation du port de vêtement «provocants» qui agressent la pudeur de l'Algérien et le contraignent, pauvre chou, à exprimer son indignation sous forme de demandes sexuelles et autres joyeusetés raffinées. Du coup, nous sommes passés d'une banale adoption d'une loi plus que retardataire, voire anachronique à un débat religieux où l'APN s'est transformé en Souk Oukaz des mollahs avec arguments et contre-arguments «chariesques» : les islamistes défendent l'autorité masculine sacrée sur cette créature pétrie à partir d'une côte cassée, «inférieure intellectuellement et religieusement», etc., tandis que le garde des Sceaux et ses supporters se réfèrent eux aussi à la religion et psalmodient la charmante ritournelle d'un islam intrinsèquement féministe !Or, le problème ici n'est pas de trancher si Allah est un partisan de la violence misogyne ou un fervent défenseur des femmes car quand on revient aux Textes, ceux-ci donnent évidemment raison aux islamistes (en cas de désobéissance quelconque de son épouse, le mari a le droit de la battre en dernier recours. Il a cependant l'interdiction de la défigurer, histoire de ne pas gâcher son propre plaisir esthétique !!).Le problème se situe dans ce besoin absurde d'une approbation religieuse pour une loi censée être l'évidence même. L'hypocrisie du système judiciaire algérien se révèle encore une fois dans toute sa splendeur : sans être une théocratie à proprement parler, l'Algérie est un patchwork juridique où certes on ne lapide pas encore les femmes adultères mais où on emprisonne des non-jeûneurs et des journalistes accusés de porter atteinte au Prophète.Cette Algérie où, il y a quelques années, un juge a acquitté une meurtrière d'enfants parce qu'un imam est venu témoigner en sa faveur en rejetant la responsabilité du crime sur le djinn qui la possédait ! Quoi qu'il en soit, le fait est que cette loi criminalisant les violences faites aux femmes soit passée au forceps annonce déjà le statu quo futur. Il serait donc inutile de se mettre à rêver à une session de l'APN où on débattra de la pénalisation d'une des formes les plus répandues de la maltraitance d'enfants qu'est le hidjab précoce, ou bien l'autosaisie de la justice à chaque fois qu'un imam (télévisé ou pas) lance des appels à la haine et à la violence sexistes, ou bien, comble de la fantasmagorie, un débat sur la légalisation de l'avortement !Enfin, rassurons les islamistes : la plupart des femmes pardonneront comme elles l'ont toujours fait. Tant que la révolution ne germe pas dans leurs esprits à elles et tant qu'elles demeurent leurs propres geèlières, cette loi ou une autre ne sera qu'un énième non-événement.S.'h.?
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Soir d'Algérie
Source : www.lesoirdalgerie.com