Alger - Revue de Presse

ACCORD D'ASSOCIATION AVEC L'UE Encore du chemin



Au-delà des équilibres macroéconomiques que l'opinion internationale lui reconnaît d'avoir su préserver, l'Algérie devra surmonter dix importantes contraintes pour prétendre à une économie compétitive. Ce sont les Allemands qui l'ont affirmé hier à partir du siège de la Chambre algérienne de commerce et d'industrie (CACI) qui s'est associée à celle algéro-allemande et à la fondation Friedrich Naumann pour animer une conférence sur «l'accord d'association Algérie-UE à travers des réformes internes pour un développement durable et l'augmentation des exportations algériennes.» Le verdict sur l'état de l'économie nationale est tombé par la bouche de Klaus Bünger, ex-ministre délégué du ministère allemand de l'Economie. Il reconnaît à l'Algérie «un développement politique remarquable, une bonne structure macroéconomique grâce à une politique monétaire orientée essentiellement sur la stabilité, la mise en oeuvre d'importantes réformes, la privatisation, la lutte contre la corruption en plus des programmes économiques lancés.» Le tout lui a permis selon lui «d'assurer une croissance dont l'accélération a eu lieu entre 2000 et 2004.» Il juge le taux d'inflation de près de 2% «fantastique !». Il admet par contre une réduction du sous-emploi mais affirme que le taux de chômage reste élevé, de 30%. Il inscrit la réduction de l'endettement sur le tableau des performances. Il estime que «le pacte national économique et social qui limite les augmentations des salaires dans les secteurs hors hydrocarbures est une règle qui constitue une grande contribution à la compétitivité des entreprises sur le moyen et long termes.» Le mauvais classement de l'Algérie Les mauvais points pour l'Algérie: «elle a beaucoup de retard à rattraper en matière d'investissements étrangers directs (IDE)». Il lui reproche de maintenir en force les banques publiques, d'avoir une proportion importante de crédits non performants et d'accuser un manque de compétitivité de l'économie hors hydrocarbures. Il énumère les barrières et entraves qui bloquent l'économie nationale. «Le contrôle des devises, les transferts à l'étranger conditionnés en plus d'un climat des affaires qui n'est pas particulièrement attractif.» Pour conforter ses propos, l'ex-ministre allemand fait référence à un rapport du FMI qui énumère dix contraintes à l'économie nationale. «Le manque de compétitivité, les pratiques informelles, les insuffisances en matière de financement, les taux d'intérêt trop élevés et des impôts tout aussi élevés pour les PME, le difficile accès au foncier, une administration fiscale trop lente, un degré de corruption assez élevé qui règne dans votre pays, les incertitudes par manque de projections économiques, une régulation et des procédures trop lourdes pour créer des entreprises, l'absence de compétences et le manque de formation des ressources humaines.» Dix contraintes qui classent l'Algérie selon lui à la 116e place sur une liste qui en compte 175. Elle est aussi à la 134e place sur les 150 pays en voie de libéralisation. La conclusion de l'ex-ministre allemand: «Difficultés de prouver l'attractivité du pays.» Il souligne en outre qu'à l'exception du risque pays, l'Algérie est mal notée par le FMI pour ce qui est des indicateurs comme la gouvernance, les financements et la corruption. «Ces chiffres dominent les discussions entre les hommes d'affaires étrangers et au sein des institutions internationales», fait-il remarquer. La politique et les groupes d'influence Klaus Bünger affirme à propos de l'accord d'association que «il a été fait pour améliorer la coopération entre l'Algérie et l'UE» mais «c'est un contrat asymétrique de libre-échange.» Ses explications: aux Algériens qui estiment que les recettes douanières ont diminué après son entrée en vigueur, il leur dit que cette diminution est récupérée à travers l'amélioration du taux de croissance. Il reconnaît que l'on pourrait arriver à la fermeture d'entreprises «donc des problèmes d'emplois» mais il synthétise la situation par ce propos «les perdants sont les gagnants, ils doivent s'organiser entre eux pour mieux défendre leurs intérêts économiques.» Il fait savoir clairement que «les IDE exigent un Etat de droit» parce que ces contraintes dit-il «sont colportées à des niveaux beaucoup plus hauts que ceux des hommes d'affaires.» Il note qu'une libéralisation du marché extérieur algérien se fait par la théorie du pas à pas. «La libéralisation va prendre beaucoup de temps, jusqu'en 2017», dit-il. Il rappelle pour cela les clauses de l'accord et les trois listes de produits qui doivent être libérés. Le facteur temps désavantagera ainsi selon lui les secteurs qui resteront en dernier. Il reproche une ouverture très limitée du secteur de l'industrie. Il n'approuve pas l'exclusion de l'accord la libéralisation des produits agricoles et de la pêche qui ne seront «négociés qu'en 2010.» En clair, il déplore «le protectionnisme pratiqué par l'Algérie.» Il n'est pas d'accord aussi avec l'exigence de certificats d'origine «alors que la politique européenne propose une participation aux marchés intérieurs européens.» Il va jusqu'à proposer une union douanière avant de se rétracter pour juger sa vision «utopique.» Il n'aime pas que l'Etat algérien intervienne dans le marché. Il lui suggère d'accélérer la privatisation et les réformes bancaires et de permettre plus de flexibilité au marché de l'emploi... Besoin de temps ? «Cela vaut le coup», dit-il. Et, conclut-il, «la politique ne doit pas être guidée par certains groupes d'influence.»
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