
«Certains prédisent à l'Algérie l'apocalypse, nous sommes des croyants, nous n'irons pas en enfer.» Quelques heures seulement après la signature de la fameuse loi de finances 2017, Abdelmalek Sellal a tenu à rassurer les Algériens sur la situation à venir à travers un discours télévisé ponctué de nombreux appels à la patience.Abla Chérif – Alger (Le Soir) - L'intervention était très attendue, il faut le dire, tant les Algériens sont restés privés depuis de très longues années de toute déclaration directe de ses dirigeants. L'heure est grave, et le Premier ministre l'a fait savoir face aux caméras dans une allocution qui a, cependant, tôt fait de se transformer en une gymnastique chiffrée censée renseigner la population sur la réalité à venir.Souvent attaqué pour sa manière parfois singulière de dire les choses, et visiblement soucieux d'entourer son message de tout le caractère sérieux qui s'impose en cette occasion, Sellal a tenu, d'emblée, à se défendre, affirmant qu'il n'était pas venu «pour raconter n'importe quoi». «Je suis venu dire la vérité, dit-il, tout le monde sait que je ne raconte pas n'importe quoi, et je peux vous assurer que les indicateurs laissent entrevoir que nous n'allons pas sombrer comme certains le prédisent.» S'ensuit un long exposé sur la décision irréversible de préserver les acquis sociaux qu'il n'omet pas d'énumérer en comptant sur les doigts : la gratuité de l'accès aux soins sanitaires, l'éducation, le soutien des produits de base et de large consommation, et naturellement le logement.Sellal insiste pour faire savoir que les instructions en la matière proviennent directement du Président Bouteflika, et en profite pour glisser une mise au point «aux détracteurs qui évoquent l'existence d'une guerre au plus haut niveau de l'Etat». «Il n'y a pas de divergences entre nous, l'entente règne à merveille et nous travaillons dans un cadre de concertation. J'insiste, nous n'avons aucun problème.» La parenthèse est fermée.Le Premier ministre s'engage alors dans de longues explications chiffrées. L'exposé se fait après un rappel du contexte de crise pétrolière qui a fatalement imposé une modification du modèle économique : une dette extérieure qui ne dépasse pas les trois milliards de dollars, un taux de croissance de 25% pour l'année, 27,5 milliards de recettes pétrolières, une inflation globale de 4%, un PIB de 3,5% et surtout des réserves de change qui termineront l'année à 114 millions de dollars. Il avertit cependant : «Le maintien des réserves à ces niveaux dépend de l'amélioration des cours du pétrole, de la réduction des importations et de la poursuite de la stabilisation du dollar.» «La gestion de la situation est très difficile, poursuit-il, elle exige de nous du sang froid et la préservation de la stabilité.»Interrogé par des journalistes de la presse étatique, Sellal en vient ensuite à l'essentiel : la hausse des prix. «Nous savons qu'il y a de la peur, mais je souligne, une fois de plus, que nous ne reviendrons pas sur le soutien des produits essentiels. Au cours de ces derniers jours, je me suis rendu par deux fois au marché et j'ai constaté que les prix n'avaient pas changé. Les changements sont intervenus au niveau des produits importés. Les bananes par exemple ont été augmentées, mais ce sont les spéculateurs qui sont à l'origine de cette situation.» Puis, il jette la balle aux citoyens, «habitués à la rente» et les invite à «consommer des produits de saison» afin d'éviter trop de dépenses inutiles. «Mais rassurez-vous, nous sommes là pour aider les plus démunis et les soutenir», poursuit-il avant d'implorer : «Je le dis devant Dieu, je suis croyant, sincère, tout se déroulera normalement, ce gouvernement est au service des démunis. L'année 2017 se déroulera normalement, il n'y aura pas de problèmes. Il n'y a pas d'austérité, et il n'y en aura pas, je préfère parler de rigueur.» Une rigueur qui impose une diminution des salaires «au sein de certaines entreprises».Le moment est venu pour Sellal de signaler que l'emprunt obligataire est un procédé qui a permis de «clôturer l'année» et annoncer une réunion de la tripartite en mars 2017 afin d'évaluer la situation économique du pays». «Tout est sous contrôle (”?) sur le plan financier, notre vision est claire jusqu'en 2019 (”?) elle est pragmatique.» L'instant se prête à une autre mise au point en direction de «ceux qui critiquent et sèment le doute», des propos qu'il qualifie «d'inacceptables» avant de rassurer à nouveau les Algériens tout en leur demandant de faire preuve de patience.Avant de présenter ses vœux pour l'année prochaine, il conclut : «Ne soyons pas optimistes plus qu'il n'en faut, je demande aux Algériens d'être patients, nous allons nous en sortir et leur gouvernement est là à leur service.» L'allocution prend fin. Sellal vient de s'adonner à un exercice périlleux à la veille d'une année que tous prédisent comme étant l'une des plus difficiles qu'ait connues l'Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A C
Source : www.lesoirdalgerie.com