Abdelkader Zoukh est arrivé libre au tribunal de Tipasa, mais il en est ressorti à bord d'un fourgon cellulaire qui l'a conduit à la prison de Koléa... L'ancien wali d'Alger a été placé sous mandat de dépôt par le tribunal de Tipasa.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Le mandat de dépôt a été prononcé à l'audience, à l'issue du dernier procès dans lequel il a comparu pour répondre des chefs d'inculpation retenus à son encontre dans le dossier Haddad. Cette audience était très attendue. Une semaine plus tôt, elle avait été reportée au 8 décembre de façon à opérer une coupure après une journée marathon durant laquelle l'ancien wali d'Alger a été jugé successivement dans les affaires Abdelghani Hamel et Mahieddine Tahkout. Le procureur avait alors requis une peine très lourde, quinze ans de prison et la confiscation de tous les biens du concerné pour octroi d'indus avantages et mauvaise utilisation de fonction. Le juge, lui, a décidé de faire coïncider la prononciation du verdict avec la suite (et fin) du jugement de Zoukh pour les mêmes charges mais dans le dossier Haddad cette fois-ci.
Hier matin, Abdelkader Zoukh était donc arrivé libre, ce dernier avait été placé sous contrôle judiciaire durant l'été passé par un magistrat instructeur de la Cour suprême, une situation qui l'obligeait à se déplacer chaque mois signer un procès-verbal devant le juge en charge de son dossier.
«Toutes les décisions étaient prises en groupe»
Il est 10h 30. L'audience est déjà en cours depuis un long moment. Le président du tribunal interroge Zoukh, en lui rappelant qu'il est poursuivi pour octroi d'indus avantages et mauvaise utilisation de fonction. Le mis en cause nie avoir octroyé des avantages à Ali Haddad. «Toutes les décisions ont été prises en application des lois et dans le cadre de la commission chargée de l'investissement.
À ce niveau, toutes les décisions étaient prises en groupe. Pour les terrains, l'accord venait du directeur des Domaines, des instances étaient ensuite chargées de veiller à la légalité du document, elles pouvaient également remettre en cause cet accord en cas de problème .» Le président du tribunal lui précise que Haddad a obtenu des terrains sans verser d'avenants. «C'est regrettable, dit-il, mais le problème ne se pose pas à mon niveau.» Le juge lui demande également si Haddad et lui entretenaient des relations personnelles, et s'il l'appelait au téléphone. «Non», répond Zoukh. Le juge poursuit : «Les experts ont étudié neuf dossiers, ils ont constaté de nombreuses irrégularités. Qu'avez-vous à dire à ce propos.» «Haddad a obtenu plusieurs terrains avant mon arrivée à la tête de la wilaya», répond l'ancien wali d'Alger. Nouvelle question du juge : «Haddad a reçu un accord pour réaliser une zone industrielle à Bab Ezzouar bien que le terrain ait été retenu pour la construction d'un parc public.
Selon l'expertise, le ministère de l'Intérieur avait émis des réserves pour le projet du parc, et vous êtes vous-même intervenu pour que le terrain revienne à Haddad.»
Zoukh : «La commission chargée des investissements a donné l'accord à Haddad. À la Wilaya, nous étions uniquement chargés du suivi.» Le juge passe à de nouvelles questions : «Un terrain a été octroyé à Haddad à Oued Semmar.
Au départ, il s'agissait d'un projet de loisirs, ensuite, il s'est transformé en entrepôt pour goudron et huile. Un investisseur peut-il changer de projet comme il le veut ' Saviez-vous que des terrains octroyés à Haddad ont été évalués à trois millions de centimes au lieu de cinq millions de centimes ' Les pertes causées au Trésor public par les avantages accordés à Haddad ont atteint 113 milliards de centimes.» Zoukh : «J'ai combattu la corruption, j'ai adressé à la justice plusieurs dossiers de trafic, je ne suis jamais intervenu en faveur de Haddad.» Le juge poursuit : «À Aïn Benian, un terrain de 12 544 mètres carrés a été octroyé en 2012 à Haddad pour la construction d'une zone touristique. Il lui a été également accordé un terrain de 24 000 mètres carrés à Kherrouba pour un autre complexe touristique. Qu'avez-vous à dire à ce sujet '» L'ancien wali fournit des réponses qui se ressemblent : «Les décisions étaient prises en groupe.»
Haddad : «je n'avais pas de relations personnelles avec Zoukh»
L'audition de l'ancien wali d'Alger a pris fin. Celle de l'ancien patron du FCE débute. Le prévenu intervient en qualité de témoin à partir de la prison de Tazoult où il a été transféré en août dernier. Haddad nie d'emblée avoir sollicité l'ancien wali d'Alger pour des avantages. «Je n'ai jamais demandé à Zoukh d'intervenir en ma faveur, dit-il. Les terrains accordés étaient destinés à des projets d'investissement.»
«Je n'avais pas de relations personnelles avec Abdelkader Zoukh, poursuit-il. Je me rendais à son bureau uniquement lorsqu'il y avait des séances de travail entre le FCE et la Wilaya. Je l'ai également vu une ou deux fois lors d'une rencontre entre les patrons d'entreprises et la Wilaya.» Le juge l'interroge au sujet du terrain de plus de 39 000 mètres carrés à Oued Semmar.
Haddad explique qu'il était destiné à établir une base-vie. Une série de questions précises suit : «Les terrains de ce genre sont pourtant octroyés dans le cadre de projets d'investissement, mais vous l'avez transformé en projet de loisirs.
Aviez-vous l'autorisation de modifier ce projet ' Vous aviez demandé un terrain de 7 000 mètres carrés, pourquoi vous a-t-on accordé un surplus aussi important (39 303 mètres carrés) '»
Les réponses de Ali Haddad : «Je suis prêt à répondre à toutes les questions que vous poserez. Nous nous apprêtions à entamer des travaux de routes parallèles à Alger, il fallait établir une base-vie, mais nous ne savions pas que le terrain qui nous a été accordé n'était pas destiné à cet effet. En dernier lieu, nous avons opté pour un projet de loisirs, une autorisation nous a été octroyée à cet effet. Les travaux ont été entamés, mais ils sont à l'arrêt depuis mon emprisonnement.» Le juge lui adresse une dernière question : «Avez-vous demandé une intervention pour ce projet '» Haddad nie. Son audition prend fin.
Le procureur prend la parole et requiert une peine de dix ans de prison. Il insiste sur les expertises effectuées durant l'enquête car, dit-il, «elles ont mis en évidence toutes les irrégularités et prouvé que la loi n'avait pas été respectée». Le juge s'apprête à son tour à prononcer son verdict dans les affaires Hamel et Tahkout. Zoukh est condamné à quatre ans et cinq de prison, une peine assortie de dix millions de DA dans chacune des affaires.
Le mandat de dépôt prononcé prend effet sur le champ. Abdelkader Zoukh est menotté et conduit dans les couloirs du tribunal dans l'attente de la fin des démarches pour son incarcération...
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com