Alger - A la une

ABDELAZIZ BELAID :



Le président du parti Front El Moustaqbel, Abdelaziz Bélaïd, ne mâche pas ses mots. Hier, en tout cas, il a profité de la cérémonie d'ouverture de la session ordinaire du conseil national du parti, qui se tient au Centre des artistes de Zeralda, du 12 au 14 janvier, pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir. «Nous avons affaire à un pouvoir autoritaire qui n'est même pas uni. Et c'est ce qui constitue un danger pour le pays.»Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Dans un discours au vitriol, Abdelaziz Bélaïd, dont le parti a réalisé un score surprise aux dernières élections locales, l'ayant propulsé au rang de troisième force politique du pays, s'en prend avec une égale véhémence à l'administration, au FLN et au pouvoir. «La scène politique nationale est en ébullition avec des foyers de tension qui se multiplient depuis trois ans. Nous avons prévu tout cela au front El Moustaqbel.» Faisant allusion aux conséquences, sur le front social et économique notamment, de la chute des prix du pétrole, Bélaïd n'en reste pas moins convaincu que, pour autant, «la crise en Algérie est d'essence politique et non pas économique ». Il s'expliquera davantage : «En Algérie, nous avons affaire à un pouvoir autoritaire qui fonctionne à la mode de l'allégeance (”?) Un mode de fonctionnement qui a écarté toutes les compétences et à tous les niveaux. C'est une gouvernance caractérisée par la mauvaise gestion, la pensée unique et la bureaucratie. » Commentant les dernières élections du 23 novembre 2017, le président du front El Moustaqbel enchaînera : «Aux dernières élections, l'administration est intervenue lourdement dans la vie politique. (”?) Certaines APC que nous avons remportées largement, nous ont été enlevées de force. Il s'agit là d'une forme de mépris pour le peuple. Et puis, ce genre de pratiques servent-elles le parti en question (le FLN, Ndlr) '» Pour Bélaïd, il a été question «d'un véritable terrorisme contre nos élus de la part de l'administration. » Avant de charger encore une fois le pouvoir : «Ce pouvoir doit enfin se rendre compte que les peuples de 2018 ne sont plus les mêmes que ceux des années soixante-dix. Ce qui est arrivé en Tunisie, en Égypte, en Syrie peut se reproduire chez nous.» Au plan économique non plus, rien ne va, selon Abdelaziz Bélaïd. «Les cadres de valeur sont marginalisés ou vivent dans une psychose permanente. De nos jours, nous n'avons pas un secteur public performant tandis que le secteur privé est parasitaire.» Tout cela, expliquera- t-il, est dû à un manque de vision et de stratégie de la part du pouvoir. Pire encore, «nous avons l'impression d'avoir affaire à un pouvoir avec plusieurs têtes. Et c'est ce qui constitue un danger pour le pays». En guise de solutions, il préconise toutefois l'ouverture d'un dialogue. «De nos jours, le peuple n'a pas d'interlocuteur. A chaque crise, le seul interlocuteur que le peuple trouve en face de lui, c'est la gendarmerie.» Médecin de formation, Abdelaziz Bélaïd ne manquera pas d'ailleurs de citer comme exemple le dernier mouvement des résidents : «Il n'y a aucun avenir pour un pays qui violente ses savants, ses médecins», dénoncera-t-il. Avant de regretter que le mode de fonctionnement de l'exécutif étant tel, que «même un ministre ne peut pas prendre de décision. C'est le propre des gouvernements technocratiques. Non, un ministre, c'est d'abord une fonction politique. Un ministre ne doit pas nécessairement être un expert mais d'abord un responsable politique qui prend des décisions». Un constat pertinent et bien réel, du reste.
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