Dans les cafés, dans la rue ou chez le coiffeur..., c'est le même sujet: Chakib Khelil et les «prédateurs de la République».
Phénomène rare dans la rue algérienne. Même le fameux classico FC Barcelone- Real Madrid a été éclipsé. Le sujet est à la fois grave et passionnant: la corruption.
L'affaire Sonatrach, Khalifa et les autres scandales financiers font que les Algériens ont mis tous les dirigeants de ces entreprises dans le même panier, celui des voleurs. «Ils sont tous pareils, tous des voleurs, tous de la mafia en cols blancs», affirme Faycal, chirurgien-dentiste à Chéraga. «Les dernières révélations faites par les Italiens sur l'affaire Sonatrach, n'ont fait que confirmer mes certitudes», ajoute-t-il. «Comment se fait-il que des ministres à des postes régaliens soient plongés dans pareilles affaires et que personne ne le sache'», se demande-t-il. «On a jugé des gens. On nous a fait croire que ce sont les seuls responsables et là on voit que des anciens ministres sont impliqués. Qui les a protégés pour qu'ils échappent à la justice'», peste Faycal avant de répliquer avec colère. «Ils prennent les Algériens pour des c***!».
Où est notre argent'
Attablé dans un café à Alger-Centre, un homme en colère est entouré par plusieurs personnes qui l'écoutent attentivement. Il crie: «Klawe labled, klawalna drahamna! (ils ont volé le pays, ils ont volé notre argent Ndlr)»). On est persuadé que c'est de l'affaire Sonatrach dont il parle. Alors on se mêle à la discussion. «Vous avez vu les révélations des Italiens'». Nous lançons l'hameçon pour participer à la discussion. Rire du vieux en colère qui s'appelle comment au fait' Aâmi Moussa. «Mon fils, tu es encore naïf. Ce n'est que la face visible de l'iceberg», assure-t-il. «Elle est même dans le café que tu es en train de boire», plaisante-t-il avant de rentrer dans le vif du sujet. «J'étais en train d'expliquer à mes amis que cette affaire n'était rien comparée à ce qui est encore caché. Avec les milliards que le pétrole offre à ce pays, il y a autant de chômeurs, autant de pauvres, sans abri... le pays ne s'est pas développé mon fils», fait-il comme constat dénonciateur. «Où est passé cet argent' Il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr pour faire ce constat et poser cette question», conclut Aâmi Moussa qui préfère changer de sujet de peur d'avoir une attaque cardiaque.
Karim, membre fondateur d'un mouvement de jeunes, le Mjic, est du même avis que le vieux Moussa. Pour lui, cette affaire Sonatrach n'est que l'arbre qui cache la forêt de la corruption en Algérie. «Les Khelil, Bedjaoui ne sont qu'une petite goutte dans l'océan. Avec plus de 500 milliards de dollars dépensés pour des résultats souvent dérisoires, on se demande où est passé tout cet argent'», soutient-il avant de lancer:«Je suis certain que si on ouvre des enquêtes sur tous les projets, on découvrirait de la corruption à tous les niveaux! De la petite route construite dans un village enclavé à la plus grande installation pétrolière», certifie-t-il. «C'est une affaire qui donne à la fois de la tristesse et de la désolation pour le sort réservé à l'argent du peuple par ces prédateurs de la République», poursuit Karim avant d'exiger avec colère: «Il faut demander des comptes à tous les corrompus.»
Sonatrach serait-ce juste un attrape-nigaud' Sabrina en est persuadée, elle aussi. Pour cette jeune étudiante, la corruption ne concerne pas que Sonatrach, mais pratiquement tous les établissements et secteurs publics. «Sonatrach c'est juste pour dire qu'on fait notre boulot tout en profitant pour supprimer quelques têtes déjà visées», souligne-t-elle. «Ne me parlez pas de corruption mon frère. Pour moi, elle n'existe pas en Algérie car ce qui se passe est pire que de la corruption», affirme Salah, fonctionnaire, rencontré dans une artère de la commune de Kouba. «La corruption a gangrené tout le pays. Je n'ai pas besoin d'attendre l'affaire Sonatrach pour le constater.
On le voit dans notre vie quotidienne», atteste-t-il. «Comment expliquez- vous que des fonctionnaires deviennent milliardaires du jour au lendemain. Et personne ne leur demande des comptes'», s'interroge-t-il. «Le pays a été dépouillé, les entreprises nationales spoliées. Mais personne n'a demandé des comptes. Personne ne suit l'argent que sort l'Etat. Personne ne demande où va cet argent. Personne ne demande à quoi a servi cet argent, dans quoi il a été dépensé. Personne ne le fait car ils sont tous pareils...», s'indigne-t-il avant de se mettre à nous raconter des corruption qu'il a vues de ses propres yeux. «J'avais un voisin qui est devenu le P-DG d'une entreprise nationale où il travaillait. Il habitait dans un petit appartement. Du jour au lendemain, il se retrouve milliardaire. Deux grandes villas. Des appartements et des grosses cylindrées pour chacun de ses quatre enfants. Pendant des années il a asséché les comptes de son entreprise sans que personne ne lui ai demandé des comptes. Après que le scandale ait éclaté dans son entreprise, il a été renvoyé mais non sans recevoir une promotion puisqu'il s'est retrouvé P-DG d'une entreprise plus grande dans le Sud où il a continué sa sale besogne. Il continue de travailler le plus normalement du monde et a affiché au grand jour sa fortune qui est mathématiquement impossible à avoir avec un salaire de fonctionnaire.»
Des fonctionnaires milliardaires!
Salah n'est pas le seul à nous raconter des témoignages sur des fonctionnaires véreux qui se sont enrichis du jour au lendemain. Soraya raconte:
«Mon cousin est directeur d'un hôpital à l'intérieur du pays. Je ne sais par quel miracle de Dieu, il est devenu très riche! Il s'est construit une grande villa. Il a acheté des logements pour ses frères et ses enfants. Bref, il a assuré l'avenir de sa famille avec un petit salaire de directeur d'hôpital.» Pour ces raisons, elle estime que la corruption est rentrée dans la culture algérienne. «La corruption a gangrené le pays, du petit orteil jusqu'à la moelle. Où vous partez on vous demande une tchipa (pot-de-vin), que ce soit l'agent de sécurité ou le haut responsable. Ils osent demander des pots-de-vin, alors voler de l'argent en cachette ce n'est rien pour eux», rapporte cette dame en colère.
Pour revenir à l'affaire Sonatrach, Nesrine, femme au foyer, pense qu'il ne s'agit que de batailles politiques. «Ils nous sortent des affaires quand ça les arrange, quand ils y a des enjeux politiques», fait-elle comme analyse, elle qui dit débattre tous les soirs de ce sujet avec son mari qui est obsédé par cette affaire. «Il me dit que pendant qu'il se tue au travail, nos hauts cadres prennent des milliards sans être inquiétés!», raconte-t-elle.
Salim, fonctionnaire de son état, rencontré au marché de Ben Omar à Kouba, refuse, lui, d'évoquer cette affaire. «Elle me rend malade, pendant que nous les petits fonctionnaires ont du mal à boucler nos fins de mois, à soigner nos enfants malades. Nos responsables qui sont censés veiller sur nous et sur la nation se sont enrichis sur notre dos. Dégueulasse!», fulmine-t-il. «J'ai lu dans les journaux tous les biens dont disposaient à l'étranger les accusés dans cette affaire. Ça m'a choqué. Des yachts, des appartements haut standing...Alors que le peuple crève de faim. Que Dieu les maudisse!», condamne-t-il encore en précisant que ce ne sont que les petits poissons avant de s'excuser pour aller terminer son marché.
En parlant du patrimoine de nos responsables, Fouzi, lui, veut qu'il soit rendu public. «On veut savoir de quels biens disposent nos responsables. Les biens qu'ils avaient avant de prendre leurs postes et après. On veut de la transparence. S'ils sont honnêtes et ils n'ont rien à se cacher, ils se feront un plaisir de le faire. Dans le cas contraire, c'est qu'ils ont des cadavres dans le placard», réclame t-il.
Nora, Algérienne, qui a émigré en France depuis plus de vingt ans, donne sa vision de la corruption en Algérie vue de l'étranger. Comme les Algériens qui vivent au pays, elle estime que c'est une gangrène qui a touché toute l'Algérie. «Je trouve que la corruption en Algérie est un frein au développement de ce beau pays qui a tant de richesses... C'est anormal qu'il y ait tant de pauvreté en Algérie, un des rares pays à ne pas avoir de dettes! Que les richesses soient mieux réparties et lAlgérie rayonnera.... Ses citoyens n'auraient plus envie de partir et les autres voudront tous revenir!».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid AIT SAID
Source : www.lexpressiondz.com