Malgré toutes les difficultés rencontrées depuis 1991, le mouvement associatif algérien en France a connu toute une évolution.L?ex-Amicale des Algériens en Europe (AAE), à la faveur des changements institutionnels intervenus en 1989, se redéployait pour initier un large mouvement fédérateur d?associations autonomes de la communauté, dans le respect de sa diversité. Cette démarche avait été conçue en concertation avec les représentants de l?État pour répondre aux exigences induites par le passage du système du Parti-État à un système régi par les règles du pluralisme et de l?économie de marché.C?est sur cette base que l?Amicale des Algériens en Europe s?est restructurée en un vaste tissu associatif implanté dans la plupart des régions de France où est installée notre communauté, et fédéré aujourd?hui au sein de l?Union des Algériens en France et en Europe (UAFE). Cette approche nécessitait normalement un soutien de l?État pour la mise en oeuvre de toute cette démarche, mais, paradoxalement, elle rencontre au contraire de multiples obstacles, jusqu?à l?hostilité sournoise de certains de ses représentants.Alors que les responsables de l?État affirment constamment leur soutien à une démarche de rassemblement du mouvement associatif de notre communauté, dans les faits, certains de ses représentants privilégient la voie de son émiettement, favorisant ainsi l?apparition sur le devant de la scène de toute une faune d?individus sans scrupules à la tête d?associations qui n?ont ni ancrage ni existence réelle. Pour sa part, l?Amicale des Algériens en Europe a commencé, dès 1991, à rétrocéder à l?État les biens immobiliers qu?elle détenait directement ou indirectement. C?est ainsi qu?est cédé le Centre culturel algérien de Paris et le Centre algérien de documentation et d?information (Cadi), qui abritait notamment la rédaction de l?hebdomadaire Actualité de l?émigration, qui ne paraît plus faute de moyens, privant ainsi notre communauté d?un organe d?information et de défense de ses intérêts.Les activités sportives, les colonies de vacances et les circuits Connaissance de l?Algérie au profit de la jeunesse issue de l?émigration, développés auparavant par l?Amicale des Algériens en Europe et transférés aux organismes compétents de l?État, ont disparu. Quant à l?enseignement intégré de la langue arabe, il a connu une déperdition importante d?effectifs, résultant de sa déconnexion des relais associatifs qui constituaient jusque-là son principal support.Aujourd?hui, il n?existe plus de résidence universitaire pour les étudiants algériens à cause de la gestion catastrophique des services concernés de l?État. La seule maison d?étudiants, la résidence Jean Dolant à Paris, dont l?administration a été transférée à ces services en octobre 1990 par l?AAE, s?est endettée au point qu?elle a été mise au contentieux par le propriétaire en 1993. L?État algérien a dû débourser de fortes sommes pour régler les arriérés de loyers de l?immeuble et les étudiants ont été amenés à quitter les lieux. Depuis le 31 décembre 1990, l?UAFE n?a bénéficié d?aucune subvention de l?État ni aide sous quelque forme que ce soit. Avec ses maigres moyens, constitués exclusivement des cotisations de ses membres, cette association a pu préserver le patrimoine immobilier dont elle a assumé la charge pour le mettre sous la protection et la responsabilité des services de l?État.Le procès-verbal de rétrocession, signé le 4 avril 1994, conjointement par le président de l?Amicale des Algériens en Europe et les représentants de l?État, dont le directeur général du Domaine national, stipulait expressément la prise en charge et la sauvegarde de ce patrimoine immobilier, afin de le mettre à la disposition du mouvement associatif de la communauté algérienne établie en France pour l?organisation de ses activités.La situation présente révèle les carences manifestes de l?administration dans la gestion de ce patrimoine et l?incapacité des pouvoirs publics algériens à mettre en oeuvre une politique à l?égard de notre communauté. En revanche, malgré les attaques et la diabolisation dont a été victime l?Amicale des Algériens en Europe, on peut réaffirmer aujourd?hui, que cette organisation a respecté tous les engagements pris avec les représentants de l?État dans le cadre des changements institutionnels.Il est temps de faire le bilan de ces dix-sept années de tâtonnements et d?improvisation qui a caractérisé l?intervention de l?État, que ce soit sur la gestion du patrimoine immobilier rétrocédé par l?Amicale des Algériens en Europe, la prise en charge des activités sociales et culturelles ou sur la mise en oeuvre d?un véritable cadre d?organisation de la communauté. En un quart de siècle, la communauté algérienne a connu une profonde évolution de sa morphologie démographique et sociale. Elle est aujourd?hui riche de sa diversité, tant du point de vue du statut juridique de ses membres que de leurs conditions de vie et de séjour dans le pays d?accueil, entre l?émergence de jeunes générations issues de l?émigration qui constituent aujourd?hui la majorité, et les nouvelles arrivées sous l?effet persistant de la crise qui sévit en Algérie, malgré l?embellie des prix du pétrole constituant une manne financière colossale devant normalement indexé normalement notre beau pays dans les «pays émergents».Pour répondre aux défis induits par cette situation inédite, il faut en finir avec les expériences sans lendemain et les solutions mort-nées, tel l?échec patent des assises de l?émigration organisées à Alger en 1995 sous le gouvernement de MOKDAD SIFI, où non seulement des moyens matériels très importants ont été mobilisés pour rien, mais, plus grave encore, elles ont fait perdre un temps précieux à notre communauté au moment où elle subit, en pays d?accueil, les exclusions les plus injustes, la privant ainsi des instruments nécessaires à la défense de ses droits et de ses intérêts.Les assises de l?émigration de 1995 ont été tenues en dépit du bon sens, dans l?improvisation et la confusion, et les dernières tentatives prises au cours de l?année 2001 pour engager un semblant d?organisation, sans concertation préalable avec le mouvement associatif et sans faire de bilan pour tirer les leçons des errements du passé, démontrent clairement l?aberration persistante à vouloir priver notre communauté d?un cadre de représentation démocratique et crédible. Partant de ces expériences, pour doter enfin notre communauté d?un organisme représentatif, lieu de débat, d?évaluation et de suivi d?une politique nationale en faveur de notre émigration, nous sommes convaincus que les propositions de Monsieur Mohamed-Arezki Aït Ouazzou, président de l?UAFE, a savoir l?institu¬tionnalisation d?un Conseil national de la communauté établie à l?étranger, maintes fois portées à la connaissance des pouvoirs publics, demeurent plus que jamais d?actualité.Placé sous l?égide d?un ministre délégué chargé de la communauté établie à l?étranger, ce conseil regrouperait les représentants de l?État, du mouvement associatif et de la Représentation parlementaire nationale. Il constituerait le cadre idoine d?écoute et de concertation sur lequel pourrait s?appuyer l?action de l?État en faveur de notre communauté.Les différentes interpellations, par Monsieur M.-A. Aït Ouazzou, des responsables successifs du Gouvernement pour les exhorter à mettre en place cet organisme n?ont malheureusement pas trouvé de réponse. On a assisté, au contraire, au développement et à la banalisation des pratiques qui ont concouru à l?essor des forces centrifuges qui agissent à l?atomisation de notre communauté, à l?émiettement de son mouvement associatif, et contribuent à la perte des repères identitaires des jeunes générations. Ce vide politique et organisationnel nous impose plus que jamais l?ouverture d?un débat de fond sur les voies et moyens de sortir de cette impasse. Notre communauté est effectivement confrontée à une situation difficile, particulièrement la jeunesse issue de l?émigration. Vivant dans son écrasante majorité dans des cités désertées par les infrastructures sociales, culturelles et de loisirs, elle est la première victime du racisme et de la discrimination, du chômage et de la mal-vie. Beaucoup de jeunes sont livrés à eux-mêmes et exposés à cette forme moderne du bannissement qu?est le système de la double-peine. La frénésie sécuritaire qui s?est emparée de la classe politique en France à l?approche des élections présidentielles, conjuguée à une campagne médiatique sans précédent, distillant les amalgames les plus sournois entre l?immigration, l?islam, la violence et le terrorisme, a amplifié au sein de la société le sentiment d?insécurité et alimenté les discours d?exclusion et de rejet au point de faire basculer une partie de l?opinion française dans le giron de l?extrême droite raciste et xénophobe.L?islam, deuxième religion de France par le nombre de ses pratiquants, reste confiné dans des lieux de culte inadaptés (sous-sols des cités où hangars et garages dans les villes) à cause de l?incompréhension et de l?hostilité d?un grand nombre de municipalités. Celles-ci s?opposent par des manoeuvres dilatoires à l?édification de véritables mosquées dans leur localité où réside pourtant une importante communauté musulmane, livrant ainsi une partie de la jeunesse désoeuvrée et désorientée aux manipulations et aux dérives de toute nature qui nourrissent la peur et les fantasmes d?une opinion publique mal informée et prête à tous les amalgames. Et ce n?est pas le fils du député SFIO qui, au rythme de l?esprit des bureaux arabes, articule un CFCM rampant et compatissant. L?islam, comme toutes les autres grandes religions, a besoin d?une instance représentative incontestée, et de lieux de culte adaptés et dignes. Or, sur ces questions importantes, l?islam est dans une situation inégale par rapport aux autres religions. Beaucoup de croyants et de pratiquants sont écartés du processus électoral parce qu?ils ne fréquentent pas les lieux de culte, souvent exigus et inadaptés.Ainsi, les franges les plus radicales prospèrent à l?ombre des réseaux souterrains et distillent le fanatisme pour de sombres desseins. Cette démarche risque de porter préjudice à l?écrasante majorité de la communauté musulmane qui aspire à un islam tolérant, à la spiritualité universelle, franchement tourné vers la modernité et ouvert sur l?humanité pour un monde plus solidaire et fraternel.Il faut une représentation démocratique de l?ensemble de la communauté musulmane, qui tienne compte de sa diversité et du poids de chacune de ses composantes. Pour que cette représentation soit crédible et incontestée, les pouvoirs publics en France doivent assurer l?expression de la majorité, de manière libre et sereine, dans le cadre d?un débat transparent, pour permettre aux musulmans de se doter d?un organisme représentatif apte à diffuser le message authentique de l?islam et respectueux des lois républicaines. Il faut donc bannir le mode électif précédent, indexé sur la surface des lieux de culte.Cette démarche ouvrirait une voie harmonieuse à l?intégration au sein de la société d?une minorité naturellement regroupée autour des éléments de son identité. L?organisation des prières du TARAWIH pendant le mois du Ramadan et la célébration de l?Aïd El-Adha constitue, pour la communauté musulmane, le meilleur exemple de la communion fraternelle que véhicule le message de l?islam.Les Algériennes et les Algériens représentent la plus importante des communautés issues de l?émigration en France, mais la lente érosion de ses structures traditionnelles de représentation, sans qu?un nouveau cadre ne vienne les remplacer depuis plus deux décennies, la prive des instruments qui lui permettraient de peser sur les choix et décisions qui intéressent son devenir.Notre communauté est cantonnée en grande partie dans les cités ghetto, subissant de multiples exclusions et le mépris des pouvoirs publics.Les responsables algériens successifs chargés de notre communauté se sont contentés d?une simple gestion administrative, sans tenir compte, dans la pratique, des conséquences induites par les changements institutionnels instaurant le pluralisme et la liberté d?association, qui exigeaient une redéfinition et une refonte des structures diplomatiques et consulaires pour les adapter à la nouvelle situation. Le faible taux de participation lors des dernières élections législatives en 2007 montre clairement la désaffection de plus en plus grande de nos ressortissants. Cet immobilisme risque à terme d?exaspérer notre communauté au point de faire le jeu de ceux qui la poussent à défier les institutions et couper ses liens avec le pays. Si l?on veut en finir avec cette situation préjudiciable à notre communauté et aux intérêts de notre pays, il est temps d?engager un débat ouvert avec les représentants du mouvement associatif. Il faut fédérer démocratiquement les forces vives de la communauté nationale établie à l?étranger, particulièrement en France où y réside l?écrasante majorité de ses membres. Il faut oeuvrer avec le mouvement associatif dans toute sa diversité pour doter notre communauté d?un cadre d?organisation démocratique et crédible, apte à rassembler toutes ses énergies pour faire entendre sa voix et défendre ses intérêts et ses droits auprès des pouvoirs publics, tant du pays d?accueil que du pays d?origine.Â
* Membre du Conseil du FLN en France, et ancien Vice-président du mouvement de jeunes Repères.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelhakim Boufrioua *
Source : www.lequotidien-oran.com