
Ce n'est pas la douche écossaise, mais les illusions sont perdues : au siège de la chaîne KBC, sur les hauteurs d'Alger, ce mercredi après-midi, peu après le verdict du tribunal de Bir-Mourad-Raïs annulant la transaction entre la société Ness-Prod du groupe Cevital et des actionnaires du groupe El Khabar, les journalistes et autres employés qui ont suivi toutes les péripéties de l'affaire dite "El Khabar", continuent à travailler normalement mais sans nourrir pour autant quelques illusions sur une éventuelle issue de nature à les rassurer, eux, leur avenir et celle de la chaîne.À l'unisson, ils considèrent l'affaire politique et sont convaincus qu'il était prévisible, dès l'éclatement de l'affaire, que le pouvoir n'était pas disposé à lâcher la proie pour l'ombre. Et maintenant que la transaction est annulée, l'on s'interroge même sur la nature de la prochaine séquence. "Est-ce qu'une affaire commerciale entre deux sociétés algériennes nécessite l'intervention du ministre, via la justice, pour annuler la transaction ' À mon avis, l'intervention du ministre et derrière le pouvoir politique laisse croire que l'affaire est éminemment politique", décrète Riad Houili, rédacteur en chef News, comme pour suggérer que le verdict ne l'étonne pas outre mesure. Selon lui, les conséquences de cette annulation sont nombreuses, à commencer par décourager les investisseurs et porter atteinte au droit à la propriété.Mais il s'interroge surtout sur la suite de l'affaire d'autant que le groupe est financièrement déprimé. "Il y a comme une épée de Damoclès suspendue sur nous. Est-ce qu'ils vont accorder l'agrément à la chaîne '", s'interroge-t-il avant d'assurer, presque fataliste : "On s'attend à d'autres pressions, d'autres problèmes car la ligne éditoriale les dérange." "Quand ils (les gens du pouvoir, Ndlr) demandent aux annonceurs de ne pas nous donner de la pub, cela veut dire qu'ils cherchent à nous étouffer", ajoute-t-il.D'où la religion qu'il se fait sur le sujet : "Personnellement, je ne suis pas optimiste. Pas seulement pour la scène médiatique, mais aussi pour la scène politique. Ce pouvoir ne cherche que les laudateurs." Un pessimisme que ne cache pas, également, Kamel Boutarène, chef d'édition. "L'affaire reste floue. Dans un pays où la loi est bafouée, comment peut-on être optimiste ' L'affaire KBC n'est que l'image caricaturale de la situation du pays", tranche-t-il. Même la gent féminine, d'ordinaire optimiste, semble gagnée par la désillusion. "Après tout ce qui s'est passé et les entraves juridiques, tout est désormais possible. Le flou qui entoure l'exécution de la décision et entretenu délibérément par le pouvoir politique pour gérer l'affaire à sa guise. Donc, il faut s'attendre à toutes les éventualités", soutient, pour sa part, Karima Bouabbache, chef d'édition JT.Selon elle, le retour à l'état initial, compte tenu de la difficulté des actionnaires, laisse penser que deux options s'offrent désormais à la chaîne : sa fermeture ou son rachat par quelqu'un proche du pouvoir.En attendant, elle prend son mal en patience même si elle porte un regard sévère sur la résignation qui a gagné le pays. "Je ne suis pas optimiste, nous sommes parvenus à la fermeture totale sur tous les plans. Le pouvoir a atteint une étape où personne ne peut l'arrêter, pas même l'opposition, ni la corporation. KBC n'est pas seulement une affaire de journalistes, c'est une affaire de citoyens". Un cri de dépit...K. K.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim Kebir
Source : www.liberte-algerie.com