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A fonds perdus



A fonds perdus
ammarbelhimer@hotmail.frLe traitement de la question libyenne par l'administration Obama s'apparente à une véritable débâcle, si l'on croit Foreign Affairs(*).Le magazine remonte au 17 mars 2011, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a, sur injonction américaine, adopté la résolution 1973 autorisant une intervention militaire en Libye.Le prétexte avancé était de «sauver la vie de manifestants pacifiques en faveur de la démocratie qui étaient exposés à la répression du dictateur Mouammar Kadhafi.»«Nous savions que si nous avons attendu un jour de plus, Benghazi, une ville de la taille approximative de Charlotte, aurait subi un massacre qui aurait retenti dans toute la région», avait alors soutenu Obama.Deux jours après la résolution du Conseil de sécurité, les États-Unis et d'autres pays de l'OTAN décrètent la Libye comme zone d'exclusion aérienne et s'accordent une libre interprétation du texte en entreprenant de bombarder les forces gouvernementales. Sept mois plus tard, en octobre 2011, les forces rebelles quadrillent le pays, au terme de ce que, Ivo Daalder, le représentant permanent des États-Unis à l'OTAN, avait «salué comme un modèle d'intervention».Alan J. Kuperman, l'auteur de l'article, n'est pas de cet avis. Avec le recul, il estime que «l'intervention d'Obama en Libye était un échec lamentable» car ce pays «n'a pas seulement échoué à se transformer en une démocratie; il a dégénéré en un État failli». Par ailleurs, «la Libye est aujourd'hui un refuge pour les milices affiliées à la fois à Al-Qaïda et à l'Etat islamique d'Irak (ISIS)».Revenant sur le bilan des exactions de part et d'autre, l'analyste écrit : «Human Rights Watch a documenté seulement 233 décès dans les premiers jours de combats, pas 10 000, comme cela avait été rapporté par la chaîne saoudienne Al Arabiya. Lorsque l'OTAN intervient, on compte environ 1 000 morts, soldats et rebelles compris. L'information d'Al Jazeera début 2011 alléguant que la force aérienne de Kadhafi avait mitraillé et bombardé des civils à Benghazi et à Tripoli, était fausse. En s'efforçant de minimiser les pertes civiles, les forces de Kadhafi s'étaient abstenues de violence aveugle».Des dizaines de milices ont surgi de l'intervention de sept mois de l'OTAN. Depuis que les islamistes ont pris le contrôle du Parlement, la Libye a eu sept premiers ministres en moins de quatre ans. En octobre 2013, les sécessionnistes de l'est du pays qui recèle les principales réserves de pétrole ont créé leur propre gouvernement.En mai 2014, la Libye était au bord d'une nouvelle guerre civile «entre libéraux et islamistes» lorsqu'un général «renégat laïque nommé, Khalifa Hafter a pris le contrôle de l'armée de l'air pour attaquer les milices islamistes de Benghazi, avant de s'en prendre à ceux de Tripoli».Les élections de juin dernier n'ont rien apporté. La plupart des Libyens les avaient boycottées (le taux de participation est passé de 1,7 million dans le précédent sondage à 630 000 à peine). Les partis laïques ont annoncé leur victoire et formé une nouvelle législature, la Chambre des représentants, mais les islamistes ont refusé ce résultat. Résultat : deux parlements concurrents se disputent la légitimité.Selon les estimations de l'ONU, 400 000 Libyens ont fui leurs foyers, un quart d'entre eux ont carrément quitté le pays.La situation des droits humains a empiré depuis les opérations de l'OTAN. En plus de la torture, des sévices et des détentions arbitraires, des milliers de sympathisants présumés de Kadhafi sont massacrés. Les protégés de l'OTAN ont également expulsé 30 000 résidents noirs, pour la plupart de la ville de Tawergha, et brûlé ou pillé leurs maisons et leurs magasins, au motif que certains d'entre eux avaient été prétendument mercenaires.L'économie est dans un état de délabrement avancé. Avant la révolution, la Libye produisait 1,65 million de barils de pétrole par jour. En août 2013, la production était en moyenne à 30% de son niveau d'avant-guerre.Les aéroports et les ports maritimes dans deux grandes villes de la Libye, Tripoli et Benghazi ont été fermés du fait des combats en cours. Dans de nombreuses villes, les résidents sont soumis à des pannes de courant massives – jusqu'à 18 heures par jour à Tripoli.Pour rappel, le pays affichait l'Indice de développement humain le plus élevé de toute l'Afrique.On reconnaît aussi, quatre années plus tard, que «les civils libyens n'étaient pas réellement ciblés» et que si les événements avaient suivi un autre cours on aurait évité à la Libye le chaos dans lequel elle sombre depuis. Enfin, on estime avec le recul que la meilleure «chance de progrès» était de trouver un successeur convenable à Kadhafi, le mieux indiqué étant son fils Saif al-Islam car «relativement libéral» et «de formation occidentale».Réfutant les allégations du président de la République italienne, Georges Napolitano, qualifiant la Libye d'«Etat failli», le quotidien communiste Il Manifesto écrit ce 24 février 2015 sous la plume de Manlio Dinucci : «Sur la rive sud de la Méditerranée, il n'y avait donc pas un Etat, la République arabe de Libye, née en 1969 après plus de 30 années de domination coloniale italienne et presque 20 années d'une monarchie suppèt de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Un Etat qui, une fois abolie la monarchie, avait fermé en 1970 les bases militaires états-uniennes et britanniques, et nationalisé les propriétés de British Petroleum. Un Etat qui – d'après la Banque mondiale en 2010 – conservait «de hauts niveaux de croissance économique», assurant ainsi (malgré les disparités) le plus haut niveau de vie en Afrique et donnant du travail à environ deux millions d'immigrés africains ; qui enregistrait «de forts indicateurs de développement humain» parmi lesquels l'accès universel à l'instruction primaire et secondaire et, pour 46%, à celle de niveau universitaire. Un Etat qui avait rendu possible par ses investissements la naissance d'organismes qui auraient pu réaliser l'autonomie financière de l'Afrique : la Banque africaine d'investissement (en Libye), la Banque centrale africaine (au Nigeria), le Fonds monétaire africain (au Cameroun).»(**)A. B.(*) Alan J. Kuperman, Obama's Libya Debacle : How a Well-Meaning Intervention Ended in Failure, Foreign Affairs, mars-avril 2015.(**) Il Manifesto, édition du mardi 24 février 2015, traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio, http://ilmanifesto.info/mai-esistito-uno-stato-in-libia/


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