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A cause du rétrécissement de sa flotte maritime, l'Algérie paye un surcoût annuel de 650 millions $U



A cause du rétrécissement de sa flotte maritime, l'Algérie paye un surcoût annuel de 650 millions $U
Le rétrécissement de sa flotte, passée de 80 navires en 1981 à seulement 16 actuellement, coûte cher à l'Algérie. En plus des pertes sur le fret maritime, du surcoût exorbitant lié aux surestaries des conteneurs et aux frais de manutention, elle est soumise au bon-vouloir des armateurs étrangers qui assurent 98% de son transport maritime. Remédier à cette situation n'est pas impossible mais exige une politique déterminée pour la reconstitution de la flotte nationale et le contrôle de l'activité des transporteurs desservant le pays.
En 1981, l'Algérie disposait de 80 navires et se classait dans le top 50 des flottes mondiales. Aujourd'hui, sa flotte n'en compte plus que 16, dont 7 opérationnels, et n'assure que 1,4% du transport de ses marchandises.
Ce recul est grave de conséquences et le pays en paie encore le prix fort, comme l'ont montré les intervenants invités par le Forum des chefs d'entreprises (FCE) dans le cadre d'une journée d'étude consacrée au transport maritime qui a eu lieu aujourd'hui à Alger. La conclusion est sans appel : l'Algérie a payé, en 2011, un surcoût de 650 millions de dollars, soit l'équivalent de la valeur d'achat de plus de 25 navires de ligne adaptés au trafic de ligne algéro-européen. « Les pertes sur le fret maritime sont de 200 millions de dollars, les surcoûts liés aux surestaries de conteneurs s'élèvent à 340 millions de dollars et les surcoûts liés aux frais de manutention sont estimés à 110 millions de dollars », a détaillé Abdelhamid Bouarroudj, cadre à la retraite du secteur du transport maritime, lors de cette journée d'étude qui a eu pour thème : « Le transport maritime de marchandises : un potentiel de croissance à promouvoir ».
Le désinvestissement de l'Etat dans ce secteur a entraîné la détérioration des infrastructures et équipements portuaires ainsi que l'installation d'un environnement organisationnel inadapté et peu efficace pour répondre à l'état actuel du marché. Conséquence: l'Algérie se retrouve beaucoup moins compétitive par rapport à ses voisins maghrébins. « Le coût moyen d'un conteneur à l'importation est de 858 $US en Tunisie, de 950 $US au Maroc et de 1.318 $US en Algérie. A l'exportation, le même conteneur coûte en moyenne 733 $US en Tunisie, 577 $US au Maroc et 1.248 en Algérie, soit un surcoût moyen annuel par rapport aux pays voisins de 400 millions de dollars », a encore relevé Abdelhamid Bouarroudj en s'appuyant sur les chiffres d'un récent rapport de la Banque mondiale, « Doing Business » sur le coût (hors droits de douanes et fret maritime ) associé à l'exportation et à l'importation d'une cargaison standard de marchandises par voie maritime déterminée.
Outre ces pertes financières, la disparition progressive d'une flotte nationale de marchandises générales a eu des effets désastreux sur l'économie du pays. L'Algérie se retrouve complètement soumise au bon-vouloir des armateurs étrangers qui assurent plus de 98% du transport maritime national. Ainsi, en mars 2012, la décision des armateurs internationaux opérant en Algérie de supprimer de manière unilatérale le payement FOB (Free on Board) de leurs importations a obligé les exportateurs algériens à s'acquitter de leurs factures d'importations en mode « Coût et Fret » (le fret doit être payé par l'acheteur étranger et non par le vendeur algérien). Cette décision a réduit la marge de man'uvre, déjà mince, des entreprises algériennes et affecté leur compétitivité, comme l'a expliqué Abdelhamid Bouarroudj : « Sous ce mode, l'exportateur perd le bénéfice du soutien par l'Etat aux exportations hors hydrocarbures, qui consiste au remboursement d'une partie du fret maritime par le Fonds de soutien aux exportations (FSPE) et perd ainsi un avantage comparatif qui risque de le disqualifier, surtout que nous sommes à la veille de la campagne des exportations des dattes. »
Une nouvelle politique du transport maritime est urgente
Abdelhamid Bouarroudj a présenté quatre recommandations susceptibles, selon lui, de relancer la flotte nationale publique et privée. La première est la prise en charge du secteur maritime et portuaire par les pouvoirs publics à travers « des structures solides, dotées de moyens et d'une autorité à la mesure des enjeux de ce secteur s'impose ». La deuxième est « la libéralisation de l'activité d'affrètement qui permettra à l'Algérie de reprendre place sur ce marché, de reconstituer un fonds de commerce et de relancer des services de lignes plus performants ». La troisième recommandation porte sur la création d'une chambre maritime afin de « contrôler l'action des transporteurs qui desservent l'Algérie, en particulier les armements de ligne, et de mettre un terme aux actions unilatérales de ces derniers ». La quatrième, enfin, est la rénovation de l'environnement réglementaire, seule manière d'assurer la mise en 'uvre à terme d'une marine marchande performante, a conclu Abdelhamid Bouarroudj.
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