La notion d'évasion en littérature a été analysée sous différents angles par des auteurs algériens et étrangers réunis à la faveur de la 5e rencontre euro-algérienne des écrivains ouverte samedi à Alger.
Organisée sur deux jours, la 5e rencontre euro-algérienne des écrivains a rassemblé une vingtaine d'auteurs autour du thème "Littérature et Evasion".
Des écrivains de Roumanie, d'Algérie et la de République Tchèque ont lié le thème de la rencontre à la lutte contre la censure sous les régimes communistes de l'URSS, au succès en Europe des romans "exotiques" des pays du Sud ou encore à la "libération" des esprits par la lecture sous la colonisation française en Algérie.
Le poète Roumain né en 1942, Nicolae Prelipceneau, a évoqué la censure dont lui et ses pairs ont été victimes sous le régime de l'ex-dictateur Nicolae Ceausescu, un "régime qui ne tolérait pas l'évasion", rappelle-t-il, prenant en exemple la liste des mots proscrits à cette époque et à l'interdiction pour les écrivains de dévier de la ligne du Parti.
Pour lui, la "déformation de la réalité" par l'endoctrinement des populations et des élites sous les dictatures communistes, telle que relatée par le Britannique Georges Orwell dans son roman "1984", a aussi rendu ces régimes "coupables de crime d'évasion", donnant ainsi une autre acception au thème de la rencontre.
"De nos jours, poursuit-t-il, l'embrigadement des esprits continue, avec la confusion entretenue entre divertissement et évasion", notamment en littérature et en musique, ainsi que par l'établissement d'une nouvelle forme de "censure économique" qui frappe les créateurs les plus éloignés des canaux commerciaux.
L'écrivain algérien Habib Ayyoub, de son vrai nom Abdelaziz Benmahdjoub, a établi un lien entre "évasion" et "exotisme" dans une communication intitulée "La littérature de l'évasion ou de l'aliénation".
L'auteur voit dans le succès des romans d'aventures en Europe, la persistance de clichés coloniaux sur les pays du Sud, en prenant exemple sur un livre de l'auteur Chilien Luis Sepulveda intitulé "Le vieux qui lisait des romans d'amour", un livre qui contient, selon lui, la "quasi totalité des ingrédients exigés par les riches européens".
L'évasion par la lecture et son rôle dans l'éveil des consciences en Algérie durant la période coloniale ont été au centre de la communication de l'écrivaine algérienne Maïssa Bey.
L'auteure de "Surtout ne te retourne pas" a rappelé que l'administration coloniale a tout fait pour empêcher les Algériens d'accéder à l'alphabétisation et à la lecture, en évoquant les paroles du député français Dominique Forcioli prononcées vers 1905 à l'Assemblé Française où il enjoignait ses collègues à ne "surtout pas permettre aux indigènes de lire".
D'autres auteurs sont également intervenus lors de cette première journée, consacrée à "La réalité à travers la fiction : transcender le vécu pour conquérir sa liberté", à l'exemple du Hongrois Janos Lackfi, de la Tchèque Petra Hulova ou encore de l'Algérien Amin Zaoui.
La journée du mercredi verra, entre autres, l'intervention du célèbre écrivain et cinéaste grec Vassilis Alexakis, titulaire de plusieurs prix littéraires dont le grand prix du roman de l'Académie française, qui présentera une communication intitulée "Deux langues, deux pays".
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Algérie Presse Service
Source : www.aps.dz