Par Maâmar Farah
K comme Kabylie : en 2010, et on ne sait pour quelle raison, naît une formidable polémique qui, en utilisant certains faits authentiques et déplorables, voire condamnables, finit par prendre la tournure d'une croisade anti-Boumediène avec comme axe central l'une des plus formidables contre-vérités historiques : le président défunt serait anti-kabyle. J'ai beaucoup d'amis de cette région et qui sont de mon âge, qui vouent une considérable estime pour Boumediène.
Récemment, le fils d'Ahmed Khelifi de Béjaïa témoignait ici-même de l'amour que portait son père à l'homme du 19 juin 1965, amour qu'il a fini par comprendre même si lui-même n'en était pas convaincu au départ. Boumediène antikabyle, lui qui avait toujours eu à l'esprit de respecter un certain équilibre régional qu'il jugeait nécessaire au cours de cette étape cruciale pour la mobilisation de toutes les compétences nationales autour des tâches d'édification ' Et sur qui pouvait compter Boumediène dans les domaines de l'enseignement, notamment supérieur, de la médecine, de la technologie, de la construction, des hydrocarbures et de tous les grands secteurs industriels si ce n'est sur cette élite kabyle qui était aux commandes dans de nombreuses sociétés et ministères. Elite qui, aux côtés des cadres provenant des autres régions, a réalisé l'essentiel des acquis que refusent de voir les adversaires de Boumediène. Ce dernier avait même un Kabyle chrétien dans son gouvernement au moment où la religion était confiée à un homme de progrès, ouvert à l'universalité mais fier de notre islam de tolérance et de fraternité, j'ai cité M. Mouloud Kassim Naït Belkacem. Et pour une «dictature militaire» comme nous le rappellent certains, par qui était dirigée cette fameuse sécurité militaire ' N'était-ce pas M. Kasdi Merbah ' Un homme à l'intégrité reconnue par tous et qui promettait de dévoiler, dans le Soir d'Algérie, dont il était un ami et à qui il a été l'un des premiers responsables de parti à rendre visite, les noms des assassins d'Abane et de Krim Belkacem. Il n'aura pas l'occasion de revenir sur le sujet… Il est malhonnête de dire que Boumediène était anti-kabyle. Il avait une vision fausse ou justifiée, l'histoire le dira un jour qui voulait rassembler à un moment où l'équilibre politique était fragile. On peut dire qu'il n'avait pas saisi la véritable dimension des revendications identitaires qui ne pouvaient s'exprimer librement ; mais on peut dire aussi que c'est après sa mort que la région kabyle s'est soulevée et que les premiers signes de l'oppression massive sont apparus, avec comme point final la mort de 127 jeunes au cours du «Printemps noir». De quelques militants incarcérés et auxquels toute la Nation devrait rendre hommage on est passé, dans les années 1980, à un autre cycle de répression qui allait envoyer dans les geôles des dizaines de représentants de l'authentique culture amazighe. C'est dans ces années-là que se renforcera cette ligne dure, initiée par un FLN qui profitait de la mort de Boumediène pour asseoir les bases d'une domination sans limites de la vie politique algérienne. L'article 120 et les différentes orientations en matière de religion et d'arabisation ont montré que le nouveau pouvoir agissait pour un «baâthisme» à l'algérienne dont nous continuons à subir les conséquences. S'il est admis que certaines graines ont été plantées à la fin du règne de Boumediène, notamment sous l'influence de courants politiques conservateurs qui ont chassé tous les progressistes (le grand Mostefa Lacheraf en fera les frais), il est exagéré de charger le président défunt de tous les maux propagés par ses successeurs ! C'était un socialiste qui voulait transformer la société en la modernisant et il eut à lutter aussi contre l'islamisme naissant. Sa philosophie était d'encourager les élites à porter la Révolution. Il ne comptait pas beaucoup sur le FLN. En réunissant par exemple les étudiants volontaires à la veille de leur départ vers les champs, ne court-circuitait- il pas le parti qu'il trouvait trop mou et trop conservateur pour porter le message du socialisme ' Quant au mouvement pour la démocratie, la liberté et l'identité qui a eu toujours pour creuset la Kabylie, il continue de s'exprimer sous différentes formes allant jusqu'à l'exigence de l'autonomie. Si la majorité de la population semble actuellement rejeter toute idée de se séparer du corps de la Nation, il est temps, 50 années après l'indépendance, de projeter une vraie politique de régionalisation qui donnera plus de pouvoir aux élus locaux et installera la démocratie participative ainsi que le libre choix dans certains domaines liés à la vie de la population locale, les questions de souveraineté et les choix stratégiques de la Nation tout entière étant du seul ressort des institutions nationales.
L comme liberté : que ce soit en matière politique, économique, culturelle, d'expression ou de presse, la liberté a souvent manqué dans notre pays. Le système du parti unique ne permettait ni création d'autres partis, ni le lancement de journaux indépendants. Quant à la ligne économique marquée par le monopole de l'Etat, elle empêchait l'ouverture et ne tolérait le privé que dans des activités non stratégiques et marginales. Les changements qui sont intervenus après le 5 Octobre 1988 n'ont pas été à la hauteur des attentes des Algériens. Après une courte période de démocratie naissante qui a vu l'autorisation de nombreux partis et la publication de plusieurs quotidiens sur la lancée du Soir d'Algérie, le premier à paraître en septembre 1990, le champ se bouchera très vite et une véritable restauration s'installe. Le jeu politique est rapidement fermé par le refus d'agréer de nouveaux partis et les fraudes successives qui ont décrédibilisé l'acte de voter. Quant à la liberté de la presse, faut-il rappeler les innombrables procès intentés contre les journalistes et la fermeture du Matin ainsi que l'incarcération de son directeur, M. Mohamed Benchicou, durant deux années à la prison d'El-Harrach ' Par ailleurs, une centaine de confrères sont tombés sous les balles des islamistes armés. Quant à la liberté syndicale, de toute récente naissance, l'actualité quotidienne montre bien qu'elle a un long chemin à faire avant de devenir effective.
M comme Marocains : j'ai toujours cité l'horrible expulsion de citoyens marocains installés en Algérie depuis la période coloniale et qui ont souvent des liens de sang (mariages avec des Algériennes) et de terre (c'étaient des ouvriers agricoles, souvent enfants d'anciens ouvriers agricoles) avec notre pays. Ils ont été renvoyés manu militari, dans des conditions épouvantables, chez eux où aucune infrastructure n'était préparée pour les accueillir. Des enfants n'ont pas trouvé leurs pères en rentrant de l'école. D'autres n'ont pas pu dire adieu à leurs mères… En parlant souvent de ce sujet que je qualifie de point noir dans l'œuvre de Boumediène, je me fais interpeller par des amis lecteurs qui me reprochent de ne pas faire le «parallèle» avec l'expulsion des Algériens après l'attentat de Marrakech attribué par les autorités marocaines à des terroristes qui seraient de chez nous. Si j'en parle, c'est parce que cela m'a paru choquant venant d'un pouvoir qui se disait populaire et qui considérait que le Maghreb devait se construire d'abord entre les peuples. Quant au Makhzen, je n'ai rien à attendre de lui. Ennemi irréductible du peuple algérien, il n'a pas hésité à nous attaquer pour revendiquer Tindouf alors que nous nous relevions d'une guerre meurtrière et que l'Etat algérien était à genoux ! Tout au long des dernières décennies, il n'a cessé de nous chercher des problèmes surtout après l'appui de l'Algérie à la cause sahraouie.
O comme Oran : la grande métropole n'a pas eu les grandes réalisations qu'elle mérite en tant que seconde capitale du pays. S'il existe certes des plans d'aménagement urbain intégrant la construction de milliers de logements, l'édification d'écoles, de lycées et d'universités ainsi que la densification des réseaux routiers et la construction d'un futur tramway, Oran n'a pas reçu des projets dignes de sa stature de seconde ville de l'Algérie, notamment dans le domaine de grands espaces verts, de réfection du tissu urbain intramuros totalement délabré, d'édification de grands centres de rayonnement culturel (salles de concert, grandes écoles artistiques, opéra, cinémas, musées, théâtres, stades, parcs de loisirs, zoos, etc.) Si le nouvel hôpital est venu à point pour donner à la ville plus de capacités d'accueil, les infrastructures demeurent toujours réduites pour une si importante population. Oran doit devenir le centre de rayonnement de notre côte Ouest, en face des villes espagnoles dont elle a le charme méditerranéen mais pas les commodités et les équipements.
P comme programmes TV : alors que la télévision n'était captée que dans les centres-villes d'Alger, Oran et Constantine durant l'époque coloniale et une bonne partie de la décennie 60, une première extension régionale permit aux populations de chaque région de voir les programmes diffusés par le centre régional. Les copies arrivaient par avion à Oran et Constantine. En 1970, l'Algérie procéda à l'unification du réseau TV national et tous les téléspectateurs algériens purent voir enfin un seul et même programme. En 1975, l'Algérie devenait l'un des premiers utilisateurs du satellite pour la retransmission des programmes nationaux à travers l'ensemble du pays. Après une longue stagnation de «Unique», quelques rafistolages pas du tout convaincants ont permis de multiplier les chaînes publiques par cinq. Enfin, l'apparition de chaînes privées dans un environnement juridique flou montre à l'évidence que ce sont certains cercles du pouvoir qui cherchent à se redéployer pour prendre de l'avance. Une véritable télévision libre reste à inventer.
Q comme quintaux : alors que tous les pays du monde comptent la production céréalière en tonnes, nous continuons d'utiliser le quintal ! Certainement pour gonfler des chiffres qui apparaîtraient ridicules en tonnes. Malgré des progrès indéniables, la céréaliculture continue d'utiliser des méthodes dépassées et datant des siècles antérieurs. Il apparaît que le véritable bond en avant ne peut être atteint que si l'on se décide une fois pour toutes à lancer une politique de massive irrigation qui, au lieu d'être orientée vers les melons et les pastèques, touchera de plus en plus de terres céréalières. C'est une question stratégique et le ministère de l'Agriculture devrait y penser sérieusement. Bien sûr, il faudra aussi continuer à accorder des crédits aux instituts de recherche pour la sélection des meilleures semences adaptées aux différents sols et poursuivre la mécanisation des fermes. Les statuts juridiques sont flous et une bonne politique foncière devient une nécessité. Enfin, et après une longue parenthèse, l'habitat rural a reçu de gros budgets et l'on peut dire que le gourbi rural, logis de la majorité des Algériens avant l'indépendance, a totalement disparu, remplacé par ces cubes de béton qui poussent comme des champignons partout.
R comme Révolution agraire : beaucoup d'encre a coulé sur la Révolution agraire, œuvre incomprise et dont le rôle premier était d'installer une véritable révolution dans les rapports de production à la campagne, avec le noble objectif de hisser le paysan au rôle de citoyen moderne. Menée tambour battant sous l'égide de walis soucieux de présenter des rapports positifs, la Révolution agraire fut marquée par une conduite bureaucratique. La collectivisation poussée a fortement nui à la bonne marche des coopératives. Au lieu d'opter pour d'autres formes prévues par la Charte comme l'association d'entre-aide ou les coopératives de services, ce fut la formule la plus difficile qui fut choisie partout. Rien n'empêchait les agriculteurs de se regrouper pour exploiter en commun l'eau ou se partager le matériel agricole, ce qui aurait été une meilleure manière de les sensibiliser à l'esprit coopératif. Mais les autorités voulaient le maximum de Capra (coopérative de production). La démagogie aura été en fin de compte l'arme fatale pour la Révolution agraire. Par ailleurs, le mal qui touchait les exploitations de la RA était inexistant dans l'autre secteur «socialiste», celui des fermes autogérées. Ce sont elles qui produisaient les oranges, mandarines, dattes et vignoble pour le vin, produits exportés en très grandes quantités dans des bateaux affrétés par l'OFLA et qui inondaient les quais de l'Europe, de l'URSS et de la Scandinavie, avec quelques tentatives sur l'Amérique. Enfin, si elle ne connut pas un succès économique, la Révolution agraire aura permis de déplacer des centaines de milliers de paysans vers les villages agricoles socialistes, véritables cités modernes pourvues de toutes les commodités et noyaux d'un nouveau monde rural. Ce mode rêvé par les martyrs ! A la mort du président Boumediène, le projet des 1 000 villages fut abandonné et les fameux villages défigurés…
S comme Sétif : le cas de cette wilaya, ainsi que celui de BBA, toute proche, est intéressant à plus d'un titre. Voilà des zones connues pour la céréaliculture et qui se retrouvent depuis les années 90 propulsées dans le monde de l'électronique et de l'électroménager, avec de très nombreuses unités qui tournent à plein rendement et qui approvisionnent le marché national et international. Les réalisations titanesques de Condor qui, malgré un incendie qui a ravagé ses installations, s'est redéployée d'une manière courageuse, sont un exemple de la volonté qui anime cette nouvelle race d'entrepreneurs qui ont rompu avec l'«industrie du tournevis» pour encourager une production intégrée conduite par des ingénieurs algériens sortis des universités du pays. Alors qu'à l'Ouest, l'ENIE innove de son côté en maintenant la qualité de ses produits et en lançant de nouveaux appareils, BBA et Sétif rivalisent dans l'innovation. L'installation du géant Samsung associé à Cevital — a donné une dimension internationale à ces pôles d'une industrie électronique authentiquement nationale. Citons aussi LG dont le matériel performant attire de plus en plus de clients et le national Iris aux prix étonnamment compétitifs !
T comme troubles : l'histoire de ces cinquante années ne fut pas exempte de troubles et d'évènements tragiques. La condamnation du colonel Chaâbani fut la première grande «affaire» de l'indépendance. En dehors du fait qu'ils se regardaient en «chiens de faïence» lorsqu'ils se rencontraient dans les couloirs du ministère de la Défense, je n'ai pas retrouvé, dans les différents témoignages publiés, la moindre implication prouvée de Boumediène dans la condamnation du jeune officier supérieur. L'acte était signé Ben Bella et Boumediène ne siégeait pas au tribunal qui l'a condamné à mort. La chute de Ben Bella en 1965 entraîna des manifestations qui se soldèrent par quelques morts et l'arrestation de nombreux «opposants». Mais, en même temps, cet événement permit à de très nombreux autres, arrêtés pour un «oui» ou pour un «non» par les milices de Ben Bella, de retrouver leur liberté. En décembre 1967, Tahar Zbiri et quelques officiers lancèrent leurs chars sur Alger. Une opération qui, selon ses auteurs, était imposée par la nécessité d'exiger la démocratie. Mais, mal préparée, elle tourna au drame. Au cours de la même période, Boumediène sera touché dans un attentat à l'arme automatique mais il s'en sortira après un très bref séjour à l'hôpital. On peut évoquer les morts troubles de Khider, Krim Belkacem et Medeghri. Autre fait mystérieux : le fameux largage d'armes pour des maquis kabyles présumés. Les «affaires» s'arrêtent un moment mais la grande vague de tueries et de destructions massives qui commence par l'assassinat de Boudiaf va faucher la vie de 200 000 Algériens. Puis, il y eut l'affaire Mecili, non élucidée à ce jour. Nous espérons que c'est la dernière…
U comme UMA : née suite à la rencontre Chadli-Hassan II, l'Union maghrébine était beaucoup plus un club de chefs d'Etat qu'une véritable entreprise d'intégration économique. En dehors des visites et des réunions sectorielles qui ne débouchent sur rien, aucune action d'envergure n'a vu le jour. Alors que des ensembles régionaux sont arrivés à la création d'un espace de libre circulation des biens et des personnes et à l'unification de la monnaie, le Maghreb uni ne vaut que par les tentatives de nos voisins de profiter d'une manne pétrolière dont on nous dit qu'elle arrive à sa fin. Par ailleurs, une autre Union que nous avions dénoncée dès sa naissance, l'UPM, œuvre de Sarkozy, tentait de maintenir les liens de dépendance de nos pays vis-à-vis de l'Europe. Teintée de néocolonialisme, cette Union était vouée à l'échec. Nous le disions dès son premier jour. Et elle vient d'échouer lamentablement parce qu'il lui manquait l'essentiel : l'assentiment des peuples tenus à l'écart de ces gesticulations. Alors qu'elle visait haut en termes d'économie et de commerce (au profit du Nord, bien entendu), l'UPM ignorait totalement la libre circulation des populations.
V comme Vert (barrage) : ces tout derniers jours, à l'occasion d'un séminaire à Alger, plusieurs pays se sont intéressés au barrage Vert et ont voulu visiter le site où il a été érigé. J'ai eu la chance de le parcourir de bout en bout au cours d'un reportage réalisé avec l'aimable autorisation du Haut-Commissariat au service national. C'est une bande longue de 1 200 kilomètres et large de 17 kilomètres qui va de la frontière ouest à la frontière est. Son rôle était de protéger le nord en empêchant l'avancée du désert. Ce sont les jeunes du service national qui ont planté les millions d'arbres sortis des pépinières de l'armée. Organisé en 5 groupements et en plusieurs sous-groupement, ce chantier a permis à de nombreux jeunes venant de différentes régions de notre pays de se connaître et de nouer, autour de l'exécution d'une tâche exaltante, les liens qui resteront longtemps après la fin du service national. J'ai vu des appelés conscients de participer à une œuvre grandiose et lorsque je rencontre quelques-uns, parfois de vieux messieurs aujourd'hui, ils me redisent les mêmes mots de fierté et de mobilisation qu'ils m'avaient glissés au cours de nos rencontres des années 1970. A l'époque, je pensais qu'ils avaient reçu des instructions. Aujourd'hui, et après avoir réécouté le même langage du cœur, je sais qu'ils parlaient d'eux-mêmes !
W comme Warda : celle qui fut la grande Diva considérée comme la successeuse d'Oum Keltoum, est décédée à quelques encablures de ce cinquantenaire qu'elle célébrait dans un très beau clip de Nedjma. Sa disparition nous fait remémorer ces noms magiques d'artistes géniaux qui ont consacré leur vie à la défense de la Révolution algérienne, aussi bien au cours de sa phase libératrice que lors des tâches d'édification nationale. Il est inutile de les citer car nous risquerions d'en oublier quelques-uns, mais qu'ils soient tous remerciés et qu'ils soient enterrés à El-Alia ou dans n'importe quelle bourgade de Kabylie, des Aurès ou de l'Ouarsenis, leurs images et leurs voix continueront de briller dans le grand album de la postérité. Parlant de culture en général, on ne peut oublier ces monuments de la littérature, du cinéma, du théâtre, des beaux-arts, de la BD qui ont traduit les sentiments du peuple pour plus de liberté et de justice et magnifié ses élans généreux tout au long de ces cinquante années de luttes incessantes pour la dignité et la prospérité.
X comme xénophobes : sommes-nous un peuple raciste ' Alors que nous passons notre temps à dénoncer les exactions dont sont victimes nos compatriotes en Europe, nous nous posons rarement la question de savoir comment nous réagissons devant les étrangers, notamment ces frères africains qui viennent chez nous, fuyant la sécheresse, la faim et la misère ! A vrai dire, le miroir, s'il venait à être interrogé, ne nous renverrait pas forcément la meilleure image de nous-mêmes. Alors que du côté populaire, un racisme latent est perceptible, les autorités choquent par les opérations de lutte brutale contre le phénomène de l'immigration clandestine à nos frontières sud.
Y comme Ya El Bahdja : celui qui a connu Alger, ne peut l'oublier ! Cette belle ville est une tache de lumières et de couleurs posée sur les flancs des collines verdoyantes qui l'enserrent, face à l'immense mer qui lui sert d'écrin bleu. Alger ne se raconte pas ; elle se vit dans ses jardins exotiques, dans ses escaliers magiques, dans ses ruelles traversées par des courants d'air portant les effluves du port et inondées de ce soleil exact, revêche qui chasse l'obscurité jusque dans les cuisines aux volets clos, quand la sardine et les frites barbotent dans l'huile chaude. Alger s'est embellie : le grand parc de Ben Aknoun, protégé par un décret présidentiel, a les allures d'un immense poumon de la ville et nous espérons que les prédateurs des espaces verts le laisseront tranquille. Un métro, un tramway, des équipements modernes en cours ou à venir, le grand monument aux morts qui veille sur l'autre côté de la ville, comme un frère du mausolée de Sidi Abderrahmane penché sur le pendant ouest, Alger de 2012 n'a plus rien à voir avec la ville coloniale. Mais, au fond de ses yeux, la colombe chantée par tant d'artistes, garde ses charmes d'antan intacts. La vie populaire y est simple, solidaire, fraternelle, comme au temps de La Casbah et même si les conditions sont de plus en plus difficiles, le sourire d'un vieux sur un banc public ou quelques bribes de discussions avec un jeune d'El Aquiba vous aideront à retrouver notre vieil Alger, celle que nous porterons toujours dans nos cœurs, nous qui l'avons vue se bâtir aux nouvelles normes de l'indépendance, nous les enfants de 1962.
Z comme Zidane : «Zizou» serait-il arrivé au sommet du football mondial s'il avait joué pour le compte de l'équipe nationale ' La question mérite d'être posée car beaucoup regrettent que le joueur n'ait pas été retenu par un sélectionneur des Verts. Certes, Zidane a surtout brillé dans des clubs prestigieux, hors de son pays, la France. Mais jouer pour les Bleus n'est pas comme jouer pour les Verts et le championnat du monde 1998 fut l'occasion pour lui de briller au firmament du football planétaire. Zidane est algérien morphologiquement même s'il est de nationalité française. Cela prouve que le joueur de notre pays a des prédispositions qui peuvent lui permettre d'aller loin pour peu que les conditions soient réunies. Ces conditions sont celles du football moderne : organisation, équipements, préparation, récupération. Zidane fut un très grand joueur comme l'ont été Mekhloufi, Lalmas, Belloumi ou Madjer. La nouvelle cuvée comporte aussi des perles rares. Il faut s'en occuper sérieusement et ne pas faire de distinguo entre joueurs évoluant ici et en Europe. Pour avoir brisé la sacrosainte règle de Saâdane n'accordant aux locaux que de très rares opportunités, le nouvel entraîneur des Verts a trouvé ici-même des attaquants qui font honneur à ce football offensif que nous aimons tant ! En parlant de sport, comment ne pas rappeler la formidable épopée du début 1980 lorsque la grande réforme sportive des années 1970 a commencé à porter ses fruits : deux champions du monde en athlétisme d'un seul coup, des participations honorables à différents tournois olympiques et des prouesses enregistrées dans de nombreux sports. L'abandon de cette réforme et l'entrée massive de la «chkara» (sacs de fric) dans le monde du sport ont réduit tous ces efforts à néant…
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M F
Source : www.lesoirdalgerie.com