Un seul enjeu: le leadership
Plus que jamais orphelin de son leader charismatique et fondateur, Mahfoud Nahnah, le MSP tient, aujourd’hui, son quatrième congrès.
Un congrès placé sous le slogan officiel de «modernité, stabilité et développement», mais qui se présente fondamentalement comme une échéance pour régler une question de leadership entre le président sortant Aboudjerra Soltani et Abdelmadjid Menasra, ex-ministre des Industries sous les gouvernements Sifi et Ouyahia et actuel membre de la direction nationale. Moins à débattre d’une ligne stratégique fondée sur la théorie chère à Nahnah du «participationnisme», qui fait bon an mal an consensus, les 1.400 congressistes auront à choisir celui qui présidera aux destinées du parti pour les cinq années à venir. «Nous voulons prouver surtout aux partis qui se disent démocrates que le choix du futur président du parti se fera en toute transparence et la volonté des congressistes sera souveraine», assure Mohamed Kacem, un des membres de la commission de préparation présidée par Nasreddine Salem Chérif.
«La rivalité entre Soltani et Menasra ne doit pas se traduire par une cassure au sein du parti», avertit encore ce cadre qui fait valoir les déboires du FLN, après le mouvement de redressement orchestré contre Ali Benflis. «Après le congrès, les querelles d’ambition doivent être oubliées et tout le monde doit être derrière la future direction», déclare notre interlocuteur qui ajoute, avec un air entendu, qu’aussi bien Soltani que Menasra «ont l’aval des décideurs». Chacun des deux prétendants a des arguments à faire valoir. Menasra qui, faut-il le souligner, a le beau jeu de celui qui prend ses distances par rapport à la ligne actuelle, peut compter sur le soutien de la majorité des membres du Madjliss Echoura, présidé par Salah Mahdjoubi, et de l’instance des cadres parlementaires. Les anciens membres fondateurs du parti, à l’image de l’ex-sénateur Boumahdi, sont également acquis à la cause de Menasra qui n’hésite pas aussi à faire valoir sa proximité aussi avec la famille Nahnah, qui lui avait, d’ailleurs, organisé dernièrement un dîner très médiatisé du côté de la ville des roses.
Au sujet de ce soutien, Aboudjerra affirmait justement dernièrement qu’il refusait que le prochain président «soit désigné par tutelle ou par paternité». Démarche à laquelle le bouillonnant député Abdelaziz Mokri de M’Sila et son groupe composé de El-Hadj Hamou, Zinneddine Tebbal, Abdelwahab Abdelhalim, Abderrahmane Saïdi adhèrent. En gros, fort de son travail de lobbying, Menasra mise beaucoup sur les instances du parti pour décrocher la timbale. Aboudjerra, qui a fait le tour d’Algérie des structures de base du parti, compte justement sur cette base qui a choisi le congrès pour être reconduit. «Nous refusons toute tutelle sur les délégués qui doivent rester souverain dans leur choix, le congrès est la plus haute instance du parti. Nous privilégions le jeu ouvert où les délégués auront le loisir des décisions à feu doux» soutient encore Aboudjerra.
Mais, d’ores et déjà, ses adversaires ont pris un avantage de départ en faisant adopter par le Conseil consultatif une résolution (à confirmer par le congrès) qui oblige Aboudjerra à démissionner de son poste de ministre sans portefeuille pour briguer un autre mandat. C’est d’ailleurs sa présence, de pure forme au gouvernement, qui constitue un des angles d’attaque de ses adversaires, notamment la charge humiliante dont il avait été l’objet de la part du président Bouteflika au sujet des preuves sur la corruption qu’il avait dit détenir. En définitif, le seul suspense de ce congrès tient à l’issue du duel entre Soltani et Menasra.
Car, pour le reste, ce parti islamiste BCBG, continue d’accuser un recul en terme de positionnement sur l’échiquier politique national, venant désormais derrière le FLN, le RND et même le FNA de Moussa Touati. C’est dire que la politique d’entrisme graduelle a un prix: celui du divorce d’avec une base qui croyait initialement à l’avènement de la «Dawla islamia».
H. Senouci
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com