
Les propos de M. Hamidou Messaoud, commissaire du Salon international du livre d'Alger (SILA), sur un plateau de la chaîne de télévision Ennahar, la semaine dernière, concernant la violence contre les femmes passent mal.Celui-ci voulait justifier qu'un livre intitulé Frapper son épouse : une solution pour les problèmes conjugaux ' d'un obscur auteur saoudien Abdelhamid Ahmed Abou Souleiman, avec une manière qui a provoqué une levée de bouclier de militants contre les violences contre les femmes. Ses déclarations ont fait le tour des réseaux sociaux. Dans la matinée d'hier, une pétition a même été lancée pour le boycott du SILA. «Parce que la survivance des outrages est toujours le fruit d'une accumulation de petits ?détails' tolérés, négligés, minimisés. Parce que la femme algérienne a déjà trop d'ennemis, de bourreaux et de tuteurs pour fermer les yeux sur une énième banalisation des horreurs subies. Parce qu'écrire au-delà de l'interdit et des conventions implique forcément une certaine cohérence qui ne doit souffrir aucune relativisation ou coquetterie sémantique. Parce que les violences faites aux femmes n'ont pas besoin d'un coup de pouce supplémentaire, qui plus est, venant d'un haut responsable culturel. Parce que le Salon international du livre d'Alger traîne suffisamment de tares, allant du non-professionnalisme à la marchandisation vulgaire, en passant par la censure et la prolifération du livre religieux. Parce que, enfin, Hamadache, Chamseddine, Benhadj ainsi que des milliers d'anonymes promoteurs de géhennes terrestres, n'ont pas besoin d'un renfort inespéré venu de ce qui devrait être le bastion de la liberté et de l'équité? Pour toutes ces raisons, je prends la décision de boycotter cette 22e édition du Salon international du livre d'Alger qui se tiendra du 26 octobre au 5 novembre 2017», peut-on lire dans le texte qui accompagne cette pétition. La rédactrice de ce texte, la journaliste et romancière Sarah Haïder, estime que «le boycott sera une réponse à ce que nous considérons comme une atteinte aux principes fondamentaux du respect de la personne humaine, une insulte à des années de combat féministe et un crachat sur les tombes de toutes celles qui ont été égorgées, battues, violées, kidnappées, maltraitées ou détruites psychologiquement, parce que femmes», écrit-elle. Cette pétition a rassemblé près de deux cents signatures, quelques heures seulement après son lancement. Des écrivains dont Samir Toumi, Wassila Tamzali, Baya Hachi, journalistes, artistes et autres intellectuels ont apposé leurs noms et prénoms sur la liste des signataires.
Le commissaire du SILA s'explique
Après la polémique provoquée par ses propos sur Ennahar TV, Hamidou Messaoud, commissaire du SILA, a diffusé un communiqué dans lequel il explique qu'il s'est juste «permis de citer une blague qui a suscité des commentaires et protestations sur les réseaux sociaux. Je suis très attaché à l'humour populaire qui fait partie de la culture et de la sagesse de notre peuple», dit-il. Celui-ci ajoute que cette blague «vise à dénoncer et non à louer les hommes qui battent leurs femmes. Et je l'ai citée au moment où je parlais justement du fait que lors de la dernière édition du SILA, nous avons bloqué la diffusion d'une brochure sur «les manières de battre les femmes», ce qui explique bien la position des autorités algériennes sur cette question que je partage totalement et activement». Pour conclure, Hamidou Messaoud fait amende honorable et précise que «si j'ai pu, bien involontairement, choquer quelques téléspectateurs et téléspectatrices, je m'en excuse sincèrement auprès d'eux. J'ajoute que le public du SILA est majoritairement composé de femmes et, en tant que lectrices, mais aussi écrivaines et intellectuelles, leur contribution à la promotion du livre et de la culture en Algérie est fondamentale», ajoute-t-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Arezki Ibersiene
Source : www.letempsdz.com