Il y a une année
encore, personne ne prédisait ce qui allait se dérouler comme évènements
bouleversants en Tunisie, en Egypte et en Libye. Pourtant, au début, ce n'était
qu'une petite étincelle qui allait chambouler toutes les stratégies mises en
place depuis des décennies.
C'est parti
presque de rien : mais comme les peuples arabes attendaient leur heure, il
suffisait d'une petite grogne ou d'une immolation presque ordinaire pour que
des révolutions se mettent en marche en balayant tout sur leurs chemins, en
déjouant toutes les monarchies républicaines et oligarchiques qui se
perpétuaient au détriment d'une ouverture démocratique où les peuples décident
enfin de leur destinée.
Quant à la
position d'attente des Algériens qui regardaient défiler les révolutions qui
frappaient à leur porte sans être emportés par la vague déferlante, de nombreux
observateurs notaient que les Algériens sont déjà passés par là, peut-être même
assez tôt, mais les circonstances de l'époque n'ont pas favorisé l'émergence de
forces capables de procéder à des changements radicaux du système de
gouvernance. Certes, depuis le 5 octobre 1988, beaucoup d'acquis ont été
arrachés mais vite rattrapés par le temps et les événements qui allaient
ébranler le pays durant une vingtaine d'années.
Ces révolutions
arabes ont réveillé les Algériens de leur profonde léthargie en rêvant de
changements dans tous les domaines sinon le pays se retrouverait à la traîne
devant des pays voisins qui sont passés à la vitesse supérieure pour relever
tous les défis qui attendent leur peuple et aussi mener à bon port ses
aspirations.
Allant dans le
sens des brusques révolutions chez les voisins et en prémunition des
conséquences graves qui pouvaient en découler, le pouvoir algérien a prôné des
réformes pour être amendées par les parlementaires. Le hic dans cette affaire,
c'est de voir les lois présentées vidées de leur sens, voire devenir plus
restreintes que par le passé comme la loi sur les partis et celles sur les
associations et sur l'information comme le constatent de nombreux observateurs
sur la scène nationale.
Des partis dits
de l'opposition en ont appelé même au président de la république de légiférer
par ordonnance pour mettre fin aux entraves des deux chambres qui ne disposent
pas assez de la légitimé nécessaire pour voter ces lois fondamentales pour une révolution
pacifique de l'Algérie. Mais, à écouter le dernier discours présidentiel, on
éprouve une satisfaction du chef de l'état quant à l'issue de ces reformes. On
veut aller doucement en démocratie. On ne sait pas encore ce que cela voulait
se traduire sur le terrain de l'application de ces lois émiettées.
Donc si l'Algérie
veut marquer l'histoire, l'année 2012 va être une année importante, avec les
futures élections législatives prévues au plus tard au mois de mai. On dit
aussi que les élections seront plus que jamais libres comme l'invoque le
discours du président. Ce qu'on pourrait le traduire qu'elles n'étaient en
aucun cas libres par le passé. On annonce quelque part qu'elles pourraient même
être provoquées avant l'heure pour sans doute mettre un terme à cette
embarrassante mandature qui n'a pas été mémorable pour un pays de la taille du
pays. Lorsque le champ politique n'ait pas connu d'autres forces politiques que
celles qui existent depuis une douzaine d'années, on ne peut s'attendre à des miracles
d'une assemblée de députés qui nagent depuis longtemps dans la rente pétrolière
qui a masqué toutes nos tares et nos défauts. Il n'y a point eu de nouvelles
idées à travers les anciens partis à part quelques très rares exceptions des
partis dits petits. Les « grands » partis partagent le plus souvent leur temps
à se chamailler pour l'usurpation du leadership. Si les élections aient été
libres et si le champ politique ait été ouvert, on aurait sans aucun doute eu
une autre assemblée parlementaire complètement différente de celle qui nous a
été servi au grand désespoir du pays.
On a appris ces
jours-ci que le ministère de l'Intérieur, dans un communiqué, a ordonné le
traitement avec célérité des dossiers de création des nouveaux partis
politiques pour mettre fin à cet obstacle majeur de l'émancipation de la
démocratie dans le pays. Est-ce que les partis qui seront agréés auront-ils le
temps nécessaire pour se déployer dans tout le pays ? Une fois agréés, faut-il
qu'ils lancent leurs campagnes d'adhésion de militants et de disposer de locaux
au niveau local pour mener une intronisation dans le champ politique. Ce qui va
prendre énormément de temps lorsqu'on sait que les prochaines échéances
électorales arrivent à grands pas et la lourdeur
bureaucratique qui pèserait de tout son poids. Sauf si l'on dispose de
baguettes magiques, ces partis ne pourront être prêts ni logistiquement ni
politiquement pour étaler leur programme sur la scène nationale.
Il est vraiment
dommage que les partis qui seront nouvellement créés ne partent pas à chances
égales avec les partis existants depuis des années avec des moyens colossaux
surtout matériels. A moins que les dés ont été déjà
jetés et la politique des quotas continueraient à faire le bonheur de la
politique actuelle comme l'atteste cette affirmation d'aller doucement en
démocratie. On continuerait l'apprentissage dans la démocratie alors que les
voisins sont pleins dedans. On se demande ce quoi servirait d'inviter des
observateurs étrangers si la volonté politique n'existe pas d'aller fortement
en démocratie avec un engagement solide des autorités. On risque fort de se
retrouver avec la même composante au sein de la future chambre basse. On
retournerait ainsi au point zéro avec tous les risques possibles et tout ce qu'engendrerait
une disproportion de l'évolution des systèmes politiques en comparaison chez
les voisins qui ont presque changé radicalement depuis un temps assez court. Il
serait catastrophique pour l'Algérie de rester sur le carreau en misant sur une
évolution en petitesse dans la démocratie pour ne pas sans doute brusquer trop
les choses. Un statuquo est prévisible dans ce sens.
On peut aussi
constater cette révolution douce à travers les médias lourds qui ne connaissent
aucune évolution palpable en dépit les promesses réitérées par les pouvoirs
publics depuis des lustres. On n'écoute point les discours qui fâchent ou qui
dérangent. Cela fait marrer de lire les déclarations du ministre de
l'information faites à l'endroit de l'ENTV qui est
appelée à disparaitre du champ médiatique si elle
continue dans cette voie de panne d'imagination.
Il faut rappeler
à notre cher ministre que les anciens journalistes de cette même ENTV font le
bonheur de nombreuses stations de télévisions internationales comme Aljazeera et Al-Arabia pour ne
citer que celles-là. Ce n'est guère la faute à cette ENTV mais le pouvoir
incombe principalement à ses propres décideurs. On se rappelle de l'épopée
médiatique entre 1989 et 1991 où tous les tabous étaient tombés. Les Algériens
n'avaient jamais été aussi fidèles à leur télévision que durant cette même
période. Ils ne rataient rien de ses émissions politiques et de ses débats
profonds à tel point que l'ENTV était devenu une
attraction inévitable en particulier sur nos voisins marocains et tunisiens.
Actuellement,
c'est au contraire qu'on y assiste aux niveaux relevés des émissions
tunisiennes avec des débats inimaginables dans l'esprit de nos voisins il y a à
peine une année. Ils avancent dans le bon sens tandis que nous, on régresse au
moment où on est arrosé sans relâches par des milliers de chaînes de
télévisions. A défaut d'ouverture des médias intérieurs aux débats fructueux et
contradictoires, il est plus facile maintenant avec les satellites de créer sa
propre chaîne à l'extérieur du pays moyennant quelques finances et
d'autorisations du pays d'accueil. Il est possible de voir éclore de nombreuses
chaines à l'instar de ces nouvelles chaînes destinées
principalement à la consommation algérienne. Ainsi, à force de trop visser la
vis, on risque de la rompre définitivement.
Pour le moment,
la machine des réformes s'est mise en branle. On ne sait pas encore ce qu'elle
va donner comme résultats probants. On croise les bras et on attend les
promesses, qui on le souhaite, ne vont pas encore décevoir le peuple algérien
et l'amener à changer d'options en passant à d'autres méthodes plus radicales.
Ce que l'on ne souhaite nullement pour le pays. Pour l'instant, c'est la rente
pétrolière qui fait calmer les esprits mais malheureusement l'Algérie ne
possède pas éternellement de cette aubaine qui sauve ces temps-ci les meubles.
Un jour ou l'autre, on subirait fatalement les conséquences de cette politique
inadéquate qui nous mène tout droit vers l'inconnue.
Le salut de
l'Algérie ne viendrait que vers l'ouverture envers tous ses enfants pour
décider ensemble du sort et du destin du pays. Jouer interminablement au chat
et à la souris nous conduirait tout droit vers l'irréparable. Rester
inlassablement dans la situation présente n'est point confortable et idoine ni
pour les gouvernants ni pour les gouvernés.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohammed Beghdad
Source : www.lequotidien-oran.com