Si depuis la mort de Kadhafi, un vent de liberté souffle sur la Libye, la reconstruction va demander du temps. Il faudra que le pays surmonte d'abord les menaces de guerre civile.
Tout porte à penser que l'Algérie et la Libye sont en voie de normalisation. La poignée de mains entre le président Bouteflika et le président du Conseil national de transition libyen (CNT), Abdeljalil, à Tunis, lors de l'anniversaire de la révolution du Jasmin, n'a pas été que protocolaire.
Les choses bougent entre les deux pays, la Libye post-Kadhafi étant revenue à de meilleurs sentiments à l'égard d'un voisin dont, de toute façon, les nouvelles autorités de Tripoli savent qu'elles ne pouvaient pas faire l'impasse et encore moins commettre des impairs à son encontre. Bouteflika a assuré son homologue du 'soutien et de l'appui' de l'Algérie à la Libye en cette étape cruciale de son histoire. 'Au moment où la Libye célèbre le premier anniversaire de sa révolution, je tiens à saisir cette heureuse occasion pour vous exprimer notre soutien et notre appui en cette étape cruciale de l'histoire de votre pays pour amorcer une ère nouvelle qui reflète la volonté du peuple libyen frère à réunir les conditions d'une vie digne au sein d'institutions démocratiques qu'il aura choisies', a écrit le président de la République, soulignant sa ferme détermination à 'uvrer de concert avec Abdeljalil pour 'renforcer les liens de fraternité, de solidarité et de bon voisinage qui unissent nos deux peuples et porter les relations bilatérales à des niveaux supérieurs au mieux des intérêts de nos deux pays et de notre région'.
Dans le message chaleureux transparaît l'idée que l'Algérie ne ménagera pas ses efforts pour aider son voisin à surmonter la phase très sensible qu'il traverse. Le 17 février 2011, la révolution contre Kadhafi démarrait, un an après, et plusieurs mois après
l'assassinat de celui qui a régné une quarantaine d'années en maître absolu et la chute de son régime, la Libye est, pour ainsi dire, dans une situation chaotique. Des manifestations violentes à Benghazi, au cours desquelles le siège du CNT a été saccagé, avaient entraîné la démission du vice-président de cet organisme censé conduire à bon port le Printemps libyen, l'adoption de la loi électorale a été différée et des chefs de milice refusant de se fondre dans la nouvelle armée
ou dans les forces de police se conduisent comme des chefs de guerre. Les populations redoutent que leur pays bascule dans 'un puits sans fond'.
Les dérives de la révolution avaient commencé de fait le jour où a été proclamée la victoire de la révolution depuis Benghazi. Ce jour-là, Abdeljalil a instauré la charia avant même toute élection. Sa mesure est plus inquiétante que la mise en place de la loi islamique en elle-même, en vigueur dans de nombreux pays, elle a été interprétée comme l'expression d'un retour à des pratiques iniques contre lesquelles le printemps libyen avait éclos. Les conditions particulières de la société libyenne marquée par la logique et la structure tribale, où chaque clan défend ses propres intérêts, rongent le pays. Certaines tribus ont été intégrées dans le CNT, notamment les Warfalla et les Berbères. Le grand défi reste de gérer les tensions entre les clans de la Cyrénaïque à l'Est et de la Tripolitaine à l'Ouest. Les affrontements de ces derniers jours à Koufra, dans le Sud, entre les Toubous et les Zwais, en sont une illustration.
Résultat : le CNT et son gouvernement de transition ont une faible autorité et doivent composer avec des forces politiques armées, régionalisées et structurées autour d'un réseau d'alliances et de solidarité qui se greffe sur les tribus. L'économie libyenne est une économie rentière basée sur le pétrole, à l'époque de Kadhafi, la manne qui en découlait était en partie redistribuée sous forme étatique (logement, travail, école, santé).
Aujourd'hui, personne ne sait désormais ni à qui ni comment est répartie la rente de l'or noir. Si le CNT a gagné son premier pari qui consistait à faire rejaillir le pétrole des puits, il n'a pas encore réussi à mettre en place des structures étatiques organisées permettant de redistribuer l'argent, alors que les groupes locaux, qui ont récupéré beaucoup d'armes, tentent de se servir par la violence, le chantage et le racket.
Le pays vit d'ailleurs sous le règne des milices qui se sont mises en place dans chaque lieu de vie d'importance. Et ce climat est également alimenté par des puissances étrangères qui veulent s'approprier le pétrole et les marchés de la Libye post-Kadhafi. Le plus dangereux pour la région est que la Libye soit un vaste marché d'armement à ciel ouvert, notamment pour les armes lourdes. La question sécuritaire est précaire, elle peut dégénérer en guerre civile. Le problème, selon les politologues, c'est qu'aucun leader charismatique capable de transcender tout le monde et d'unifier la société libyenne derrière un projet d'Etat central, qui ne correspond pas à la culture du pays, n'émerge.
À l'intérieur même du CNT, Abdeljalil est contesté par les modernistes qui lui reprochent ses déclarations sur l'établissement de la charia et au sein des grandes tribus, il est perçu comme 'l'homme des Occidentaux', celles-ci critiquent ouvertement la présence occidentale et même celle du Qatar.
Pour compliquer le paysage, Abdelhakim Belhadj, ancien jihadiste passé par l'Afghanistan, est devenu l'homme fort de Tripoli ; il s'oppose aux Britanniques, à qui il demande réparation pour l'avoir livré à Kadhafi en 2004. Aux côtés de ces anciens d'Afghanistan, il a des mouvements proches des Frères musulmans égyptiens qui veulent que l'islam trouve sa place dans la vie politique, alors que ce qui domine en Libye, c'est un islam traditionnel.
Le CNT a promis des élections en juin, mais le délai est-il tenable ' En attendant, Abdeljalil avertit que la Libye sera ferme face aux menaces sur sa stabilité. 'Nous avons ouvert nos bras à tous les Libyens, qu'ils aient soutenu la révolution ou pas. Mais cette tolérance ne signifie pas que nous soyons incapables d'assurer la stabilité de notre pays', a déclaré le président du CNT, lors de son discours télévisé à la nation.
Quelle sera la portée de sa mise en garde quand on sait que le CNT éprouve des difficultés à circuler dans le pays et que son siège reste secret '
D. B
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Bouatta
Source : www.liberte-algerie.com