
C'est celle d'un bastion spirituel et défensif qui veille sur le littoral d'Oulhaça Gheraba depuis près de sept siècles. Ce site n'est pas seulement un lieu de culte, mais un témoin architectural et militaire de la résilience algérienne face aux invasions maritimes.
Identité : Sidi Yaakoub Ibnou el-Hadj Tlemçani est né à Tlemcen à la fin du XIIIe siècle (sous la dynastie Zianide).
Parcours : Juriste et cadi (juge) brillant, il étudie à Tlemcen puis à Fès. Fuyant les troubles politiques de sa ville natale, il choisit de s'installer sur le littoral des Oulhaça pour se consacrer à la méditation et à l'enseignement.
Installation : Il s'établit sur un méplat d'une falaise escarpée dominant une plage caillouteuse qui porte aujourd'hui son nom. Sa mort est située vers 1410.
Construction : Le complexe a été édifié en 739 de l'Hégire (1338/1339), ce qui en fait l'une des plus anciennes institutions religieuses de l'ouest algérien encore en activité.
Style Zianide : Son architecture présente des similitudes frappantes avec le complexe de Sidi Boumediene à Tlemcen (édifié à la même époque). On y retrouve :
Un minaret carré de 15 mètres de hauteur.
Un plafond en bois précieux sculpté (bois de cèdre), typique du savoir-faire artisanal de Tlemcen et de Fès.
Une salle de prière soutenue par des arcs en plein cintre et un mihrab décoré.
Dispositif ingénieux : Pour pallier l'absence d'eau sur la falaise, le complexe dispose d'un système de collecte des eaux de pluie avec une citerne (jab) de grande capacité (environ 250 m³).
La Zaouïa de Sidi Yaakoub n'était pas qu'une école coranique ; elle servait de sentinelle côtière :
Protection contre les pirates : Son emplacement a été choisi pour être invisible depuis la haute mer, protégeant ainsi les étudiants et les habitants des incursions de pirates espagnols et portugais.
Légende du bois espagnol : Une tradition locale raconte que Sidi Yaakoub aurait "capturé" mystiquement un navire espagnol échoué et n'aurait accepté de les libérer qu'en échange de bois pour la toiture de sa mosquée, bois qu'ils auraient jeté à la mer pour qu'il dérive miraculeusement vers sa plage.
Résistance : La zaouïa a joué un rôle actif dans l'organisation de la défense populaire lors de la tentative d'invasion portugaise en 1503 et, plus tard, durant la lutte de l'Émir Abdelkader.
Classement : Le site est inscrit sur la liste du patrimoine protégé de la wilaya d'Aïn Témouchent depuis 2004 (inventaire supplémentaire).
Vie actuelle : La zaouïa continue d'accueillir des fidèles et des étudiants. Chaque année, des pèlerins viennent de toute l'Oranie pour honorer la mémoire du saint homme et admirer ce joyau médiéval qui surplombe la mer Méditerranée.
Posté par : patrimoinealgerie
Ecrit par : Hichem BEKHTI