Dzaïr ya el âssima, selon Tadjer
Abdelkader Tadjer était ému par l?accueil réservé par le public témouchentois à son Madinet el hob. Avant la représentation, il avait le trac plus que ses comédiens. Pourtant, l?on n?était pas à une générale alors que, fresque historique de facture très classique, sa pièce se laisse plus que suivre. Cela est d?ailleurs une gageure lorsque l?on sait que son fil conducteur est un segment d?une histoire que l?école et les canaux étatiques ont desservi au point qu?il était hasardeux de l?étrenner en cette période de défiance vis-à-vis de ce que l?historiographie officielle a charrié. Tadjer, en Algérois pure souche, fasciné par le passé de sa cité, a voulu le rappeler plus aimablement. Son spectacle dédié à Dzaïr ya el âssima dont l?histoire est confondue, même dans l?anecdotique, avec celle de l?Algérie, se déroule en livre d?images d?Epinal. Collant à une histoire commençant depuis la Régence d?Alger à l?indépendance, Madinet el hob aurait gagné à éviter les pièges du raccourci. Non sans sincérité, pour lui, comme c?est l?envahisseur qui a tort, ce qui implique qu?il ne peut qu?être affreux, fourbe et lâche. A l?opposé, il dépeint un Dey polyglotte et en homme aimé des belles étrangères. Ce manichéisme est cependant tempéré par la grâce que trouvent les femmes de l?autre camp dans son spectacle. Par ailleurs, seul parmi les hommes ayant combattu Alger, il n?y a que Cervantès auquel est allée sa sympathie. Forcément, c?est un créateur et Tadjer est un artiste, pas historien. C?est là que gît le malentendu parce que chez lui histoire, et mémoire se confondent. Dans les douze tableaux qui composent son spectacle, en fait des bifurcations dans les méandres d?une épopée où il mêle faits historiques, légende et fiction, il nous rapporte un Cervantès en proie aux affres de la création dans sa geôle algéroise. Cependant, là où Tadjer a le plus de mérite, c?est sur le plan artistique et c?est l?essentiel. Car à ce niveau, il faut lui reconnaître qu?il a accompli un énorme travail. En effet, en essayant d?instruire à l?image de son fnarji, il n?a pas oublié qu?un spectacle consiste d?abord à fournir du plaisir et de produire de l?émotion. A cet égard, son ?uvre est esthétiquement soignée, même si sur le plan de la narration, avec un peu plus de rythme et de vivacité, elle aurait été moins verbeuse et gagné en efficacité. Pour ce qui est de ses interprètes, Djamal Bounab et Amel Mihoubi ont réussi un joli duo de numéro d?acteurs. Abdelkrim Benkherfellah a fait la preuve de son métier d?acteur et Ali Tamert s?est révélé un prometteur jeune talent. On attendait avec curiosité Karim Zénasni, une prometteuse « gueule » à l?écran pour un réalisateur inspiré à la façon du cinéma noir, mais il a été un peu trop guindé dans le costume de Dey. Les autres qui ont également campé plusieurs personnages, Louiza Habani, Sami Allam et Feriel Boukhari ont mérité l?ovation que le public leur a faite.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M. Kali
Source : www.elwatan.com