Mohamed Ben Mohamed Ben Djilali Gherainia, plus connu en Roumanie sous le surnom de “Prince algérien” (ou principe arabe), est né le 5 juillet 1891 à Khemis Miliana (anciennement Affreville), en Algérie alors département français. Issu d’une famille d’origine modeste mais instruite, il suivit de brillantes études à Paris où il obtint une licence de pharmacie avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Mobilisé en octobre 1914 comme tirailleur de deuxième classe au 1er régiment de tirailleurs algériens, il fut engagé sur le front occidental aux côtés des troupes françaises. En 1916, lors des terribles combats de la Somme ou au nord-est de Verdun, il fut fait prisonnier par les forces allemandes et, avec d’autres soldats coloniaux, transféré dans un camp de prisonniers au sein de la Roumanie occupée par les Puissances centrales.
À Slobozia, dans la plaine du Bărăgan, les conditions étaient particulièrement rudes pour les prisonniers originaires d’Afrique du Nord : froid extrême, manque de vêtements adaptés, alimentation insuffisante et maladies faisaient des ravages dans les baraquements.
Du fait de sa formation scientifique et médicale, Gherainia fut nommé responsable de l’assistance médicale pour les prisonniers nord-africains et sénégalais par les autorités allemandes. Son rôle dépassa rapidement les soins élémentaires : il soigna également des civils roumains mal desservis sur le plan sanitaire, ce qui lui valut le respect et l’affection de la population locale. C’est probablement ainsi que naquit son surnom de “Prince algérien” auprès des Roumains, qui associaient son savoir et sa dignité à une noblesse d’âme.
Alors que la guerre touchait à sa fin en 1918 et que les troupes alliées se rapprochaient, Gherainia s’impliqua dans des plans visant à organiser la libération du camp de Slobozia avec l’aide de la résistance roumaine. Selon les récits disponibles, lors d’une sortie pour rencontrer un contact ou pour assister un malade, il fut surpris par une patrouille allemande, blessé puis **tué par des tirs allemands le 14 octobre 1918.
Son décès survint à peine quelques semaines avant la libération du camp et de la ville par les forces alliées. Il avait moins d’un mois à vivre avant la fin officielle de la guerre.
À Slobozia, deux monuments honorent aujourd’hui sa mémoire : sa tombe dans le “cimetière des Héros”, surmontée d’un obélisque, et une stèle commémorative érigée à l’endroit de son exécution. Sur cette dernière figure l’inscription rapportée dès l’entre-deux-guerres :
« Ici a été fusillé par les Allemands, le 14 octobre 1918, le prince arabe GHERAINIA Mahomed, victime de son dévouement pour la France et la cause alliée. »
Le récit de son engagement fut notamment relaté dans la revue roumaine Cultul Eroilor Noştri (Le culte de nos héros) en 1924, sous le titre Jertfa prințului algerian Mahomed Gherainia (Le sacrifice du prince algérien Mahomed).
Malgré son statut de héros en Roumanie, Mohamed Gherainia est encore peu connu en Algérie, même s’il a été évoqué dans des articles, des expositions et des blogs locaux qui cherchent à raviver la mémoire de ces soldats coloniaux tombés loin de leur terre natale.
Son histoire reste un témoignage puissant de la contribution des tirailleurs nord-africains à l’effort de guerre allié, ainsi qu’un pont historique entre l’Algérie et la Roumanie, rappelant combien des destins individuels peuvent transcender les frontières et les cultures.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : patrimoinealgerie
Ecrit par : Rédaction