Ain-Defla - Revue de Presse

La réconciliation des contraires



Jusqu’à l’attentat d’avant-hier à Takdemt, Al-Qaïda n’avait pas commis d’opérations aussi meurtrières que celles de Bouira, des Issers, et Zemmouri au mois d’août.
Entre-temps, des actes terroristes, il y en a eu pourtant : un gendarme a été tué et un autre blessé dans la région de Aïn Defla, avant que le groupe terroriste ne réalise l’affront d’attaquer le même “dispositif” le lendemain à la même heure ; quatre autres gendarmes ont été blessés par une bombe artisanale suivie d’une attaque à l’arme automatique à Azzazga ; quatre gardes communaux ont péri à Tizi Ouzou et Aïn Defla…
Il en a été déduit que “le renforcement de la vigilance”, décidé par les autorités, a porté ses fruits. On ne peut que se réjouir de voir que le nombre de terroristes abattus ce mois-ci soit plus élevé que le chiffre de leurs victimes. Et espérer que le pouvoir se soit sincèrement converti à cette conviction que la lutte antiterroriste constitue la vraie réponse de l’État au terrorisme.
Cela constitue tout de même une véritable révolution dans le discours officiel qui, depuis des années, n’a de cesse de célébrer la réconciliation nationale, d’attribuer une accalmie, même partielle, aux seuls effets de la lutte antiterroriste. Il y a, déjà, comme une contradiction dans le fait de noter le calme relatif du mois de Ramadhan 2008 alors que nous sommes supposés baigner dans “la paix revenue” depuis que le miracle de “la réconciliation nationale” fut.
L’inconséquence politique est allègrement adoptée par un régime qui veut se succéder à lui-même. Prenant le contre-pied de sa propre politique, dont il avoue lui-même l’échec pour certains de ses aspects, il prône l’antithèse de sa démarche sans transition et sans même justifier cette subite conversion doctrinale. Une manière de réalisation “la conciliation des contraires”, comme l’écrivait Marcuse ! Après la loi, controversée puis révisée, sur les hydrocarbures, voici revenu le temps de l’État majoritaire dans les joint-ventures ! Après le démantèlement des “Galeries algériennes”, voici revenu le temps d’un autre commerce étatique de détail !...
Réconciliation et éradication s’associent ou alternent selon les circonstances. à l’ouverture débridée, succède le patriotisme économique. Sans jamais de bilans. Que des perspectives, perpétuellement renouvelées.
Les dommages sont passés sous silence. Et seront enterrés avec les entreprises et les banques dissoutes, les chiffres corrigés et les lois abrogées. L’échec, manifeste, n’a ainsi pas de conséquence politique. Évidemment, puisque le pouvoir fera autrement et mieux la prochaine fois.
L’enjeu n’étant pas de faire évoluer le pays mais de stabiliser le sérail, l’on a inventé une forme d’alternance maison : changer de doctrine politique sans changer de personnel. C’est commode pour un personnel qui n’a d’autre dogme que celui de rester, et nous avons de quoi en payer le prix.
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