Mostaganem - Théâtre


Festival du théâtre amateur de Mostaganem, Une parodie de la déchéance de l’empire



C’est un spectacle accompli auquel nous auront convié les Batnéens de l’association Afak. En interprétant de manière magistrale Le retour d’Houlagou, ces comédiens talentueux auront parfaitement réussi à combler l’insatiable public de la salle Bleue.

Ecrite dans un style populaire alerte, truffée de répliques aussi incisives que subtiles, la pièce se laisse voir et entendre avec engouement. Parfaitement servie par des acteurs chevronnés qu’une troupe professionnelle ne renierait point, enveloppée dans une écriture sans fioriture ni circonvolution, l’œuvre d’El Kacimi sera subtilement transformée en une truculente parodie de la chute de Baghdad au milieu du XIIIe siècle. La mise en scène de Lotfi Sebaâ aura avantageusement transformé ce texte en une savoureuse suite de tableaux où la dérision est omniprésente. S’appuyant sur un décor et des costumes dignes du meilleur Walt Disney, le metteur en scène fera appel à une distribution de qualité. Dans le rôle du calife, Mohamed Tahar Zaoui sera époustouflant de justesse. Le vizir traître est parfaitement campé par Abdelkader M’hamlia. De son côté, Mahieddine Bouzid, dans le rôle de Houlagou, fera sensation. Les couleurs chatoyantes des costumes et des décors ajouteront à la pièce ce supplément de gaieté qui accentuera les effets d’une critique acerbe, mais bien enrobée de la décadence du califat de Baghdad qui annoncera l’irréparable déchéance. Dirigé par un calife analphabète et simplet, entouré d’un chef des armées totalement incompétent et inutilement râleur, conseillé par un ministre renégat à la solde de l’ennemi mongol, l’empire arabo-musulman recelait en lui tous les ingrédients qui participent de la colonisabilité, ce concept si cher à Malek Bennabi. Une situation qui perdure depuis plus de huit siècles. La capitulation finale, qui intervient au bout de plusieurs séries d’échange de lettres entre un Houlagou menaçant et conscient de sa force et un calife incompétent et égoïste, fut un pur instant de bonheur que seul un travail d’écriture parfaitement exécuté peut offrir. Assurément, le retour d’ Afak sur le devant de la scène lors de cette 39e édition du Festival du théâtre amateur constitue un réel moment d’émerveillement. Le comble de la dérision intervient au moment où Houlagou impose au calife de lui verser une rançon moyennant son retour… chez lui ! Rien que ça ! Sur un autre registre, il y a cet acteur tout en noir, dont on ne voit même pas le visage et qui est chargé d’exhiber devant le calife une marionnette en forme de femme. Une parfaite esquive pour symboliser à la fois le pouvoir occulte et ses effets dévastateurs sur les gouvernants. Toute similitude avec la situation actuelle dans le monde arabe ne serait que pure affabulation. Un seul reproche, qui ne concerne pas uniquement la troupe Afak, c’est l’absence d’alternative. Pourtant lorsqu’un peuple parodie ses propres malheurs, c’est déjà un signe encourageant. Et c’est toujours bon à prendre.

 






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