Alger - Revue de Presse


EL-BAYADH Si Allal, figure du mouvement réformiste, n'est plus

Usé par le poids des ans et des séquelles d'une longue maladie, Si Hadj Ali Hamitou, dit Si Allal, s'est éteint jeudi dernier à Alger à l'âge de 101 ans. Il a été inhumé le jour suivant dans le cimetière d'El-Bayadh, sa ville natale, en présence de très hautes personnalités politiques du pays et d'une foule nombreuse, venues lui rendre un ultime et vibrant hommage. Puissant comme un chêne et solide tel un roseau qui plie et ne rompt jamais, il a été tout au long de sa vie un personnage charismatique et l'une des grandes figures historiques du mouvement national réformiste des années trente dans la région des hauts-plateaux.  Dès son jeune âge, il côtoya les érudits et suivait d'une oreille attentive les réunions tenues par les personnalités politiques du début du 20e siècle qui visitaient timidement et discrètement la région en semant la graine qui allait provoquer le soulèvement du peuple algérien face à l'ordre colonial établi.  Très remarqué pour son dévouement à la juste et noble cause du peuple algérien, il a été désigné comme trésorier de la célèbre «culturelle musulmane» d'El-Bayadh en 1932, une première ascension dans la voie politique, ce qui changea le cours de son destin. Il intégra ensuite le mouvement national réformiste d'entre les deux grandes guerres mondiales. Il eut le privilège et l'honneur d'accueillir Cheikh Abdelhamid Ibn Badis en 1933, en tournée à El-Bayadh, et de l'accompagner dans ses meetings dans cette ville.  L'infatigable Si Allal se rendit également à Tlemcen en 1936, en compagnie des membres du mouvement national réformiste local à Tlemcen, avec les moyens de transport aléatoires, pour assister à l'inauguration de la médersa «Dar El-Hadith», ce qui lui valut d'être mis à l'index par l'administrateur militaire de l'annexe de Geryville, lequel le chargea de tous les maux.  Si Allal récidiva et défia l'autorité coloniale une seconde fois en créant dans son domicile familial la première médersa en 1944 à El-Bayadh, ce qui lui attira les foudres de l'administrateur qui l'accusa d'atteinte à l'ordre public et de rébellion à l'autorité militaire coloniale. Il fut alors condamné d'une manière arbitraire et expéditive à purger une peine de 6 mois de prison ferme dans les geôles coloniales.  Les harcèlements et l'intimidation ne tardèrent pas à l'acculer et l'autorité militaire coloniale lui fit subir les pires humiliations, comme nous l'a expliqué l'un de ses rares compagnons, en 1945, lors de la période de famine qui s'en suivit. Il était, à titre de gros commerçant, chargé de ravitailler la région des ksour en produits alimentaires de base. Militant impénitent et irréductible de la cause nationale depuis ses 26 printemps accomplis, et sur recommandation des cercles dirigeants de l'époque (Cheikh Larbi Tébessi, Cheikh Bachir Ibrahimi, Cheikh Kheïreddine et Cheikh Houceïni), il s'installa dans la capitale tout en continuant à assurer avec persévérance sa mission de ravitaillement en denrées alimentaires aux plus démunis, ces laissés-pour-compte. Il s'intégra sans difficulté dans de nombreuses associations culturelles et religieuses, terreau du déclenchement de la lutte armée de Novembre 1954, période durant laquelle il fut chargé de plusieurs missions de ravitaillement de produits de large consommation et de pataugas pour les djounoud à travers tout l'Algérois, et ceci dès 1956, ce qui lui valut une mesure de fermeture administrative de son fonds de commerce. En effet, dans une correspondance datée du 21/09/57 et adressée par le général Gopard, commandant de la tristement célèbre 10e DP d'Alger-Sahel, au préfet d'Alger, une note classée top-secret accusait Si Allal d'approvisionner les «rebelles». Aussitôt, il fut dirigé discrètement et rapidement vers le Maroc pour poursuivre sa même mission auprès des combattants de la liberté, jusqu'à l'indépendance du pays. Homme sage et pieux, d'une probité exemplaire et à toute épreuve, il rejeta tous les privilèges accordés aux vieux routiers de la guerre de libération et se consacra à ses activités commerciales.  Toujours le coeur sur la main, il opta pour le restant de sa vie aux oeuvres caritatives et de bienfaisance en participant à la construction de lieux de culte avec ses propres fonds et en accordant sans retenue aide et assistance aux plus défavorisés et aux grands malades.  Cet illustre personnage est issu d'une grande et noble famille d'El-Bayadh qui a payé un lourd tribut durant la guerre de libération en vies humaines et en biens. Une famille dont la maison était un sanctuaire pour les djounoud et le quartier général des fidaïs, en un mot un haut lieu de l'histoire de la lutte armée dans la région des Laghouat-Kal.




Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)