Algérie - Revue de Presse


Ecrivain, levez-vous !

Les grands procès défraient la chronique. Au-delà de leurs péripéties, parfois succulentes, nous avons retenu cette sortie d?un avocat enrôlé dans l?affaire de la BCIA et qui, pour récuser un expert, l?a tout simplement traité de « romancier » ! Il voulait sans doute dire par là que l?expertise controversée était fantaisiste, ou extravagante, ou faussée. Mais l?effet de manche était assez fort pour dépasser le cadre du prétoire et susciter la réflexion. Nous n?irons pas jusqu?à suspecter ce défenseur de mépris. Mais on aurait pu attendre de sa part à plus de réserve et même de solidarité à l?égard des écrivains, sa propre profession reposant autant sur la force des arguments que la beauté de la parole. Les grands avocats se sont d?ailleurs tous illustrés par leur solide formation littéraire et leur maîtrise de la rhétorique. Apulée, considéré comme le premier romancier de l?humanité, fut un des plus brillants avocats de l?Antiquité. Accusé lui-même dans un procès, il assura sa défense et rédigea l?Apologia, qui reste, à ce jour, l?unique référence de plaidoyer de tout l?Empire romain. Né à Madaure, soit M?darouach (W. de Souk Ahras), ce génie est donc le premier avocat algérien connu. Sans être experts, sinon de l?humain, tant d?écrivains ont si parfaitement exprimé la quintessence de leurs sociétés qu?il est impossible de bien comprendre ces dernières sans se référer à leurs écrits. Les exemples sont légion. Certainement pris par l?ardeur à défendre son client, notre avocat a donné à penser que les écrivains sont des dilettantes, sinon des zozos, ignorant les notions d?effort et de sérieux. Or, rien n?est peut-être plus difficile que d?accoucher d?un texte où l?on doit être à la fois accusé, juge, procureur, avocat et greffier de soi-même. Et puisque le procès précité concerne une banque, cette anecdote : ayant assuré la communication d?un établissement bancaire (respectable), j?avais rencontré un jour le préposé aux entrées du Mougar, alors retraité. Me connaissant en tant que journaliste culturel, il se montra étonné de mon nouvel emploi. « Ainsi, me dit-il, te voilà dans un pluriel bien singulier. » Je ne compris pas avant qu?il ne poursuive : « Eh bien oui, tu es passé de l?écriture aux écritures ! » Le jeu de mots, digne d?un académicien, m?a appris, entre autres leçons de la vie, qu?il ne faut considérer aucun métier de haut. Pas plus celui des préposés de salles que celui des écrivains, en passant, bien sûr, par celui d?avocat.




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