Algérie - Cheikh Hadj Larbi Bensari


Cheikh Larbi Bensari, un magnifique archet haut brandi



Au moment où Tlemcen s’apprête à devenir la capitale emblématique du monde musulman, je ne peux m’empêcher, en ce 1er janvier 2011, d’ouvrir la danse, anticipant en cela sur les deux inaugurations prévues par la ministre de la Culture… Une danse cosmique, cela s’entend, en hommage au grand maître Jallâl Ud Dîne Rumî et en souvenir de cheikh Sidi Mohammed Belkaïd. Sans pour autant oublier mon ami Hadj Abdelkrim Hadj Eddine Sari-Ali qui, en me présentant au saint homme, m’a permis d’apprendre qu’il n'y avait aucune dichotomie entre raison et intuition, les deux étant considérées comme primordiales au développement personnel. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pieuse pensée pour cheikh Larbi Bensari, décédé à l’âge de 104 ans, le 25 décembre 1964, et également pour mon ami le regretté Djelloul Benkhalfate, ancien président de la société musicale Gharnata de Tlemcen. Le désert n’est pas seulement dans l’espace, il est également dans le temps, m’avait-il confié un jour. La longue traversée des siècles — ce désert — ne fut pas épargnée à ceux qui transportaient, au Tlemcen d’aujourd’hui, le message musical andalou, arrivé de Cordoue en 1236. Ce voyage de sept siècles et demi fut entrepris comme une course de relais par des hommes admirables qui, comme cheikh Larbi Bensari, recevant le mobile, en l’occurrence la musique andalouse, d’un maître, préparaient des jeunes disciples qui, à leur tour, continuaient la ronde du temps, le cycle commencé au XIIIe siècle.
Ces messagers du passé ont réussi à arracher au brouillard du temps infini un des plus beaux fleurons de notre culture. Il faut les compter parmi les bâtisseurs de notre personnalité, de notre entité nationale, estime Koceïl Amazigh. Et cheikh Larbi Bensari était justement de la trempe de ceux qui avaient joué un rôle inestimable dans le maintien des traditions musicales algériennes. Ahmed Triqui rapporte, dans la revue Novembre, que c’est dans l’ambiance particulièrement colorée par la magie des babouchiers et des tisserands que la personnalité artistique du jeune Larbi va se forger et attirer vite l’attention de grands maîtres de l’époque, parmi lesquels cheikh Menouer, le vieux Makchiche, disciple de hadj Hammadi Baghdadli, disparu une trentaine d’années auparavant avec, selon les estimations de Mustapha Aboura, la moitié du répertoire. Il sera vite pris en charge pour être initié aux arcanes de la musique classique : “Sous la direction attentive de connaisseurs, nombreux à l’époque, autant que censeurs avertis et sévères et qui ne font grâce d’aucun faux pas, il réunira tous les suffrages. Sa maîtrise et son talent feront très vite de lui un chef d’orchestre incontestable”. À ce titre, et en 1900, il représentera l’Algérie à l’occasion de l’exposition universelle de Paris. C’est fort de cette expérience qu’il décidera, à son retour, d’abandonner la coiffure pour se consacrer à un art qu’il incarnera désormais jusqu’à sa mort, souligne la même source : “Si Ghaouti Bouali et Si Mustapha Aboura, en particulier, ne ménageront aucun effort pour faire de lui ce qu’il est devenu depuis. C’est-à-dire, le maître incontestable à qui Tlemcen doit l’unité de son répertoire”. L’occasion de reprendre son archet hors de ses bases le mènera dans plusieurs pays (Maroc, Tunisie, Libye, Égypte, Soudan, Turquie), sans oublier le concert qu’il donnera, en 1914, au théâtre de la Madeleine à Paris et celui qu’il animera, à l’occasion de l’inauguration de la Grande Mosquée de la capitale française, à l’invitation de Kaddour Benghabrit. Cheikh Larbi Bensari représentera, en 1932, l’Algérie au Congrès de musique arabe au Caire, où le brio de l'ensemble de l’ancienne capitale des Zianides forcera l’admiration de la grande cantatrice Oum Kaltoum et du baron Rodolph d’Erlanger. Comme les poètes-tisserands Ibn M’Saïeb et Bensahla, comme ses maîtres et comme ses nombreux disciples disparus avant lui, cheikh Larbi Bensari est né, insiste Ahmed Triqui, parmi les humbles. Comme eux, il a connu la célébrité et une fin pénible… Il était peut-être le dernier anneau de la longue chaîne de maîtres ayant veillé à la préservation du patrimoine musical classique algérien et permis à l’édifice d’échapper en partie au naufrage.

A. M.





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