Algérie - Revue de Presse


Carnage à huis clos

L?offensive américaine contre Falloujah est un carnage à huis clos qui ne suscite ni indignation ni condamnation de la communauté internationale.Voilà une ville qui, après une longue période de bombardements meutriers, est soumise à un assaut final dont peu d?Irakiens sortiront indemnes. Les morts de Falloujah s?ajoutent en fait à tous ceux qui tombent quotidiennement dans les autres villes irakiennes. Il y a ceux qui sont tués par les Américains et les autres forces armées étrangères, mais aussi d?autres qui sont assassinés par des Irakiens comme eux dans des embuscades ou des attentats, particulièrement sanglants, à l?explosif. Cette tragédie est devenue un fait banal qui ne hérisse que peu les bonnes consciences, habituées à se calfeutrer dans le confort d?un humanisme plus proclamé qu?assumé. Ainsi, le président George W. Bush, qui justifie son action militaire contre l?Irak par sa volonté d?y conforter la démocratie, est-il de plus en plus dans la situation du médecin qui prescrit à son patient un traitement qui le tue. Aucun Irakien n?aspirait à subir cette descente aux enfers qu?est la vie quotidienne dans un pays où il est insensé de prévoir que demain sera un autre jour. L?hécatombe de Falloujah illustre, elle, la profondeur abyssale des incertitudes du lendemain qui pèsent sur un peuple irakien exsangue. Seul le Premier ministre provisoire installé par les occupants se raccroche à la mutation qu?introduiraient les élections prévues en janvier prochain. Le problème est que ce vote pourrait se dérouler dans un décor de décombres puisque les Américains se font fort d?apporter à l?Irak la paix des cimetières. Il ne faut pas s?attendre, en effet, à ce que l?Administration Bush décrète le cessez-le-feu unilatéral. Paraphrasant le général Custer, ceux qui bombardent les villes et pilonnent les maisons où sont célébrés des mariages pourraient alors dire, sans que cela choque les bonnes âmes, que « les seuls bons Irakiens sont les Irakiens morts ». Dans une démocratie bâtie sur les ruines, le prochain pouvoir irakien s?expose à gouverner un pays fantôme.
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