Bouira, Tahar Ould Amar (auteur), Bururu, un roman d’aventures captivant



En tamazight, Bururu veut dire hibou. Ce rapace nocturne est un terrible prédateur pour les petites proies ; son cri rauque (le hibou hulule) doit glacer le sang des petits oiseaux perchés sur les branches des arbres.
Mais si le mot bururu qui sert de titre au livre du jeune écrivain de langue amazigh, Tahar Ould Amar, ne parle pas suffisamment à l’esprit du lecteur, l’illustration est là pour l’aider à comprendre. En effet, la maquette du livre représente un grand hibou dominant de la tête et des ailes une cité moderne. Pour le jeune auteur qui signe là son premier roman aux éditions Azur, la symbolique attachée à ce nom d’oiseau que personne ne songerait à mettre dans une cage pour élever est claire comme l’eau de roche : elle renvoie aux groupes de terroristes qui ne sortent que la nuit pour commettre leurs actes odieux. En proie à un profond malaise existentiel, Moh, ce jeune étudiant qui croit avoir trouvé un sens à sa vie en aimant de toute la fougue dont sa jeunesse était capable une fille prénommée Dounia, va voler de désappointement en désappointement qui le conduiront d’Alger en Espagne, en passant par le Maroc et d’Italie en France avant d’atterrir brutalement à Alger. Rêve merveilleux ? Cauchemar plutôt. Car depuis qu’il a quitté l’Algérie en transitant par le Maroc, les groupes islamistes ne l’ont jamais perdu de vue : leurs lettres de recommandations, qu’ils lui remettaient à chaque escale, le faisaient graviter toujours autour de la nébuleuse islamiste. En Italie, il fait de la prison et en France, il n’y a échappé que grâce à un commissaire pied-noir qui le prend tout de suite en pitié, le considérant en victime. « Prenez soin de notre pays ! Il ne mérite pas le mal que vous lui faites subir. » (en français dans le texte). Et le commissaire le met dans l’avion comme un colis. A Alger, sur laquelle il ouvre un regard neuf, Dounia est loin, mais les terroristes n’ont jamais été aussi près. Proie facile, proie docile, il finit à Zbarbar où il découvre l’horreur du maquis. Mais là où l’amour de Dounia échoue, celui de Dalila, une fille enlevée à Boumerdès et qui devient la femme de l’émir, le sauve. Avec le jeune Mourad, un orphelin comme lui, victime également du discours idéologique, il mettra au point un plan astucieux qui lui permet de se débarrasser de l’émir et de retrouver le chemin de la liberté avec ses deux amis Dalila et Mourad. Ouf ! quel soulagement, mais surtout quelle odyssée ! On en sort épuisé mais quel plaisir de se laisser ballotter par le mouvement de ce récit captivant ! Parlant du héros de son roman, Ould Amar affirme qu’il est un peu comme le Marsault de l’Etranger, d’Albert Camus. En proie à l’absurdité de la vie, Moh ne trouve que peu d’aspérités pour s’accrocher. Mais par l’accumulation des péripéties (à ce propos la belle lettre adressée en français à Moh par une Algérienne vivant en France est à elle seule une nouvelle), c’est avec le fameux roman Histoire de Gil Blas de Santillane d’Alain René Lesage que le roman présente le plus de ressemblance. En tout cas, voilà un beau roman de 126 pages où l’on peut goûter au plaisir d’aventures inédites et où les sensations fortes ne sont jamais loin.


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