"Bel avenir" a un grand futur



Akli Tadjer est insaisissable. Inutile de chercher à lui coller une étiquette. Difficile de le cerner. L’inventeur des Arabes non identifiés (ANI, il y a 20 ans déjà) est assez atypique, un Ovni dans la littérature. Il est un thermomètre social des plus talentueux, justes. Akli se moque des styles et des modes.


Votre titre, Bel Avenir, est très ironique. Plus la cité est pourrie, plus elle porte un joli nom. Mantes-la-Jolie, Val-Fourré, Bel Avenir. Que faut-il y voir ?

Du foutage de gueule. Tant qu’à prendre les gens pour des imbéciles autant y aller à fond... La Reine Blanche, Les Charmilles, Bel Air, Les Sentes Dorées. On pourrai enten citer des caisses.

Dans vos livres, deux personnages reviennent souvent, un Français d’origine algérienne et un Gewer, Gaulois de souche, ou presque. Ils sont très amis, très proches et très éloignés à la fois. Quelle peut être la nature de leur relation ?

Que l’on soit d’origine algérienne, polonaise ou d’origine indéterminée, ce qui fait la force des relations entre ces populations ce sont les épreuves qu’elles endurent ensemble. Trêve de généralités abstraites. Revenons-en au roman. Omar, le narrateur, est un utopiste-réaliste. Il pense que tout n’est pas perdu, qu’il reste encore un brin d’humanité dans l’homme, il croit même que l’impossible est toujours possible. Tandis qu’Oskar, son ami et alter ego, a fait son deuil de tout ce blabla. Il profite de la vie, là, tout de suite, à fond. Son but avoué : s’attabler au banquet des crapules qui nous gouvernent.

Un jour, accepterait-on les « jeunes issus de l’immigration », à la 4e génération, comme Français tout simplement ?

Si ça ne s’est pas fait à la deuxième génération, il n’y a rien à espérer avant la septième. Je sais, j’ai toujours tendance à noircir le tableau. Mais comme chacun le sait, un pessimiste est un optimiste qui a de l’expérience.

Omar, le personnage principal, est complètement paumé. Journaliste par accident, il est un concentré de paradoxes, une ambition. Est-il possible de quitter sa banlieue par la grande porte ?

Omar n’est pas paumé. C’est même l’archétype du héros moderne. Un looser qui gagne sur tous les tableaux à la fin. L’amour, une certaine gloire, et on finit même par le trouver beau. C’est pas de la belle aventure, ça ! Quant à quitter sa banlieue, tout dépend de laquelle. Du côté de Neuilly, les portes sont à double battants. Du côté des quartiers Nord, on a construit sans porte. Même pas d’issue de secours. Reste plus qu’à sauter par la fenêtre pour s’en sortir ou l’ascenseur social mais il est souvent en panne et le service de maintenance aux abonnés absents.

Votre humour est décapant, corrosif. Est-ce une manière, sinon la meilleure méthode, pour parler des choses tristes car les thèmes que vous traitez ne sont pas très légers... ?

Je suis toujours embarrassé de répondre à cette question parce que c’est ma nature qui transpire à travers mon écriture. Je crois que j’ai mauvais esprit. C’est pour ça que je suis abrasif et drôle parfois, enfin je l’espère.

A quand un roman qui se passera en Algérie, à El Kseur, votre ville d’origine ?

Ah ! El Kseur... Cette ville vaut mieux qu’un roman... Elle mérite au moins une saga. Mais aurais-je le talent, le courage et la patience de m’y atteler ?






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