Aux origines de l'amitié Algéro-Chinoise Des Fellagas à Pekin Par le Commandant Azzedine



Aux origines de l'amitié Algéro-Chinoise Des Fellagas à Pekin Par le Commandant Azzedine


Souvent, lorsque je traverse Alger, je suis attiré par les grands chantiers aux palissades frappées des noms d'entreprises en caractère chinois. Ces fourmilières industrieuses et affairées, toutes à leur besogne, ne manquent jamais de réveiller dans mon esprit le souvenir ici gravé dans ma mémoire de mon voyage en Chine avec la délégation militaire de l'ALN conduite par mon frère de combat et ami le Commandant Omar Oussedik, alors secrétaire d'Etat à la guerre du GPRA.

Les lignes qui vont suivre et qui retracent dans le détail notre mission historique dans ce fabuleux pays, rapportent une conversation échangée avec Si Omar, notre chef de mission, au début des années 80. Enregistrée, décryptée et transcrite, il y a de cela plus de 35 ans.

En ce printemps de l'année 1959, se crayonnait l'échéance encore floue, des premières négociations entre le FLN et le gouvernement français, qui allait avoir lieu en juin à Melun non loin de Paris. Un terme aux contours mal définis, comme une ébauche grossière d'une œuvre à façonner, c'est à cette période que je découvrais la Chine... Géant qui s'éveillait sous les yeux d'un monde éberlué de tant de puissance contenue.

Le GPRA, avait décidé de l'envoi de la 1ère délégation militaire en République populaire de Chine. Le pays-continent de Mao Zedong, Mao Tsé Toung, selon l'ancienne orthographie.
La mission que nous avions accomplie nous a profondément marquées. Elle nous a permis de découvrir un univers nouveau pour nous. Un monde qui pesait d’un poids certain dans les affaires internationales. Un pays en mouvement qui contestait l’ordre établi.

Un ordre où la division était nette entre les Etats exploiteurs et les nations prolétaires que Frantz Fanon appelait «les damnés de la terre».

Cette mission nous l’avons effectuée quelques mois après la proclamation du GPRA et tout juste un mois après que Omar Oussedik et moi-même avions gagné l’extérieur.

Le GPRA était alors reconnu par 4 pays

Tous membres de la communauté socialiste mondiale au sein de laquelle l’URSS. jouait encore un rôle de premier plan, un leadership à l’époque indiscuté. Il s’agissait de la Mongolie extérieure, de la Chine Populaire,
du Vietnam et de la Corée du Nord.

Lorsque nous avons été désignés pour nous rendre en Chine et au Vietnam, les objectifs définis étaient précis et limités. Le GPRA désirait obtenir de la Chine, une aide matérielle en armes, une aide financière du ravitaillement pour les réfugiés, mais aussi une aide politique, car il faut reconnaitre que l'engagement des pays socialistes européens à l’égard de notre révolution était empreint de certaines réserves.

Dirigée par le commandant Omar Oussedik Secrétaire d’état à la guerre, la délégation comptait 11 membres dont 5 du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) :
le commandant Omar Oussedik, le colonel Si Sadek, le commandant Kaïd Ahmed, le commandant Kaci et moi-même.
D’un commun accord et sans consulter le GPRA la délégation s’était fixée de nouveaux objectifs. Les délégués membres du CNRA avaient décidé de rechercher un éclaircissement des relations FLN-PCF.
Ce dernier avait certes eu des rencontres avec des délégations du front, mais les accords décidés n’étaient exécutoires qu’après l’approbation de son Bureau politique (BP).
Or jusqu’alors aucun accord n’avait été mis en application.

Au plan militaire il s'agissait d’obtenir la livraison d’armes à la frontière Ouest de notre Pays et de rechercher la possibilité de débarquer des armes dans la presqu’île de Collo par sous-marin via l’Albanie où l’URSS disposait des bases. Nous avions donc exprimé le souhait de rencontrer une délégation du PCF munie du pouvoir de son BP. Il était de tradition que le PCF assiste aux manifestations organisées par la Chine à l’occasion de la fête nationale et du 1er Mai. Nous étions alors, à la veille de la fête internationale du travail. A la demande du maréchal Chèn Yi, vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères de la République Populaire de Chine, nous avons prolongé notre séjour, afin de donner le temps matériel à une délégation responsable du PCF de nous rejoindre à Pékin.

Nous avions donc élargi le mandat qui nous avait été fixé. Nous n’éprouvions aucune inquiétude à le faire, convaincus d’être approuvés. Il est vrai que certains membres du GPRA craignaient de voir la révolution algérienne accusée d’être au service du communisme, d’apparaître comme une force d’appoint au mouvement international, et ainsi d’être partie prenante, non seulement au plan politique, mais aussi au plan idéologique dans la guerre froide qui sévissait alors. Les anciennes colonies d’Occident étaient presque toutes dirigées par des bourgeoisies compradores, étroitement liées à l’impérialisme. Certaines d’entre elles avaient même adhéré à des pactes militaires anticommunistes. Par ailleurs, même les promoteurs de la conférence de Bandoeng entendaient affirmer une stricte neutralité vis-à-vis de Moscou et de Washington, en sacrifiant parfois la cause des mouvements d’émancipation.

Le GPRA n’était pas reconnu par tous les états participants à la conférence et ces derniers refusaient de soutenir le combat du peuple vietnamien, quand ils ne soutenaient pas directement les Etats-Unis dans leur guerre d’agression en Indochine.

Notre ami M’hamed Yazid avait été chargé par le FLN de prendre contact avec des membres du gouvernement français pour une solution négociée, ainsi qu’avec des délégués du PCF
Il y a lieu de rappeler qu’avant le déclenchement de la lutte armée, M’hamed Yazid avait effectué une mission de prospection en Yougoslavie afin de former des chefs de guérilla en particulier au plan militaire. Belgrade avait accueilli avec réserve cette démarche. Elle ne connaissait pas le nationalisme algérien et craignait une manœuvre de provocation susceptible de nuire à ses relations avec l’Occident. Cependant cette mission aura plus tard des effets bénéfiques. En effet, la Yougoslavie consultée de nouveau pour une formation militaire, se souviendra et appréciera la confiance dont elle jouissait auprès des Algériens. Elle nous accordera une aide conséquente tant par solidarité internationaliste que pour appuyer le nationalisme arabe animé par Nasser, ce dernier se trouvait alors dans une phase ascendante. Avant de quitter le Caire, nous avions discuté longuement de ces questions avec M’hamed Yazid.

En demandant le parrainage du parti communiste chinois à une nouvelle réunion, nous sortions du tête-à-tête en introduisant un partenaire qui avait un poids considérable dans le monde, en raison de la victoire qu’il avait remportée sur l’impérialisme en libérant 700 millions de Chinois. Mais le PCF n’a pas voulu d’une réunion à laquelle assisteraient les Chinois et par conséquent a refusé d’envoyer une délégation de haut niveau.

Pour les Chinois, notre démarche constituera un élément de poids dans leur appréciation du FLN. Elle écartera totalement et radicalement les accusations d’anticommuniste qu’avait lancées le PCF contre le FLN. Les Chinois écarteront ces accusations, d’autant mieux que notre délégation avait appris à la suite de confidences faites au maquis par Abdelkader Babou à Si Omar Oussedik, que les propositions avancées par le FLN, en 1954 au PCA avaient déjà été suggérées par Mao Zedong, au parti communiste algérien en 1952, lors de la visite d’une délégation de ce parti dirigée par Babou en Chine. Des propositions en tout point conformes à ce que nous avions offert au PCA avant le déclenchement de la lutte armée, à savoir la dissolution du parti, et l’entrée de tous ses militants au sein du MTLD-PPA pour une plus grande mobilisation des masses populaires en vue de préparer la guerre de libération nationale. Dans l’optique de Mao, les militants communistes devaient, en raison de leur doctrine et de leur idéologie, jouer un rôle de direction. Nous n’avions naturellement pas manqué de rappeler ces suggestions, lorsque Mao nous avait fait l’honneur de nous recevoir.

Par ailleurs, nous voulions que le PCF définisse clairement sa position face à une lutte de Libération nationale contre laquelle son pays mobilisait les citoyens français. Nous attendions de lui, une plus grande fidélité aux principes de Lénine. Que le PCF
ait refusé de nous rencontrer, avait beaucoup déplu aux dirigeants chinois. Il apparaissait clairement à travers notre démarche qu’un mouvement national à prédominante nationaliste faisait plus confiance au parti communiste chinois que le parti communiste français qui, à l’époque, était le premier parti communiste européen. Ceci a contribué à un engagement plus effectif de la Chine à l’égard de la Révolution algérienne.

Et c’est pourquoi, en nous recevant les Chinois ont eu la conviction que les accusations de compromission du FLN avec l’impérialisme mondial en cas de victoire n’étaient pas fondées. Tout comme, ils étaient convaincus que sur le plan social, la révolution algérienne envisageait de profonds bouleversements d’une part, et que d’autre part sur le plan international, elle se situait dans le mouvement révolutionnaire mondial.
Il y avait un deuxième point pour lequel nous n’avions pas été mandatés et sur lequel nous nous étions prononcés. C’était le problème de l’appartenance de l’Algérie à l’OTAN.

La France avait intégré le territoire algérien et de ce fait aux territoires couvert par l’OTAN

A Pékin, la délégation militaire algérienne, la 1ère à le faire au nom du FLN, de l’ALN et du GPRA, a déclaré que l’Algérie n’était pas concernée par les engagements pris par la France en son nom et qu’il n’était pas question pour l’Algérie indépendante de se retrouver dans une alliance impérialiste qui fournissait
à Paris, des moyens énormes pour sa guerre colonialiste. Ceci a fortement conforté les Chinois. Après la dénonciation de l’OTAN
et en fonction de la perception étrangère de la révolution algérienne, nous avions expliqué et fait comprendre aux Chinois, ce qu’était réellement la lutte du peuple algérien, et ce,
à travers un fait apparemment mineur mais qui politiquement avait un poids certain.

L’Egypte se voulait le leader du monde arabe, elle se voulait l’unificatrice. Elle voulait imposer une unité de ce qu’elle appelait la Nation arabe avec une capitale, le Caire, un leader, Nasser. A l’époque la République Arabe Unie (RAU) qui comprenait la Syrie et l’Egypte, était engagé dans une lutte tous azimuts contre l’impérialisme et ce qu’elle appelait les régimes féodaux arabes.
Abdelkrim Kacem ayant renversé la monarchie hachémite en Irak, l’Egypte espérait son adhésion à la RAU. Mais Abdelkrim lié, à l’époque, au parti communiste irakien (PCI) s’y opposait. C’est alors que Nasser avait réagi par une campagne très violente contre le dirigeant irakien. De plus, le soutien qu’apportait le camp socialiste à Abdelkrim Kacem amènera Nasser, du moins pour un certain temps, à l’anticommunisme. Ce qui n’empêchait pas le dirigeant égyptien d’apporter son soutien au mouvement de libération national partout dans le monde et notamment en Afrique. Il était réellement non aligné, et menait un jeu de bascule assez difficile entre l’Est et l’Ouest.

C’est pendant cette période de tension entre l’Egypte et l’Irak, que nous nous trouvions à Pékin. Là, Omar Oussedik voulait remercier l’Ambassadeur de la RAU qui avait organisé en l’honneur de notre délégation une réception pour marquer l’intérêt qu’elle attachait à la révolution algérienne. A l’époque, nous n’avions pas de Mission à Pékin, représentant l’Algérie révolutionnaire. Plus tard, nous y ouvrirons une ambassade. C’est Mustapha Ferroukhi qui partira le premier, il mourra en cours de route en Sibérie dans un accident d’avion. Et c’est Kiouane qui ouvrira la première ambassade algérienne dans la capitale chinoise.

Au cours de la réception offerte en notre honneur, le chef de notre délégation a fait une déclaration précisant nos positions politiques sur la situation internationale. Nous avions inscrit notre combat d’émancipation dans le cadre du mouvement révolutionnaire mondial, et lancé un appel à ses deux composantes essentielles, le mouvement de libération national et le mouvement communiste mondial d’unifier leurs rangs dans la lutte contre l’impérialisme. Nous avions déclaré que la révolution algérienne a des liens historiques, des liens de civilisation et de culture, des liens de fraternité avec la RAU.

Tout comme nous avions des liens de compagnonnage dans le combat contre l’impérialisme avec la République populaire de Chine. Enfin, nous avions lancé un appel à nos frères d’Egypte et à nos camarades chinois leur demandant d’unifier leurs rangs, de transcender les divisions pour combattre l’ennemi commun, l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme.

Ce langage et cette position ont été vivement appréciés par les Chinois. D’autant plus qu’on sentait chez eux le désir de renouer avec l’Egypte sur d’autres base. Le désir d’écarter les questions épineuses qui existaient alors entre le mouvement communiste mondial et le mouvement de libération arabe.







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