Skikda - Cinéma


Au nom de ma fille, de Abderrezak Hellal, Dans le prolongement de la guerre de libération…

Abderrezak Hellal n’est pas seulement un réalisateur et un écrivain. C’est un spectacle. Un authentique spectacle et le regarder travailler reste un plaisir dont on ne peut se lasser. Entouré de son équipe et engouffré dans des bureaux fournaises au centre culturel Ali Tlilani de Skikda, l’homme est d’une sobriété ahurissante.

Loin des clichés stéréotypés qu’on se fait généralement des réalisateurs et de leur « tempérament colérique », Abderrezak, lui, reste cool. Sans chichi. Assis sur une chaise et dévorant le moniteur des yeux, il ressemblait à un capitaine voguant sur une mer calme. Dans la pièce à côté, des comédiens continuent dans une ambiance très familiale de tenter leurs essais. L’exiguïté des lieux permet au « chef » de communiquer avec son monde sans trop forcer sur les amygdales et la complicité aisément décelable entre les techniciens et les comédiens cimente parfaitement l’atmosphère. Abderrezak nous regarde d’un œil très distrait puis revient à son moniteur. « Fatah, il y a des traces sur le mur… », lance-t-il à l’intention d’un technicien. Seul un œil vif aurait pu deviner ce détail à travers un moniteur de moins de 33 cm. « Allez, on continue les répétitions. » Les comédiens s’exécutent. On répète encore et encore la scène qui sera encore revue et revue lors du tournage. Une scène de moins de deux minutes finalisée après près d’une demi-heure. Il fallait huit prises pour qu’il daigne lâcher ses troupes. Ce n’est pas que les comédiens étaient mauvais, mais c’est Abderrezak qui est « perfectionniste ». Le moindre geste des comédiens, le moindre détail est étudié et revu pour donner le meilleur. Sans verser dans le paternalisme gratuit, Abderrezak se déplace des fois dans la pièce à côté pour orienter ses jeunes comédiens avec une nonchalance extraordinaire. A aucun moment il ne s’énerve et si un détail lui déplaît, il le dit avec les mots des poètes, presque en musique. D’ailleurs, il s’arrêtera à plusieurs reprises pour fredonner des airs de musique. Du Sinatra et même Min Ajlika ya watani, car il fallait préciser, Abderrezak ressemblait surtout à un enfant heureux. Et il l’était quelque part et c’est de cette réalité qu’il tire sa véritable force et tous ses rêves de cinéma. « C’est vous le journaliste, je sais… Je vous ai reconnu dès le premier regard… », nous déclare-t-il avant de relancer une invitation pour aller prendre l’air au jardin du centre. Une rencontre presque informelle. Là, Abderrezak respire sans jamais se défaire de sa bonhomie. « Cela fait plus d’un mois qu’on est à Skikda pour le tournage de deux téléfilms de 90 mn chacun et nous nous attelons à finir le tournage pour entamer le montage. » Pour éviter certainement toute déperdition journalistique, Abderrezak prend le stylo pour évoquer à travers un pitch son film en quelques lignes : « Ammi Smaïn, ancien maquisard, 66 ans, refuse de faire ses papiers par principe. Sa fille de 24 ans vient de terminer ses études en informatique. Elle est réduite au chômage ». Prise à son état brut, l’histoire risque de paraître plate. Erreur, à travers ses deux personnages, l’auteur tend à narrer, à sa façon, le quotidien de deux destins, de deux générations et d’une seule Algérie. Car, à travers le récit qu’il se permettra de divulguer, les péripéties de la vie de la fille se confondent avec celles d’une Algérie encore naissante avec ses hauts et aussi ou surtout ses bas. Est-ce là la symbolique, comme diraient les anciens avant-gardistes. Abderrezak est comme les poètes, qui n’expliquent pas leur muse. Ils ne font que la subir et la porter. C’est ce qu’il fait lui avec « au nom de ma fille » et il appartiendra à chacun de faire sa lecture au diapason de ses spécificités. En tout cas et à en prendre connaissance du casting des deux téléfilms, on ne risque que de belles surprises. Pour mener à bien ses voiles, le marin Abderezzak a fait appel à Ahmed Benaïssa, Sonia, Houda Habib, Hichem Mosbah, Athmane Bendaoud et beaucoup d’autres encore que nous ne pouvons citer. Le film est produit par Prauvicom pour le compte de la télévision algérienne et sera certainement projeté avant la fin de l’année. Alors bon vent, « le marin » ! Et bon spectacle aux téléspectateurs !







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