Alger - El Hachemi Guerrouabi


Alger, Un chantre du chaâbi s’en va



Depuis la matinée d’hier, une foule considérable est venue lui rendre un dernier hommage au palais de la culture où a été exposée sa dépouille avant d’être enterrée. Tôt la matinée, des personnalités, des artistes et des fans de feu Guerouabi étaient déjà sur les lieux, c’est-à-dire dès que l’information de son décès a été rendue publique.

Il y avait Boudjemaâ El Ankis, son compagnon de route qui a fondu en larmes en foulant le sol du palais de la culture, Abderrahmane El Koubi, Mohamed Lamari, Sid Ali Kouiret, Saïd Hilmi, Hamidou, Sid Ali Driss, neveu de Guerouabi, Nacer Eddine Chaouli et tant d’autres artistes visiblement attristés par la disparition d’un des leurs. El Koubi, dont la peine se lisait sur le visage, déclara: «Il a laissé derrière lui un vide qui ne sera jamais comblé». Même son de cloche chez Saïd Hilmi: «On ne peut avoir un deuxième Guerouabi, il restera inégalable».

Khalida Toumi, son directeur de cabinet, Lakhdar Benturki, Hamraoui Habib Chawki ont eux aussi tenu à marquer leur présence avant que le cortège ne prenne direction vers la dernière demeure du défunt. Au cimetière d’El Madania, un nombre impressionnant de personnes attendaient la dépouille d’El Hadj Guerouabi. L’ex-chef du gouvernement, secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, a tenu à présenter en personne ses condoléances au fils du maître, lequel, dans ces moments aussi douloureux, s’est quand même comporté en digne héritier de son père. A l’unanimité, tous les présents reconnaissaient, hier, l’immense talent d’El Hachemi Guerouabi qui, 50 ans durant, a émerveillé, par sa voix envoûtante, les admirateurs de la musique chaâbie.

Né en 1938 à El Madania (ex-Salembier), une année après que El Hadj M’hamed El Anka eut accompli le pèlerinage sur le bateau grec appelé Mendoza (c’est d’ailleurs le titre d’une chansonnette d’El Anka), Guerouabi se retrouva dès son jeune âge orphelin de père et de mère. C’est vers la fin des années 40 qu’il commença à «taquiner» le mondole dans son quartier non loin du quartier d’un autre maître dans le genre, El Badji, lui aussi décédé il y a quelque temps.

Petit à petit, en compagnie de Boudjemaâ El Ankis et Ammar Ezzahi, il se fraya un chemin dans le très restreint cercle des chanteurs du chaâbi de l’époque, à savoir El Anka, Ammar El Achab et Omar Mekraza, pour ne citer que ceux-là. D’ailleurs, avec Ezzahi et Boudjemaâ, ils ont accompagné El Anka, au début des années 60, dans sa fameuse chanson «El Hamdoulillah ma bqach istimar fi bledna». Il volera ensuite de ses propres ailes en interprétant des chansons qui le propulseront au-devant de la scène artistique. Sbayat zoudj, Djib rassek, Kaf mlamek, Allô-allô ont fait un tabac à l’époque tant leur interprétation sortait de l’ordinaire.

Par sa voix unique et incomparable Guerouabi a su, en un temps record, gagner l’admiration des jeunes de l’époque et même ceux d’aujourd’hui quand il a repris ces mêmes chansons en leur apportant, une fois de plus, sa touche personnelle qui fait toujours vibrer les mordus de ce genre de musique. Il faut écouter «Rouh allah issahal» pour se rendre compte de l’immense talent inégalable et jusqu’à présent inégalé de feu Guerouabi.

Ce dernier excella aussi, à partir de la fin des années 70 et jusqu’à sa mort, dans l’interprétation des qacidas, emboîtant ainsi le pas au cardinal El Hadj El Anka. Si ce dernier demeure le maître incontesté de «l’insiraf», il faut reconnaître, et c’est l’avis des connaisseurs du chaâbi, que Guerouabi brilla de mille feux dans le «bit ou syah» en chantant Dhouk ya kalbi, Ah ya oualfi, Saki baki et tant d’autres qacidas qui l’ont propulsé au rang de maître en la matière.

Le terrorisme l’a forcé à l’exil puisque Guerouabi est parti s’installer en France où il a retrouvé une seconde jeunesse en animant des concerts et des mariages comme il le faisait à Alger, ou plutôt El Bahdja comme il aimait tant appeler la capitale. Malgré la maladie, et à quelques mois de sa mort, El Hachemi, comme aiment à l’appeler ses proches, a eu un dernier rendez-vous avec son compagnon de toujours, le mondole, pour interpréter magistralement El Haraz, à la salle Ibn Khaldoun, devant une assistance ensorcelée tant par son courage que par sa voix que même la maladie n’a pu érailler.

Hier au cimetière tout comme au café Tlemçani, situé à la place des Martyrs, où il avait l’habitude de se rendre pour voir des amis, le ton est à la consternation. «C’est un être très cher que vient de perdre l’Algérie», soulignait l’un de ses amis. Comme pour dire «rah el ghali rah».

 






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