Alger - Cinéma


Abecedarius, Le cavalier, la plume, l’écran



L’Emir Abdelkader, ce cavalier inégalé, tarde à enfourcher son cheval à nouveau. Dans le cinéma algérien, cela s’entend. Depuis le retour de ses cendres de Damas en 1966, il y eut quelques manifestations pour célébrer sa stature de combattant pour la liberté, de poète et de soufi.


Il y eut également, en son honneur, la création d’une fondation qui, apparemment, reste beaucoup plus politique qu’autre chose. Celle-ci, il faut le dire, s’évertue à se faire présente à l’occasion de quelques visites officielles ! Le premier acteur de la modernité algérienne n’a cependant pas encore frayé son chemin vers le grand écran. Cette modernité qu’il avait décrochée en croisant le fer avec le colonisateur et en côtoyant la pensée moderne telle qu’elle se manifestait de son vivant dans le monde occidental et dans les mouvements de renaissance au Machrek. La version française du dernier roman de Waciny Laredj, Le livre de l’Emir, vient à point nommé pour établir une relation que nous espérons longue et fructueuse entre roman et cinéma en Algérie. En effet, il est question, dans notre presse et dans certains cercles, de l’adaptation cinématographique de ce même roman. Quand finira-t-on par comprendre que derrière une symphonie, une œuvre d’architecture, une sculpture harmonieuse, une œuvre picturale et autres formes d’expression artistique, il y a, avant tout, quelque chose d’écrit à la base, c’est-à-dire, quelque chose de pensé, de mûrement réfléchi ? En Algérie, une espèce de transgression de l’ordre des choses s’est installée. En effet, pour des raisons bien connues, le passage de l’oralité à l’image s’est opéré aux dépens de la graphie, de l’écrit. On pourrait même dire que l’Emir Abdelkader en a fait les frais d’une certaine manière. Quoi de plus naturel que d’attendre de voir sa vie gravée sur de la pellicule ? Hélas, rien n’a été fait dans ce domaine, comme si deux ou trois statues équestres étaient suffisantes pour le situer dans nos esprits et nos cœurs ! Personnage à facettes multiples, certes. La pluralité n’interdit tout de même pas d’opérer un choix judicieux. C’est ce que nous démontre Waciny Laredj dans son roman. Il ne s’est pas contenté d’évoquer le guerrier, ou le poète et le soufi rompu à son voyage mystique dans la pure tradition d’Ibn Arabi. Au contraire, il nous montre, grâce à une compilation documentaire minutieuse, romancée bien sûr, comment cet homme exceptionnel a su, avant la lettre, se lancer dans un dialogue de civilisations. Le roman de Waciny ouvre donc la voie. L’adaptation qui en sera faite peut entraîner un nouveau type de relation entre littérature et cinéma. Le roman, après tout, n’est-il pas comme le disait si bien Sainte-Beuve, « un vaste champ d’essai qui s’ouvre à toutes les formes de génie, à toutes les manières ? ». Poésies à caractère épique, peintures, sculptures, bandes dessinées, nouvelles, recherches historiques, essais politiques et sociologiques et autres approches ont déjà abordé la vie de l’Emir. Il reste beaucoup à faire dans ces disciplines. Mais c’est au tour du grand écran de prendre le relais. Abdelaziz Tolbi, le réalisateur de Noua, tiré d’une nouvelle de Tahar Ouettar, demeure un cinéaste sérieux et entreprenant, même s’il lui arrive de faire part de ses appréhensions quant à la concrétisation de ce grand projet. C’est une gageure de sa part, car il s’agit de réaliser un film de stature internationale ou pas. Il faut donc faire mouche d’autant que l’histoire du cinéma regorge de films qui continuent à faire leur chemin depuis près d’un siècle. Que l’on se rappelle tous ces classiques du cinéma universel qui ont restitué des identités égarées dans les brumes de l’histoire. Espérons que Tolbi parviendra à bénéficier de l’aide nécessaire de la part des instances politiques pour mener à bien sa tâche. Signalons enfin la superbe traduction réalisée par Marcel Bois en collaboration avec l’auteur. La poétique du roman est non seulement bien rendue, mais elle transcende, dans certains chapitres, le texte d’origine lui-même. N’est-ce pas que l’écrit reste à la base de tout ?





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