Alger - Revue de Presse


A l'approche des législatives L'effervescence des partis et la tiédeur de la rue



A moins de deux mois des législatives, la rue oranaise, au contraire de l'effervescence des états-majors politiques, se complait dans un certain mutisme doublé d'une indifférence affichée à l'adresse de l'évènement électoral. On est loin des premières heures d'un pluralisme partisan qui avait suscité un engouement populaire, sans précédent, et qui avait vu, à l'époque, Oran s'enflammer et vivre au rythme des meetings et des campagnes électorales. A l'heure actuelle, les futurs électeurs ne se bousculent pas aux portillons de l'information pour s'enquérir des dernières nouvelles. Au niveau des grosses machines partisanes le topo est tout autre et le coup d'envoi des élections est donné, depuis un certain temps déjà. Le souci premier des sigles en lice est de composer la liste des candidats à la députation la plus consensuelle possible et pour ce faire, chacun a sa méthode consommée. Au parti de l'ancien chef de gouvernement, Ahmed Ouyahia, l'on préconise les discussions et les consultations auprès de la base militante. Même si rien n'a filtré de la dernière visite de son secrétaire général, le parti, à Oran, ne déroge pas à la règle nationale et il est de notoriété publique que les décisions, les plus importantes, comme celles de désigner les têtes de liste, sont prises par Alger. Selon Kada Benatia, le coordinateur de la wilaya d'Oran, les listes sont en train d'être affinées et des propositions de noms, issus de toutes les catégories sociales, ont été avancées sans que la liste finale ne soit encore établie. Un discours modéré est voulu et aucune discordance dans le tempo n'est permise au Rnd même si, un temps aussi fugace qu'il soit, l'ombre d'un redressement avait plané sur les rangs militants locaux sans qu'aucune suite notable ne lui fût accordée. Des noms, des têtes de liste, aucune information ne filtrera prétextant une volonté de sauvegarder la sérénité au sein du parti. L'autre poids lourd sur la scène politique est quant à lui, en plein doute. Le Fln local est, depuis les dernières élections présidentielles, au centre de tiraillements internes qui ont conduit à l'émergence de deux, voire trois tendances, selon différentes lectures. L'approche des législatives a grandement contribué à exacerber les tensions et l'on n'hésite plus, au parti cher à l'actuel chef de gouvernement à se renvoyer les accusations et à se rendre les politesses. Si le siège de la mouhafada, symbole emblématique du Fln à Oran, est toujours aux mains du colonel Abid, l'une des ailes du conflit, le siège de la kasma 2, sur la rue Khmisti, fait office, lui, de quartier général de la tendance Fréha, qualifiée, également, d'aile «légaliste» par ses tenants. Trois listes représentants les «courants» traversant la maison locale de l'ex-parti unique sont déjà sur le bureau de la direction politique qui devra statuer, à partir du 25 mars, sur cette profusion de candidats à la députation. Chacun se prévalant d'une légitimité organique, de circonstance ou morale, le dilemme d'Alger sera grand pour départager les listes quand on sait que quelque part la responsabilité de la direction centrale est engagée de par son attitude attentiste vis-à-vis des évènements d'Oran même si elle a essayé de circonscrire le conflit en dépêchant des émissaires chargés de remettre de l'ordre. Pour le moment, chaque aile campe sur ses positions et sur sa liste en espérant que les législatives permettront de décanter la situation. Du côté de la rue, rien à signaler, sinon un désintéressement notable qui frise avec l'ignorance même de la nature des prochaines urnes. Pour Nadia, enseignante dans un lycée de la banlieue d'Oran, il n'est pas question pour elle d'aller voter. «Même si mon père nous a toujours conseillé de voter, je ne vois pas l'utilité de ma démarche», précise t-elle avant d'enchaîner sur la mission des députés. «Ils n'ont jamais rien entrepris pour leurs électeurs et ils ne pensent qu'aux avantages du mandat», se retournant pour avoir l'assentiment de sa collègue, une jolie brune au Jean moulant. Aïssa, islamiste convaincu s'entête à penser que les prochaines élections doivent impérativement inclure toutes les tendances politiques du moment. «Je ne comprend pas les raisons de la mise à l'écart de Djaballah. On nous chante toujours la même chanson de la démocratie et kiji essah, tu trouves personne pour honorer les engagements pris», argumente t-il, une moue réprobatrice qui en dit long sur son pessimisme. De son intention de voter ou de zapper le 17 mai prochain, il n'en dira pas un mot. Pour beaucoup d'autres oranais, même cette date ne leur dit pas grand-chose. Ils ne lisent pas la presse et ne regardent presque jamais l'Unique. «Ca concerne déjà quoi leur truc ?» S'interroge Brahim, la quarantaine révolue et un ventre proéminent qui lui ouvre le passage. Commerçant, il ne s'intéresse pas du tout aux élections et encore moins à la politique. «La seule fois que j'ai voté c'était en faveur du Fis pour faire comme tous les copains du quartier», il semble réfléchir, histoire de vouloir ajouter quelque chose mais se ravise en fin de compte. «Encore un vote, ça n'en finit donc jamais leur cirque», se lamente Hocine, chômeur invétéré. Il regarde sa montre et se dépêche de rentrer chez lui. «Il y a le match de la Jsk et je veux pas le rater», s'excuse t-il.  En attendant que la rue reprenne ses réflexes d'avant les élections et que ses murs soient recouverts de visages et de noms pour la circonstance, les gens semblent presque oublier que dans moins de deux mois l'Algérie aura un nouveau parlement.




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