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Le moucharabieh dans la construction traditionnelle



Le moucharabieh dans la construction traditionnelle

L’appellation «moucharabieh» vient de l’arabe ; elle est dérivée du verbe «charaba» et désigne l’endroit où l’on garde, pour la rafraîchir, l’eau contenue dans une gargoulette ou une petite jarre en terre «qolla».
Mais cette fenêtre de maison traditionnelle n’existe pas qu’en milieu où la femme est enfermée. On lui a trouvé des variantes, dans les cités urbaines des sociétés occidentales, sous le nom de «jalousies», définies comme un dispositif de fermeture de fenêtre composé de lamelles mobiles horizontales ou verticales. Cela nous rappelle le roman de Boris Vian, écrit selon la technique du nouveau roman et intitulé «La jalousie», éponyme de la fenêtre grillée, qui l’a inspiré pour élaborer une œuvre remarquable.

Le moucharabieh dans la tradition algérienne

En réalité, nous devons parler de tradition maghrébine tant les trois pays sont voisins l’un de l’autre sur le plan de l’architecture ancestrale et des arts en général. Lorsque nous explorons les vestiges des vieilles cités urbaines, nous relevons des similitudes assez frappantes pour ne pas parler d’influences communes, comme celles de l’Andalousie à son apogée.

Les habitations construites après l’arrivée des Andalous dans les grandes villes sont porteuses d’un style architectural particulier : maisons à cour intérieure et où le jour ne rentre que par des fenêtres plus ou moins grandes et fermées par des grilles métalliques ou en bois.
Toutes les Casbah ou villes fortifiées ainsi que les villes historiques comme Tlemcen, Ghardaïa, Alger, Médéa donnent à voir ce genre de moucharabieh conçu selon des dimensions variables et pour les mêmes fonctions dont la principale est de sauvegarder l’univers familial et de protéger des regards indiscrets.

Mais le moucharabieh n’implique pas toujours l’idée de résidence de luxe ou de riches. C’est un dispositif conforme à une mentalité, à des coutumes et traditions ancestrales et sur lesquelles on ne transige pas. Les résidences simples des milieux urbains en sont pourvues. Il s’agit de maisons dont la simplicité n’exclut pas la beauté.

Les villes du M’zab ont fasciné les urbanistes et architectes des pays européens. André Ravereau qui fit son voyage à Ghardaïa en donne ses impressions en ces termes : «J’ai reçu la séduction de Ghardaïa avant d’en faire l’analyse. On a l’intuition que toutes les choses possèdent un équilibre que l’on appelle esthétique, et cela avant de savoir comment se produit cet équilibre, et l’on est satisfait.» Il faut comprendre qu’il s’agit là d’une architecture simple et complexe fondée sur une dialectique située entre le vrai et le beau. Vers le 10e siècle, pour maintenir leurs traditions, les tribus zénètes d’obédience ibadite sont venues s’établir dans la vallée de l’oued M’zab. Ils y ont fondé cinq villes : Ghardaïa, Melika, Beni Isguen, Bounoura et El-Atteuf. Jusqu’à nos jours, les principes de conduite, la morale et la pratique religieuse sont restés conservés et bien ancrés dans l’esprit de chaque habitant. Ce qui explique la conservation de l’architecture ancestrale. Cependant, il faut croire que le climat difficile a été un facteur important de la perturbation des valeurs et traditions anciennes.

Le moucharabieh serait-il l’équivalent de la jalousie en Occident ?

Il est possible que le moucharabieh d’origine à la fois orientale, andalouse, maghrébine avec des dimensions et formes variables selon les sociétés et les époques, soit un modèle par lequel les Occidentaux ont inventé «La jalousie», par Espagne interposée. Le mot lui-même vient de l’espagnol «Celosia» et désigne un trompe-l’œil. La jalousie a les mêmes fonctions que le moucharabieh : permettre aux habitants d’une maison de voir, sans être vus de l’extérieur. La jalousie qui est un élément d’architecture des palais a été introduit par ceux qui ont été familiarisés avec les constructions en terre d’islam. Ces fenêtres sont caractéristiques de l’architecture cairote des 17e et 18e siècles.

En Andalousie, il existait, du temps de l’occupation musulmane, des fenêtres à jalousies situées au niveau du plafond, sous les voûtes des coupoles. Ce qui a été le cas des salles du palais des Lions, et de la coupole de la Maqsura de la grande mosquée de Cordoue. S’agissant d’édifices importants et des chefs-d’œuvre des meilleurs constructeurs, les jalousies ont pu être adoptées pour assurer un éclairage qui mette en valeur les couleurs des faïences, des stucs de couleur bleue et rouge.

Par les jalousies, on a pu laisser passer une lumière tamisée dans les palais nasrides pour obtenir le meilleur décor possible avec les mosaïques et les vitraux de couleurs. Nous sommes donc dans un contexte socioculturel différent où la fonction esthétique n’est pas l’unique fonction de la jalousie. Cette dernière permet aussi de conditionner l’air pour rendre la température supportable, favorable à la vie, surtout en périodes de grosses chaleurs au cours desquelles on ferme les portes.

Chez les Egyptiens de l’ère des Mamelouk, on retrouve ces fenêtres à grille dans les parties hautes des salles, exactement comme dans les ancillaires de l’Alhambra.

Le moucharabieh devenu de notre temps un élément d’architecture moderne
Les pays à vocation touristique comme l’Egypte, la Tunisie, l’Europe du Sud par l’influence de l’architecture andalouse, ont toujours œuvré pour donner un cachet original à leurs sites, pour la récréation des styles traditionnels. En quelque sorte, on a créé du moderne avec le traditionnel. Là-dessus, les pays de l’Europe du Sud ont su préserver leur héritage en construisant de nouvelles maisons selon l’architecture ancienne. Et en recréant selon le style ancien, même si les matériaux sont beaucoup plus résistants, on est tenté de rester fidèle aux goûts des anciens tant sur le plan des couleurs, que sur celui des formes d’ouvertures pour délimiter les frontières entre deux espaces.
L’habitant et l’étranger, attirés par le style architectural spécifique à un pays, ont besoin aussi de cette séparation, pour mieux profiter du temps des loisirs, se recueillir pour penser, se concentrer, éprouver des émotions et du plaisir. Il arrive que dans pareille situation, on ait envie de s’approcher du moucharabieh pour regarder le théâtre de la rue, observer les comportements et les visages.

A chaque continent, sa traditionnalité et sa modernité

Les peuples sont originaux par leurs traditions culturelles et architecturales. On dit qu’un peuple inventif est un peuple qui a du génie. C’est le cas des insulaires qui gardent intactes des habitudes anciennes pour ne pas dire qu’ils sont restés conservateurs. Nous avons choisi pour mieux nous en convaincre l’île Maurice très proche du continent africain, mais qui a connu un brassage par la culture indienne et la religion musulmane.

Les habitants ont une architecture adaptée à leur climat et à leur environnement.

La varangue, les tourelles ainsi que les balustrades, auvents et lambrequins y prédominent. La colonisation a apporté, comme partout ailleurs, des modifications, mais la population, qui subit la synthèse de toutes les influences et courants venus de l’extérieur, reste attachée à ses origines. Si les maisons sont construites selon un style architectural à l’image de la diversité culturelle et ethnique, il reste un fond ancien qu’il appartient à chacun de sauvegarder pour sa valeur hautement symbolique. Nous vous rapportons les propos d’un Mauricien qui traduit bien cette volonté d’aller à la recherche des origines : «Nous sommes à ce moment précis à ce carrefour. Comme dans plusieurs pays du tiers-monde, nous sommes amenés à reconquérir notre passé, notre histoire et à partir de là, construire de nouveaux schémas culturels.»

Nous parlions du moucharabieh et de la jalousie comme élément d’une architecture traditionnelle ou moderne, fruit d’un esprit créatif et portant donc la signature d’un peuple, d’un pays.

Après qu’ils ont adopté l’architecture moderne et laissé s’installer une culture née d’une diversité, le Mauricien qui voit la varangue , les tourelles, les balustrades et les auvents comme lui permettant d’avoir un regard sur le monde extérieur, ne sait pas d’où viennent ces éléments d’architecture spécifiques à leur île. Toujours est-il qu’en qualité d’insulaires constamment menacés par des envahisseurs en mal de territoires à conquérir, les édifices ci-dessus énumérés, même de construction étrangère, ont dû servir, à des époques déterminées, à voir au loin, aussi loin que la mer le permet, quelque bateau ennemi attendant le moment propice pour s’emparer de l’île.
Mais à chaque société, ses traditions. Le Mauricien n’a pas besoin de moucharabieh ni de jalousie tant les habitants constituant la société sont peu nombreux et vivent dans un climat de familiarité.






Vu : 568 fois
Posté Le : 15/08/2007
Posté par : nassima-v
Source : www.algerie-dz.com

 

 



      

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