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La littérature Algérienne



La littérature Algérienne

Littérature de langue arabe

Depuis 1962, l'Algérie, dont la jeunesse nombreuse se scolarise et s'arabise, affirme sa place dans le monde culturel arabe ; sa littérature en langue nationale connaît une nouvelle éclosion. Ce nouveau départ succède à d'autres étapes.

La première période va du IXe s. (IIIe de l'Hégire) au XXe. Après la conquête, au Maghreb central, l'arabe s'impose comme langue de civilisation. Au fil des siècles, sous l'impulsion des dynasties, une série de villes deviennent des centres de ralliement et de rayonnement pour les lettrés, Arabes ou Berbères arabisés, auxquels se joignent, à partir du XIe s., des Andalous refoulés par la Reconquista espagnole : Tiaret et Ténès d'abord, sous les Rostémides ; puis Msila et les cités du Mzab, la Qalaa des Bani Hammad et Bejaia (Bougie) ; enfin Constantine, Alger et Tlemcen. La production de ces dix siècles, plus érudite que proprement littéraire (surtout pendant la période turque : 1516-1830), est variée : ouvrages de théologie et de droit ; traités scientifiques ; chroniques et Mémoires, en prose et en vers ; monographies et biographies ; récits de voyageurs ; tableaux de la vie intellectuelle, politique et sociale ; poésie didactique, épique (Geste des Banû Hilâl), satirique, érotique ; mawlidiyyat (poèmes célébrant la naissance du Prophète). Deux figures typiques : Ibn Khaldûn, qui parcourt le monde arabe et compose en Algérie, près de Frenda, de 1375 à 1378, sa fameuse Muqaddima ; al-Maqqari (mort en 1632), autre globe-trotter, originaire de Tlemcen, qui séjourne au Maroc, passe une grande partie de sa vie en Orient et laisse le meilleur ouvrage sur la civilisation culturelle de l'Espagne.

Durant les 90 premières années de l'occupation française, une seule figure littéraire émerge, celle de l'émir Abd el-Kader. Mais, au lendemain de la Première Guerre mondiale, on assiste à des réveils. L'effervescence politique et intellectuelle est en rapport avec deux événements importants : la renaissance littéraire (Nahda) du Proche-Orient et la constitution (mai 1931) de l'Association des ulémas musulmans algériens. Leur chef de file est Cheikh Ibn Bâdîs qui, dès 1925, avait fondé un journal, al-Muntaqid, dont al-Chihâb puis al-Basâ'ir prendront le relais. Autour de lui se regroupent des poètes (Mohammed El Id El Khelifa, Tayeb El Oqbi), des historiens (Tawfiq El Madani, Moubarak El Mili, Abderrahmane El Djilali), des journalistes (Bachir Ibrahimi, Lamine Lamoudi, Saïd Zahiri, Larbi Tebessi). Ces écrivains animent le mouvement réformiste qui crée des centaines d'écoles libres à travers le pays et revivifie la culture arabo-islamique. Durant le deuxième quart du siècle, une vingtaine de poètes en langue classique s'affirment. Les plus connus sont Mohammed El Id El Khelifa et Moufdi Zakaria, auteur de chants patriotiques, dont l'hymne national. Les thèmes privilégiés sont la politique et la religion, dans des vers de facture classique.

La presse arabe, notamment al-Basâ'ir, favorise le développement d'un genre qui en est à ses débuts, la nouvelle, en lui ouvrant ses colonnes. Un nom domine les autres, celui de Reda Houhou, dont plusieurs recueils sont édités entre 1947 et 1955. Il faut citer aussi Abdelmadjid Chafii (Mon ami m'a dit, 1947), Aboulqacim Saadallah, Ahmed Achour, Zehour Ounissi. Le genre, marqué par son origine journalistique, va du « récit didactique » à la nouvelle proprement dite en passant par le « tableau animé ».

Dans les dernières années de la guerre de libération, qui fournit un thème essentiel, parfois galvaudé, et après l'indépendance, la nouvelle est un genre florissant, révélant des talents comme celui de Merzak Bagtache. Le cadre privilégié du genre reste la campagne, à travers la relation fondamentale du fellah aux thèmes de l'enracinement, du travail, de l'exploitation, de la révolte et de la révolution.

Les années 1970 voient l'avènement du roman, avec la parution en 1971 de Vent du Sud, d'Abdelhamid Benhaddouga, traduit en de nombreuses langues, et porté à l'écran par Slim Riadh. Benhaddouga et Tâhar Wattâr font figure de chefs de file : ils se réclament, implicitement ou explicitement, d'une Algérie révolutionnaire et, attaquant avec une ironie parfois mordante diverses formes d'aliénation dans l'Algérie indépendante, ils s'efforcent de renverser des tabous et d'explorer de nouvelles pistes. D'autres romanciers sont apparus comme Abdelmalek Mourtad, Merzak Bagtache et surtout Wasînî l-A'raj (Laredj), qui s'impose par une écriture rendant compte intensément de la tourmente d'un pays traumatisé par une violence aveugle.

La poésie, comme la nouvelle, reçoit un large accueil dans les journaux et les revues, avec Benhaddouga, Khemmar, Salah Kherfi, Ahmed Aroua, Abdallah Cheriet, Mohammed Lakhdar, Abdelkader Saihi, et, aujourd'hui, Ahlam Mosteghanmi, Rezagui Abdelali, Hamdi Ahmed, Hamri Bahri et Azradj Omar.

À côté de l'écrivain en langue littéraire, il faut souligner l'importance du meddâh, ou conteur, et des gouwaline, ou diseurs, qui s'expriment en dialecte parlé. Cette littérature populaire aborde tous les thèmes, du roman d'amour à la geste héroïque et au chant de résistance. Le genre poétique du malhûn avec ses chants constitue une anthologie transmise de génération en génération. Cette veine, jamais tarie, reflète la vie quotidienne et les événements de l'histoire. Parmi les grands noms figurent Ibn Messaib, Ben Sahla et Ben Triki pour Tlemcen ; Mostefa Ben Brahim et Mohammed Belkheir pour le Sud-Oranais ; Ben Keriou pour Laghouat ; Mohammed Ben Guittoun (dont le poème d'amour Hiziya a inspiré un film) pour Sidi Khaled (région de Biskra). Ce riche patrimoine est encore incomplètement inventorié.

Le théâtre algérien

Le théâtre, sur le plan de la langue, se situe dans le prolongement de la poésie populaire. En effet, le théâtre en arabe littéraire demeure presque sans audience ; par contre, les pièces en arabe courant, allant de l'improvisation aux textes plus élaborés, suscitent volontiers l'enthousiasme. De 1926 à 1962, le théâtre professionnel passe par des fortunes diverses et connaît ses heures de gloire avec Rachid Ksentini et Mahieddine Bachetarzi. C'est surtout le théâtre militant qui a été connu pendant la guerre de libération, joué en français ou en arabe. En 1959 paraissait le Cercle des représailles de Y. Kateb, contenant le Cadavre encerclé, la Poudre d'intelligence et Les ancêtres redoublent de férocité. Hocine Bouzaher publiait en 1960 (dans Des voix dans la casbah) On ne capture pas le soleil et Serkadji, Henri Kréa donnait en 1962 son Théâtre (le Séisme), Mohammed Boudia, Naissances, Assia Djebar, Rouge l'aube (1969). Mouloud Mammeri faisait jouer en 1967 le Foehn.

Depuis l'indépendance, le théâtre passe par des hauts et des bas. Parmi les créateurs, on distingue Rouiched, auteur et acteur ; Ould Abderrahmane Kaki (13 pièces), Abdelkader Alloula et, surtout, Slimane Benaïssa (Boualem, zid al goudam, 1975), qui sait investir d'un regard moderne les expressions imagées du terroir. Enfin Yacine Kateb est passé de la littérature en français au théâtre populaire avec Mohammed, prends ta valise (1971) et la Guerre de deux mille ans (1974) ; allant aux ouvriers et aux paysans, sa troupe a touché en huit ans environ un million de spectateurs. Plusieurs pièces ont été adaptées pour le cinéma ou pour la télévision, dont l'impact culturel est d'autant plus fort qu'une majorité d'adultes est analphabète.

Littérature de langue française

Phénomène relativement récent puisqu'elle ne commence qu'au XXe siècle tout en étant beaucoup plus importante que la littérature de langue arabe du même pays, la littérature algérienne de langue française, portée par l'actualité mouvementée de la colonisation puis de la décolonisation, et enfin celle du terrorisme, pose des problèmes de délimitation de son « corpus » : si les écrivains arabo-musulmans en forment le corps essentiel, on ne peut pour autant s'interdire de considérer comme écrivains algériens les Français nés ou ayant vécu en Algérie, découvreurs fascinés comme Isabelle Eberhardt (Mes journaliers, 1923) ou parole populaire des petits colons chez Antoine Robinet, dit Musette, qui créa dès 1896 le personnage truculent de Cagayous, ou encore chantres de la colonisation et de la latinité comme Louis Bertrand (le Sang des races, 1899), Robert Randau (les Colons, 1907). Ces derniers fondèrent en 1919-1920 le mouvement « algérianiste », avec J. Pomier, L. Lecoq et Charles Hagel, et autour d'eux se développait une littérature coloniale à travers les œuvres d'Albert Truphémus, Charles Courtin, Paul Achard, René Janon, Stéphane Chaseray, ou encore de femmes comme Élissa Rhaïs, Maximilienne Heller, Marie Bugéja, Magali Boisnard, Jeanne Faure-Sardet. Lucienne Favre observe « tout l'inconnu dans la casbah » , tandis que Ferdinand Duchêne se fait le peintre de la Kabylie. Parallèlement se développait un courant poétique avec Edmond Gojon, Albert Tustes, Léo Loup, Alfred Rousse, Edmond Brua. L'algérianisme est dépassé vers 1935 par le « méditerranéisme », si l'on peut qualifier ainsi le courant dit de l'« école d'Alger », que cherche à définir Gabriel Audisio dans Jeunesse de la Méditerranée (1935). Et dans la mouvance des éditions Charlot, fondées à Alger en 1936, de nouveaux auteurs se manifestent : Albert Camus, Emmanuel Roblès, Claude de Fréminville, René-Jean Clot, Jules Roy, Marcel Moussy, Jean Pélégri. Les écrivains musulmans dont on parle davantage depuis ne peuvent être décrits si l'on oublie ce cadre littéraire assez riche qui les vit émerger, et dont les derniers écrivains cités ont souvent été pour eux source d'encouragements et d'appuis.

Débuts de la littérature algérienne proprement dite

La littérature algérienne proprement dite, malgré des prédécesseurs célèbres comme Jean Amrouche (Étoile secrète, 1937), ne fut cependant perçue comme telle qu'à partir du début des « événements », dans les années 1950. Les premiers romanciers, comme Mouloud Feraoun (la Terre et le Sang, 1953) ou Mouloud Mammeri (la Colline oubliée, 1952), Mohammed Dib « 1re manière » (la Grande Maison, 1952 ; l'Incendie, 1954), décrivent, en partie pour répondre à la demande de militants français des droits de l'homme, des textes décrivant la société traditionnelle chez les premiers, ou moderne chez le troisième, dont l'optique est déjà plus revendicative. La véritable révolution littéraire devait arriver en 1956 avec Nedjma, de Kateb Yacine, qui en bouleversant les modèles d'écriture, et particulièrement de description, importés (le genre romanesque n'a pas de tradition dans la littérature arabe), posait indirectement la question de la nécessité d'une maîtrise du dire sur soi dans une situation de dépendance culturelle autant que politique.

Après Nedjma, la description ethnographique des premiers textes laisse la place à une littérature plus « engagée », dénonçant en particulier la contradiction entre le discours humaniste français et le système colonial. C'est le cas avec les premiers romans d'Assia Djebar (la Soif, 1957 ; les Impatients, 1958 ; les Enfants du Nouveau Monde, 1962), laquelle devint peu à peu la voix des femmes vivant plus que les hommes encore ces contradictions culturelles, et de Malek Haddad (Le quai aux Fleurs ne répond plus, 1961), d'abord connu comme poète de la guerre d'Algérie (Écoute et je t'appelle, 1961). Et, déjà, le récit onirique de la guerre par Mohammed Dib dans Qui se souvient de la mer (1962) met à nouveau en question l'efficacité du réalisme devant l'horreur.

La modernité des années 1970-1980

Loin de tarir lors des indépendances avec l'arabisation, comme on l'annonçait, cette littérature connut au contraire depuis la fin des années 1960 un développement sans précédent, qui reposa d'abord sur une dynamique virulente d'opposition politique aux nouveaux régimes en place, dont les symboles les plus connus sont les romans le Muezzin (1968) de Mourad Bourboune, la Répudiation (1969) de Rachid Boudjedra, ou Mémoire de l'absent (1974) de Nabile Farès, ou encore les jeunes poètes rassemblés autour de l'émission Poésie sur tous les fronts de Jean Sénac, lequel publia en 1971 une Anthologie qui s'arracha en quelques jours, cependant que la mauvaise production de commande des éditions officielles restait sur les rayons des libraires. Cette dynamique d'opposition politique, porteuse, certes, comme l'avait été dans les débuts l'attente documentaire des premiers lecteurs européens, installe cependant les auteurs dans une sorte de malentendu qui n'était pas propre à la littérature algérienne : plutôt que par un simple développement de thèmes d'opposition dans une écriture traditionnelle, ces écrivains prétendaient être subversifs au niveau de leur écriture, volontiers éclatée, dont ils revendiquaient la modernité.

À la même époque cependant, l'interrogation identitaire de Mohammed Dib nous vaut quatre romans graves comme la Danse du roi (1968), Dieu en Barbarie (1970), le Maître de chasse (1973), Habel (1977), cependant que Kateb nous gratifie de l'écriture atypique du Polygone étoilé (1966), puis tente une intéressante expérience de théâtre d'agitation politique en arabe dialectal. Et Assia Djebar développe dans ses meilleurs romans (l'Amour, la Fantasia, 1985 ; Ombre sultane, 1987 ; les Nuits de Strasbourg, 1997) un travail intéressant sur la voix féminine et la mémoire, historique, autobiographique, dont on peut retrouver certains aspects sous une forme plus violente dans l'œuvre abondante de Rachid Boudjedra (le Démantèlement, 1982), qui se développe désormais en deux registres parallèles : celui, exubérant et provocant de ses débuts, dans Topographie idéale pour une agression caractérisée (1975) ou la Macération (1985), et celui, plus discret, de l'Escargot entêté (1983), la Pluie (1987) et surtout Timimoun (1994), peut-être son meilleur roman.

Situation actuelle

L'aggravation de la situation politique algérienne depuis la fin des années 1980 et sa perte progressive d'un sens cohérent vont aller de pair avec la fin de cette subversion formelle collective de la modernité des années 1970, au profit d'un retour dans les textes d'un référent brut, dont l'horreur semble évacuer, avec le sens politique, l'élaboration formelle. On peut de ce point de vue décrire l'évolution de Rachid Mimouni : de l'écriture « moderne » très proche de Kateb dans le Fleuve détourné (1982) à l'irruption du réel brut dans Tombéza (1984), puis à la déliquescence formelle voisine de celle du référent décrit dans la Malédiction (1993). Les années 1990 vont voir ainsi une sorte de dissémination d'auteurs nouveaux entre des éditeurs de plus en plus dispersés, mais aussi des genres peu connus jusque-là, comme le roman noir greffé sur la violence politique du pays par lequel se signale surtout Yasmina Khadra, pseudonyme d'un officier qui a quitté l'armée récemment (Morituri, 1997 ; les Agneaux du Seigneur, 1998). Les témoignages souvent inégaux et éphémères se multiplient, mais des écrivains de grande valeur s'affirment également, comme Malika Mokeddem (l'Interdite, 1993 ; la Nuit de la lézarde, 1998) ou Boualem Sansal (le Serment des Barbares, 1999 ; l'Enfant fou de l'arbre creux, 2000), et, tout en étant parfois difficilement « classables », Nina Bouraoui (la Voyeuse interdite, 1991 ; Poing mort, 1992 ; l'Âge blessé, 1998) ou Leïla Sebbar (Shérazade : 17 ans, brune, frisée, les yeux verts, 1982 ; le Silence des rives, 1993), cependant que le surgissement progressif d'une littérature « de la 2e génération de l'émigration » (Mehdi Charef, le Thé au harem d'Archi Ahmed, 1983 ; Azouz Begag, le Gone du Chaâba, 1986 ; Farida Belghoul, Georgette !, 1986) confirme cette délocalisation-dissémination progressive dans laquelle on peut voir peut-être l'inscription de cette littérature dans une « post-modernité ».

La littérature algérienne d'expression française a à présent dépassé son caractère « émergent », qui faisait ne considérer les écrivains que par rapport au groupe et à l'histoire dont ils font partie : on les lit enfin comme des individualités littéraires à part entière. Ce qui permet peu à peu de reconnaître une œuvre qui probablement, avec celle de Kateb Yacine, dépasse depuis longtemps cette clôture : celle de Mohammed Dib, présent dès les années 1950, et dont les derniers textes, parmi lesquels on citera surtout les recueils de poésie Omneros (1975) ou le Cœur insulaire (2000), et les romans ou récits les Terrasses d'Orsol (1985), le Désert sans détour (1992), l'Infante maure (1994), Comme un bruit d'abeilles (2001), sans ignorer tout à fait l'origine de leur auteur, se situent dans une universalité qui en fait sans aucun doute des œuvres parmi les plus importantes de notre temps.






Vu : 53 fois
Posté Le : 30/06/2009
Posté par : nassima-v
Source : www.larousse.fr

 

 



      

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