Ce toponyme de Tafna est intimement lié à Tlemcen par la géographie et par l’histoire. On ne pouvait donc pas l’oublier ! La géographie ! Car cette rivière, qui prend sa source au Sud de Tlemcen, enserre la ville avec ses affluents et ouvre, dans la plaine, la voie vers la mer. L’histoire ! Car ce nom évoque le nom du traité du 30 mai 1837 qui accordait à Abd el Kader le Sud-Ouest du pays « y compris Tlemcen et le Méchouar ». Bien plus, le nom de ses affluents a été retenu pour se souvenir de batailles plus ou moins glorieuses : la Sikkak, la Mouilha, Isly. Mais revenons à notre rivière. La Tafna mérite cette appellation, car la géographie d’Algérie distingue le fleuve, comme le Chélif, la rivière, moins importante, et l’oued où l’eau peut couler comme un filet pendant la saison chaude ou être totalement absente. La Tafna prend sa source au Djebel Merchiche, près de Sebdou, à 1600 mètres d’altitude. Ses affluents sont nombreux : sur la rive gauche, l’Oued Khémis, la Mouilha grossie par l’Oued Isly, l’Oued Bou Kiou et l’Oued Dahman. Sur la rive droite, l’Oued Zitoun grossi de l’Oued Ben Messaoud, l’Oued Bou Khallouf et l’Oued Isser qui reçoit l’Oued Chouly, la Sikkak grossie de l’Amiguier, et l’Oued Tellout. N’oublions pas que le Meffrouch, cher aux Tlemceniens, devient, après les Cascades d’El Ourit, l’Oued Safsaf et après Négrier, la Sikak. La Tafna se jette dans la méditerranée, face à l’île de Rachgoun. Au XI siècle, El Bekri affirmait : « la Tafna reçoit de petits navires qui remontent jusqu’à la ville, l’espace de deux milles ». la ville, dont parle le géographe, était l’ancienne Siga, capitale du roi berbère Syphax, située à quatre kilomètres d’embouchures de la Tafna. Phéniciens, Romains, Arabes, utilisèrent cette voie d’eau et on dit même qu’Abd el Kader recevait par elle, les armes que lui envoyaient les Anglais. En raison de cela, Clauzel fit occuper l’île de Rachgoun pour verrouiller le port et pour permettre d’acheminer le ravitaillement des troupes françaises de Tlemcen, arrivant d’Oran par mer. Un autre géographe, Mac Carthy, a vu en 1850 des pêcheurs espagnols remonter la Tafna, lorsque la mer était houleuse pour remplir leurs barques de poissons de rivière. La Tafna a une particularité : souterraine en partie, elle recèle dans les environs de Tlemcen, des grottes et des gouffres qui ont tenté explorateurs et spéléologues. On relevait dans les années cinquante, pas moins de dix-sept de ces attractives cavités. Un ingénieur électricien de Tlemcen, Marcel Henry, fut le premier à tenter en 1931, une exploration sous Merchiche. Après d’autres tentatives, en 1935, une équipe dirigée par Louis Dolfuss , de Lismara, avec Roger Dupuy, l’organiste paroissial, Souhaut et des membres du Cercle Jeanne d’Arc, s’intéressa à Gharkhal, la Grotte Noire, repérée en avion près du Khémis, à quanrante-cinq kilomètres de Tlemcen. Les spéléologues amateurs y découvrirent des merveilles et un des participants, R.Douffiaues, a donné ses impressions dans un article du Petit Tlemcénien : « Devant certains stalactites, on aurait envie de se mettre à genoux ; on croit être en présence d’un chef-d’œuvre divin…On reste ébloui devant ces splendeurs contemplées par nul autre œil humain. Ce qui frappe surtout, c’est le coloris de la roche d’un rose comparable à celui précédant le lever du soleil. ». En août 1947, le service de la Colonisationet de l’Hydraulique, avec M. Birebent, s’intéressa aux découvertes et en fit l’étude géologique. Les explorations souterraines se multiplièrent, organisées et financées par Louis Dolfuss. En 1952 et les années suivantes, le Spéléo-Club d’Oranie, avec sa section Tlemcénienne, prit la relève en prêtant à la recherche ses techniciens et ses scaphandriers. L’Echo d’Oran, et d’autres publications spécialisées, parleront de ces exploits dont Paul Martin dira, dans le bulletin des Amis du Vieux Tlemcen de 1954 : « La mère Tafna réussit cent mauvaises plaisanteries : elle vous tord les chevilles sous les éboulis, elle vous arrose du plafond, elle vous fait glisser brutalement la tête en avant ; elle frappe votre tete avec ses stalactites, elle crève votre bateau sur ses récifs pointuset …gare toujours aux bains forcés ». Il termina son article par cette observation : « La vieille mère Tafna n’a rien inventé. A Merchiche, comme ailleurs en Algérie, il y a de l’eau, mais elle se cache à l’ombre, avec raison. Quand on la cherche longtemps, on la trouve ».
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