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Le Fleuve détourné de Rachid Mimouni
Postée par : nassima_v
Date : 31/07/2007

Source : www.algeriades.com
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 - Le Fleuve détourné de Rachid Mimouni Le Fleuve détourné de Rachid Mimouni vient de connaître une adaptation pour la scène. Nommée il y a peu à la direction de la Maison de la Culture de Béjaïa, la metteure en scène Hamida Aït el Hadj y a retrouvé le dramaturge et metteur en scène Omar Fetmouche qui dirige actuellement le Théâtre de la ville. Tous deux se sont attelés à adapter le plus célèbre roman de Mimouni. Lors d’une conférence de presse donnée en compagnie de l’animateur TV Mourad Khan et du chanteur de rap Lotfi Double Kanon, qui ont été sollicités pour les besoins de la pièce, Omar Fetmouche s’est ouvert des nombreuses difficultés de l’adaptation.
La générale a eu lieu le 6 février au Théâtre national d’Alger. Le spectacle devrait en outre être visible à Boumerdès, lors du 12è anniversaire de la disparition de l’écrivain, ainsi qu’à Béjaïa, prélude à une tournée.

Il y a dix ans, le 12 février 1995, la nouvelle tombait comme un couperet : l’écrivain Rachid Mimouni décédait à l’hôpital Cochin à Paris d’une hépatite aiguë. Alors que le pays s’enfonçait dans la spirale de la violence et des assassinats d’intellectuels et d’artistes, l’Algérie perdait l’une de ses voix les plus lucides et les plus attachantes. Dans un entretien accordé au milieu des années 80 à l’universitaire Hafid Gafaïti, Rachid Mimouni disait croire "à l’intellectuel comme éveilleur de conscience, comme dépositaire des impératifs humains, comme guetteur vigilant prêt à dénoncer les dangers qui menacent la société".

Né en 1945 à Boudouaou (ex-Alma) à l’est d’Alger, au sein d’une famille de paysans modestes, Rachid Mimouni se destinait à une carrière de scientifique. Après une licence en chimie obtenue en 1968 à l’ENS de Kouba, il poursuit des études de management à Montréal. De retour au pays, il enseigne l’économie à l’Inped, à l’Ecole supérieure de Commerce et à l’université d’Alger.
Il mène parallèlement une carrière d’écrivain inaugurée avec Le Printemps n’en sera que plus beau, un premier roman écrit en 1971 et paru seulement sept ans plus tard. Auteur d’une dizaine de livres, Rachid Mimouni a commencé par publier des poèmes et surtout des nouvelles (une vingtaine), notamment dans la revue Promesses.

La reconnaissance viendra avec Le Fleuve détourné, paru en 1982 à Paris et largement salué par la critique. Fervent lecteur de Kateb Yacine, Dos Passos, Joyce, Kafka et Camus, mais aussi des Sud-Américains Borges, Asturias et Garcia Marquez, l’écrivain s’est imposé avec ce roman où le narrateur, un maquisard qui a perdu la mémoire lors d’un bombardement, retrouve ses esprits et son village après l’indépendance. Officiellement au nombre des martyrs de la guerre de libération, le personnage va s’épuiser à vouloir reconquérir une identité et retrouver les siens dans un pays où il ne reconnaît plus rien.
D’abord édité en France, Le Fleuve détourné attendra trois ans avant de l’être en Algérie. L’auteur confiait que la police à cette époque enquêtait à son sujet et le convoquait pour l’interroger.

Sensible à la réalité sociale algérienne, Rachid Mimouni s’est constamment attaché à investir le pays réel dont il a pu forcer le trait dans certains livres comme Tombéza (1984), un roman "volontairement poussé au noir". Citant Picasso, lorsqu’il déclarait en substance que "l’art n’est pas la vérité, mais un mensonge qui permet de l’approcher au plus près...", Mimouni disait croire très fort à ce pouvoir de l’art.
"Imagination proliférante, refus d’une esthétique formaliste, notait à son sujet l’universitaire Benamar Mediene, en guise de préface à l’édition algérienne de L’Honneur de la tribu, Mimouni fait sauter les clôtures, ouvre à l’infini les perspectives de la parole. [...] Comme Julien Gracq, ajoute Mediene, Mimouni sait que la littérature et la poésie sont l’esprit de l’histoire. C’est dans l’histoire que Mimouni explore en ses profondeurs, en ses strates de non-dits, pour donner forme et parole aux oubliés, aux silencieux, aux aphasiques, aux muets, aux bègues et aux ombres dans cet univers du temps des morts."

Dans Une peine à vivre (1991), Mimouni s’est efforcé de "montrer l’horreur de la dictature et des systèmes totalitaires". Entre essai et pamphlet, avec pour point d’orgue les premières élections législatives pluralistes de décembre 1991, De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier (1992) se penche sur le legs de l’Algérie du parti unique et l’imposture des intégristes islamistes. Dans La Malédiction (1993), qui est aussi son dernier roman, les islamistes ont entrepris de prendre le pouvoir et de régenter la vie quotidienne de millions de citoyens pris en otage.

En décembre 93, ce défenseur des libertés d’expression et de conscience s’était résolu, la mort dans l’âme, à quitter son appartement de Boumerdès à 50 km d’Alger pour s’établir à Tanger avec sa femme et ses trois enfants. Rachid Mimouni tiendra une chronique sur les ondes de Médi 1, qui fera l’objet d’un recueil publié à sa disparition. L’écrivain s’est éteint dans la fleur de l’âge. Il avait tout juste cinquante ans.

Certains de ses romans ont été traduits, notamment en arabe (Tombéza, La Malédiction), en anglais (L’Honneur de la tribu, La Ceinture de l’ogresse), en allemand (Tombéza, L’Honneur de la tribu) et en espagnol (La Ceinture de l’ogresse). Deux romans ont en outre connu des adaptations pour le cinéma. Après Le Fleuve détourné, signé Okacha Touita et resté dans les tiroirs, ce fut au tour de L’Honneur de la tribu d’être adapté et porté à l’écran par Mahmoud Zemmouri.

 
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