| Le syndrome conservateur de “l’abri” | Postée par : sofiane Date : 24/09/2008 Ecrit par : Mustapha Hammouche Source : www.liberte-algerie.com
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| Le président de la Fédération nationale des industries alimentaires est formel : “Les Algériens sont à l’abri du lait frelaté de Chine.” Le gouverneur de la Banque d’Algérie est catégorique : “L’Algérie est à l’abri de la crise des subprimes.” Ces hourras sont souvent poussés comme des cris de victoire. Chez nos officiels, cette forme de communication, en principe destinée à nous rassurer, suggère parfois que notre sauvegarde est le fruit de la vigilance des instances qu’ils dirigent. Ils ont été plus malins que les autres. On ne mourra pas de lait chinois ! Et pour cause : la Chine interdit l’exportation de poudre de lait. L’industrie chinoise du lait alimente deux milliards de bouches, dans un contexte de changement de mode de vie qui équivaut à une véritable révolution nutritionnelle. Une bévue industrielle coupable a été commise ; un silence officiel tout aussi coupable a tenté de la dissimuler. On ne mourra pas non plus de lait algérien : l’industrie agro-laitière nationale n’existe pas : la partie “agro” est assurée par l’élevage européen ; la partie industrielle, la transformation du lait en poudre, enjeu critique de pasteurisation et de stérilisation, est aussi le fait de l’industrie européenne. Notre “industrie agroalimentaire” s’occupe de reconstituer le lait, en ajoutant à la poudre importée l’eau locale. Malgré les subventions, ce lait peine à parvenir jusqu’à notre bol. De même que nous sommes à l’abri des dégâts des “subprimes”, tant que cette même rente dure. Dans une Algérie où l’on a trouvé scandaleux de rééchelonner une dette qu’on ne pouvait pas rembourser, on trouve génial de payer une dette qu’on n’est pas encore obligés de rembourser. Une explication possible à cela : c’est qu’on ne sait pas quoi faire de cet argent. Le remboursement anticipé est, en toute logique, un réflexe de gestionnaire sans imagination. Nous avons une politique financière de bas de laine et une politique économique dépensière. Nous ne profitons pas des opportunités de la finance internationale, nous ne risquons pas de subir ses éventuels désagréments. Mais à côté d’une gestion protectionniste de la rente, nous budgétisons sans normes, avec des déficits prodigieux et des réévaluations faramineuses. N’est-ce pas là des “subprimes” ? Avec une caisse pour compenser la non maîtrise des dépenses publiques, elles sont même programmées nos subprimes locales. Nous avons tout le loisir de mourir d’autres intoxications alimentaires que le lait (casher, pâtisserie…) et de la mauvaise hygiène, comme nous avons aussi tout le loisir de subir la crise par la dépréciation réelle d’un argent non placé ou trop prudemment placé, par le non-développement industriel et par l’inflation importée. Nous avons de l’argent à dépenser ; on l’utilise pour éviter d’intégrer une économie mondialisée pour nous préserver de ses soubresauts ! Le Sénat national, prévoyant comme le prouvent ses nouvelles indemnités, n’a-t-il pas organisé un séminaire sur la “défense économique” ? À l’abri des autres, mais pas de nous-mêmes, c’est peut-être cela la politique de “patriotisme économique” que le gouvernement, béni par nos entrepreneurs, est en train de mettre en œuvre. |
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