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Cinéma : Le ventdes promesses
Postée par : sofiane
Date : 22/06/2008
Ecrit par : Amel Blidi
Source : www.elwatan.com
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La production cinématographique souffre du problème de financement. Il y a, de ce fait, trois catégories de réalisateurs : ceux qui réalisent des films avec peu de moyens et beaucoup de risques, ceux qui réussissent à décrocher l'aide de l'Etat et qui font des économies de bouts de chandelles et enfin ceux qui ont recours à une aide extérieure et qui cèdent à leurs exigences

Les réalisateurs et les producteurs algériens se heurtent à un cruel dilemme : réaliser un film avec peu de moyens et risquer de faire un « bide » ou solliciter une aide étrangère et « vendre son âme au diable ». Depuis la dissolution des entreprises publiques du cinéma, les réalisateurs algériens ne savent plus à quel saint se vouer. L'événement « Alger, capitale de la culture arabe » aurait pu propulser le cinéma algérien, mais de l'avis des professionnels du secteur, la qualité n'était pas au rendez-vous. « En 2007, on s'enorgueillit d'avoir fait en une année plus de films que pendant 50 ans d'indépendance.

La question est de savoir combien de films de qualité ont été réalisés », estime Dahmane Ouzid, réalisateur. L'argent d'« Alger, capitale de la culture arabe » a été, disent-ils, mal utilisé. « L'année de l'Algérie en France était mieux gérée. L'on s'étonne notamment du fait qu'aucun pays arabe n'a jugé utile de coproduire un film de cet événement », nous dit un producteur qui a sollicité l'anonymat. De nombreux réalisateurs se disent confrontés au problème du financement. « La télévision avait promis des aides de 800 millions à 1 milliard de centimes. Puis on ne sait pas ce qui s'est passé entre la télévision et le ministère de la Culture. Certains réalisateurs ont néanmoins réussi à avoir de l'argent, d'autres pas », explique un producteur.

Dahmane Ouzid a une autre version des faits : « Dans l'enthousiasme général, l'ENTV a promis de coproduire certains films. La Télévision n'a pas pu aider, semble-t-il, car elle n'était pas budgétisée à cet effet. C'est ce qui a créé un « trou dans le montage financier ». L'un dans l'autre, le résultat est le même : certains, les producteurs de films de fiction, dit-on, sont endettés. « Des techniciens, des comédiens qui ont participé à des films réalisés pour la manifestation ''Alger, capitale de la culture arabe'' n'ont pas été payés jusqu'à ce jour. » Dahmane Ouzid, lui, a dû remiser son projet de comédie musicale au placard faute de moyens. « C'est un projet qui me tenait trop à c'ur, je ne voulais pas le sacrifier », souligne-t-il. Il poursuit : « La comédie musicale était un coup de poker que je ne pouvais pas me permettre. Je ne regrette pas de ne pas m'être lancé dans l'aventure. Les producteurs qui ont participé à la manifestation ne sont pas au bout de leurs peines. Certains ont vendu leurs biens. Ils ne se remettront pas de cette opération de sitôt. »

Pour M. Ouzid, même si le film connaît un succès retentissant, il est impossible d'amortir ses dépenses. « Il y a très peu de salles. Un film doit être rentabilisé. S'il est financé par l'Etat puis remisé dans le placard après avoir eu quelque succès à El Mougar et à l'Algeria, cela ne vaut pas le coup. Pour qu'un film soit exportable, il faut qu'il soit techniquement irréprochable », assène-t-il. Et d'enchaîner : « A la lecture des scénarios, les chiffres m'apparaissent. J'ai refusé trois scénarios qui me semblaient difficiles à réaliser au vu de nos moyens. J'ai eu la sagesse de décliner ces offres et Dieu sait que j'ai besoin de travailler. Nous n'avons pas le droit de tricher avec le public. »

Le mal tient ses racines du fait que les salles de cinéma sont quasi-inexistantes en Algérie. Dans la mesure où les billets de cinéma sont censés alimenter le Fonds de développement des arts, des techniques et de l'industrie cinématographiques (Fdatic), il n'est plus en mesure d'accorder des aides conséquentes aux cinéastes. « Si la loi devait être appliquée, le Fdatic n'aurait pas de quoi subventionner le cinéma. Le ministère de la Culture donne l'impression de faire une fleur à la profession en l'alimentant », précise-t-on. A part les « mounassabate », considère M. Ouzid, la production cinématographique relève du parcours du combattant.

Faux que tout cela, rétorquent certains cinéastes. « Imaginez que pour l'événement ''Alger, capitale de la culture arabe'', des réalisateurs ont bénéficié de près de 10 millions DA du Fdatic et 7 millions d'autre part, mais cet argent-là ne s'est pas vu sur l'écran », nous dit-on. Il y aurait de la « mauvaise foi » chez certains réalisateurs. « L'un des réalisateurs a même utilisé un matériel périmé pour faire des économies », nous dit un connaisseur du secteur. L'une des singularités du secteur du cinéma et de l'audiovisuel réside dans le fait que chacun garde quelques flèches qu'il pourra lancer contre « les autres ». « Il y a tellement de personnes aigries dans ce secteur qu'il ne faut pas croire tout ce qui se dit. Les accusations fusent dans tous les sens », prévient-on.

Un cinéma nommé « Désert »

La majorité des producteurs-réalisateurs ont recours à l'aide de la Télévision publique à travers la « production exécutive ». « La requête de la production exécutive est aujourd'hui nécessaire pour diminuer les risques et éviter la faillite. Si je fais un film destiné aux Algériens, j'aurai du mal à le vendre ailleurs, car il sera en deçà de ce à quoi est habitué le public (pour une question de m'urs et de verrouillage politique). C'est une situation extrêmement complexe. Si je fais des films financés ailleurs, je vends mon âme au diable. Des cinéastes africains qui ont eu recours au Fonds du Sud ont signé leur mort professionnelle. On devient totalement dépendant des aides publiques », explique Belkacem Hadjadj. Il rend hommage aux actuels dirigeants de la Télévision qui ne sont, selon lui, guère obligés de financer le cinéma, mais qui le font quand même.

Il propose de mettre en place une fondation de sponsors qui injecterait l'argent dans le cinéma. « Sonatrach et Sonelgaz ont l'habitude d'aider les films algériens. Pourquoi ne pas structurer cela. La diversification des sources de financement pourrait permettre un effort vers la qualité. Peut-être à la première commission de lecture, on pourrait graisser la patte de l'un des membres, mais il n'est pas possible de le faire avec tout le monde », justifie-t-il. Le fait est que les droits de diffusion de l'Entreprise publique de télévision (EPTV) ne permettent pas aux réalisateurs de combler le déficit budgétaire. « Pour le film Khaoua, relatant l'histoire des porteurs de valises allemands, j'ai dû mettre de l'argent de ma poche.

La télévision a, certes, acheté les droits de diffusion. Mais rien que pour la version allemande, j'ai déboursé 8000 euros, bien plus que ce que la télévision m'a donné », raconte Mme Malika Laïchour Romane, réalisatrice- productrice, propriétaire de la maison Rive Blanche. Et d'enchaîner : « Ce sont des choses qui blessent sur le coup. C'est difficile quand on sait que des gens ont beaucoup d'argent pour faire n'importe quoi. Il faut parfois être militant. J'ai quand même eu l'agréable surprise de savoir que l'ENTV l'a passé immédiatement. » Pour faire un film, les réalisateurs se sentent dans l'obligation d'ouvrir une boîte de production. Le problème est qu'ils n'ont pas forcément l'âme de businessmen. « Un cinéaste n'existe que s'il possède une boîte de production. Nous travaillons exclusivement avec l'argent de l'Etat. Les productions sont réalisées exclusivement avec l'argent de l'Etat (Fdatic, Télévision, certains sponsors comme Sonatrach') », regrette M. Ouzid.

A cela s'ajoute le fait que les métiers du cinéma ont disparu. « Il n'y a plus de machinistes, pas d'assistants réalisateurs. Les scriptes professionnels sont rares », nous dit-on. Résultat : de plus en plus de techniciens étrangers viennent faire leurs premières armes en Algérie. Certains cinéastes s'étonnent du fait que l'on parle de la relance du cinéma alors « qu'il n'y a pas de laboratoires, qu'on importe la pellicule et qu'on travaille avec la vidéo au lieu du 35 mm ». Dans ces conditions, disent les cinéastes, « chaque film qui se fait est une victoire ».


 
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