Le thème de la sécurité alimentaire qui s'est invité au menu 13e sommet de l'Union africaine, ouvert hier à Syrte, en Libye, est presque une incongruité quand on sait que le continent est traversé de part en part par des crises permanentes de pouvoir qui fragilisent les sociétés africaines et hypothèquent leur développement économique et social. Le consensus est aujourd'hui largement établi pour dire qu'il ne pourrait y avoir de développement et de prospérité sans paix, sans stabilité, lesquelles passent nécessairement par la démocratisation des systèmes politiques africains. Le monde a changé, depuis ces dernières décennies qui ont vu les dictatures de tout poil qui ont régné d'une main de fer sur leurs peuples tomber les unes après les autres en Europe, en Asie, en Amérique latine. Un seul continent, l'Afrique, qui détient le record des régimes autocratiques au monde, est resté en marge de ce mouvement inexorable de l'histoire qui a affranchi des peuples asservis par des régimes corrompus en casquette ou en col blanc. Les deux pouvoirs, militaire et civil, ne faisant souvent qu'un seul et même pouvoir ; l'un tirant sa « légitimité » ou sa force de l'autre. Mieux vaut tard que jamais : à l'initiative d'un groupe de pays africains dont l'Algérie, l'Afrique a décidé, avec la mise en place du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) et son volet politique de la bonne gouvernance, de prendre le train des réformes politiques, économiques, sociales et les autres révolutions, numérique notamment, qui parcourent la planète. Cet engagement des dirigeants africains pour plus de démocratie dans leurs pays avait suscité un légitime vent d'espoir au sein des populations et des élites africaines qui avaient tant rêvé de ce jour où les citoyens pourront choisir librement et démocratiquement leurs dirigeants dans toutes les institutions de l'État. Et où même les dictatures dites « éclairées », comme il en existe encore tant dans le sous-continent, n'auront plus droit de cité. L'euphorie n'aura été que de courte durée. En effet, ironie de l'histoire, depuis l'avènement du Nepad et du serment fait par les dirigeants africains, y compris ceux des pays membres du Nepad, l'Afrique n'a jamais connu, dans un laps de temps aussi court, autant de putschs militaires et d'élections prétendument démocratiques contestées parfois de manière pacifique, mais souvent dans la confrontation et la violence. Madagascar, Mauritanie, Guinée Bissau, Somalie ne sont que quelques théâtres des violences qui agitent l'Afrique et face auxquels l'organisation panafricaine et toutes les bonnes volontés dans le cadre bilatéral sont restées impuissantes. Y a-t-il une différence entre un régime qui s'installe au pouvoir par la force des armes et un autre qui y accède et se maintient par des procédés antidémocratiques, par des coups de force constitutionnels ' C'est la vraie question qui interpelle les dirigeants africains. Le plaidoyer pour le respect de la spécificité démocratique africaine ou arabe derrière lequel s'abritent nos dirigeants pour légitimer leur pouvoir n'est qu'un leurre.
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